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vendredi Je me souviens de l'amer Michel (on se demande bien pourquoi : fidèle à ma méthode pour les JMS, j'ai fait le vide en moi même une dizaine de secondes et laissé remonter les effluves du passé. Et voilà ce que j'ai pêché ce soir ! ) posted by grossmann francis | 2/28/2003J'ai habité le boulevard Saint Michel de 1950, date à laquelle mon père a acheté, moins d'un an après ma naissance, au numéro 119, un appartement situé au troisième étage sans ascenseur, un million de francs anciens (dix mille francs actuels, mille cinq cent euros), à 1975, année où j'ai déménagé rue Jonquoy, dans le quatorzième, pour vivre avec C*. J'y ai donc vécu grosso modo vingt cinq ans, bien que sur la fin j'ai beaucoup partagé les chambres de bonne de mes copines. F*, d'abord, rue de l'Avre, dans le quinzième, à côté de la rue du Commerce, puis rue Cochin (beau studio repris à Danielle B*, autre belle psychologue) toute petite rue qui relie la rue de Pontoise et la rue de Passy qui donnent sur le quai de la Tournelle ; C*, ensuite, rue Bayard, dans le seizième, puis rue Pierre Nicole juste derrière le boulevard Saint Michel dans l'immeuble ou vivait les parents de ma copine A* S*. Le 119 se situe en "haut" du Boul'mich, avant la rue du Val de Grâce au bout de laquelle apparaît dans toute sa splendeur baroque l'église du même nom, sur le trottoir qui mène au centre Jean Sarail, qui abrite encore, je crois, le CROUS, et qui a été construit au début des années soixante sur les ruines du célèbre Bal Bullier abandonné depuis longtemps, dans une section de son cours où l'animation estudiantine s'atténue sensiblement pour laisser la place à un calme plutôt grand bourgeois que petit, à mi- chemin entre celui des "beaux quartiers", vers l'avenue de l'observatoire et la rue d'Assas, et l'activité sophistiquée du nouveau quartier de luxe qu'est devenue la Mouffe tout proche. Vers 1969, à vingt ans donc, j'ai occupé au rez-de-chaussée de l'immeuble, au fond du couloir d'entrée, l'ancienne loge de la concierge que mes parents avaient racheté au début des années soixante pour en faire le studio de Mongrandpère quand il est définitivement venu vivre avec eux quatre ans après le décès de ma grand-mère. Je lui ai succédé après sa mort et j'ai vécu là dans une semi-indépendance dorée puisque j'étais blanchi et nourri si je voulais dans l'appartement familial du troisième étage. Il me reste un souvenir, réduit à l'état d'image floue, de la loge de la concierge telle qu'elle était dans les années cinquante, encombrée de bibelots et puant l'urine de chat. Quant à la concierge elle-même il me semble revoir la fée Carabosse en personne. L'immeuble lui-me n'est pas luxueux comme beaucoup de ses voisins hausmanniens, c'est même un des plus modestes de tout le boulevard. Il date du début du siècle et ne possède aucun des attributs décoratifs, moulures, colonnes, hauts reliefs et balcons, qui les caractérisent. La façade est grise et intéressante, les fenêtres sont plutôt petites et flanquées de méchantes persiennes. On accède à l'escalier, à partir du couloir d'entrée, par une porte à un battant qui, en ce temps là était libre, et sert maintenant de sas avec les inévitables codes, haut-parleurs et serrures à ouvertures automatiques. Je me souviens que, du temps où la porte pouvait battre librement, ce qui doit dater de l'école communale, j'avais inventé le jeu suivant : il s'agissait d'ouvrir grand la porte et de se ruer dans l'escalier, le gravir quatre à quatre jusqu'à l'appartement de mes parents avant que je n'entendisse le bruit fracassant mais assourdi par l'altitude de la porte qui se refermait toute seule. Mon imagination avait fait de ce rituel un sport olympique et je battais des records du monde de rapidité de montée d'escalier quasiment trois fois par jour. La vérité est que je n'ai jamais perdu l'habitude de ce jeu. Plus tard, il me servit à étalonner ma forme physique : si j'arrivais au palier du troisième avant le fracas fatidique, le test était validé. Et si je n'étais pas essoufflé, ce qui arrivait la plupart du temps, sauf les lendemains de bringue, c'était encore mieux. L'apparition progressive de légers signes d'essoufflement, même si je devançais toujours la porte dans un fauteuil, fut tout de même à l'origine de ma décision d'arrêter de fumer, vers les trente ans. Je me rends compte aujourd'hui, chaque fois que je rends visite à mes vieux parents que le test était décidément d'une dérisoire et bien trompeuse facilité : même si le système de sécurité ne permet plus à la porte qui se referme de ne produire qu'un petit claquement sec nécessite de tendre l'oreille tout en courant, j'arrive encore sur le palier avant lui, ce qui ne signifie pas que je sois dans une forme olympique, loin de là. posted by grossmann francis | 2/28/2003mercredi Fenêtre sur cour N°5 Cette nuit, juste une petite pensée de la nuit :" Avec leur système de film, la fleur qui s'ouvre au ralenti s'ouvre plus vite que la fleur qui s'ouvre au normal...avec le ralenti, ça va plus vite ! faudra m'expliquer." Jean Marie Gourio, L'intégrale des Brèves de Comptoir 91-92 (N° 8) posted by grossmann francis | 2/26/2003lundi Finalement, je m'aperçois que j'ai du mal avec le théâtre. J'avais toujours pensé que ça allait sourdre de moi, un beau jour, et se répandre, comme une flaque qui s'agrandit, comme le flot montant d'une inondation, que cela viendrait tout seul. Mais non. Cela ne vient pas sans efforts. Pas moins d'efforts, en tout cas, que pour tout ce qu'on peut lire ici. Pourtant, j'aurais cru. Le théâtre m'a collé à la peau tant d'années. Je n'arrive toujours pas à en finir avec le commencement. C'est comme un lent retour. C'est comme un lever de rideau qui tourne toujours court, presque un mauvais rêve. Le rideau retombe aussitôt, semant la panique dans les coulisses, se relevant, retombant, avec les comédiens qui attendent leur entrée en scène et qui s'impatientent, s'inquiètent, s'interpellent ("Alors ? On y va ? On n'y va pas ?"). Je commence à entrevoir pourquoi. Laisser venir ce qui veut bien venir. Ne pas forcer. Les trois coups. Déjà au Guignol, il y avait les trois coups. Pas de théâtre possible sans les trois coups. Trois textes, trois coups ? Les trois coups, c'est une sorte de mystère. C'est l'arrivée du grand méchant Loup. "Promenons-nous dans les bois, pendant que le Loup n'y est pas. Loup y es-tu ? Que fais-tu ?" – "Je mets mes chaussettes !" Etc. Comme vous le savez, les trois coups ne sont pas vraiment trois, ils sont beaucoup plus. Il y a d'abord, une multitude de petits coups, désordonnés, sans rythme défini, répondant en écho au brouhaha de la salle, qu'ils étouffent petit à petit ; le loup est loin, il en est encore à sa culotte ; il y a toujours un peu d'angoisse, mêlée de bien-être, dans le silence qui se fait lentement, comme à regret ; toc toc o toc toc toc o toc toc toco toc "Loup y es-tu ?", silence, suspension ; Tac : réponse, un coup, deuxième silence, éclat, le Loup arrive; Tac : deuxième coup, le rythme advient, silence, le loup est tout proche; Tac : troisième coup, le loup est là. Le rideau se lève, vite, toujours (un lever de rideau ne doit pas être lent, c'est une guillotine à l'envers, ça doit trancher, ou plutôt accoler, réunir brutalement). Résolution de l'attente, fin de l'angoisse. Tout s'ordonne. Tout converge. La scène, ce nouvel espace qui majestueusement se découvre, c'est le Loup. La scène nous mange, elle nous avale, confiants, frissonnants. Nous ne sommes plus une assemblée disparate, nous sommes devenus un seul regard, nous sommes le public. Souvent, la scène fait mine d'être surprise par nous. Le rideau se lève sur une conversation en cours, par exemple, celle de Sganarelle et de son collègue sur le tabac, dans le Don Juan de Molière, ou bien sur le silence d'un espace vide, bientôt rompu par un appel, qui projète un personnage en cherchant un autre sous nos yeux, et qui soudain, nous apercevant le regarder s'affoler, s'interrompt un instant pour nous tenir au courant de la situation et reprend sa recherche, genre, "tiens, vous êtes là, vous ? je ne vous avais pas vu, mais tant qu'à faire, puisque vous êtes là, etc." Il nous met dans la confidence, nous rattrapons l'action en cours. Nous avons fait irruption dans leur monde, c'est ce qu'ils veulent nous faire croire, et nous les croyons, ravis, alors que bien sûr, c'est l'inverse. J'aime que le rideau s'ouvre sur une aube et se ferme sur un crépuscule. Unité de temps. Je suis un fan de la règle des "trois unités" (c'est la seule règle qui distingue profondément le théâtre de la littérature. En ce sens, le cinéma est bien plus proche de la littérature que le théâtre. Il supporte les ellipses, lui. On dit que Shakespeare, le théâtre élisabéthain en général, le théâtre du siècle d'or espagnol, avaient brisé le carcan par avance. C'est faux. Il y a, par exemple, une profonde unité dans les pièces "historiques" du grand Wil, rythmées par l'éternel retour. Deux tétralogies, deux cycles : printemps, été, automne, hiver. Deux fois.) Comment cela a-t-il commencé ? Par le théâtre de marionnettes, le Guignol du Luxembourg, très certainement. Et le souvenir de mon père, récitant des poésies (il avait été fait prisonnier pendant la guerre, il avait appris des poèmes, au stalag, de Miguel Zamacoïs et d'autres. Des poèmes de résistance, il nous avait raconté qu'il les disait, après les commandos, et la maigre soupe du soir), Mais aussi mon cousin Jean Pierre qui m'avait emmené, vers 57 ou 58, dans les coulisses du théâtre de Reims où il faisait de la figuration dans une "revue" je me souviens le titre : "Les aventures de Monsieur Subito". Je me souviens précisément d'avoir monté un résumé très approximatif de l'Avare de Molière (la scène avec La flèche, et celle de la cassette – "Au voleur, au voleur !") pour une veillée en colo. j'avais, déjà, en vrai despote, dirigé les répétitions tout au long du séjour. Nous nous étions fait des perruques de coton hydrophile, des moustaches au noir de charbon, et avions remontés nos chaussettes de ski par-dessus nos pantalons en guise de hauts de chausse. Mais surtout, je me souviens de mon propre théâtre de marionnettes, un simple châssis articulé, découpé dans du contre-plaqué décoré, qui faisait un castelet tout à fait acceptable. Un système très simplifié de cintres permettait d'accrocher des "toiles de fond" en carton figurant intérieurs bourgeois, places de villages ou forêts profondes. J'avais été émerveillé par la figuration d'une tempête de neige dans une "Aventure au Pôle Nord" aux Marionnettes du Luxembourg et par les jeux d'éclairage qui parvenaient à donner une impression d'une vitalité chaleureuse à chacun des spectacles. Je tentai de les reproduire à l'aide de lampes de chevet et de prolongateurs. Je faisais le noir dans notre chambre, j'installais mon frère en guise de public, je frappais les trois coups, tirai le rideau de doublure cramoisie, m'emmêlais dans les fils électriques, faisais la lumière. Le décor figurait la campagne sous la neige. Sur un côté de la scène un arbre nu en carton découpé, de l'autre une maison avec porte et fenêtre, simples trous ouverts sur la toile de fond en arrière plan. Les flocons de neige étaient figurés par des confettis patiemment déchirés un par un dans des feuilles de mes cahiers d'écolier, Caché derrière le théâtre, j'en jetais en l'air une ou deux poignées qui retombaient fort joliment, ma foi. L'histoire n'avançait jamais plus loin. Je reprenais sans cesse au début, par perfectionnisme, telle ombre ne s'étirant pas assez ou trop, la neige épargnant une partie du décor et qui aurait retomber plus uniformément. posted by grossmann francis | 2/24/2003> vendredi Pensée de la nuit N° 7 : "Le sentiment hypochondriaque est l'obsession de veiller sans relâche sur son propre corps, tel un gardien, un espion, un surveillant, un témoin de soi-même. L'hypochondrie est une sorte de tendresse du corps pour lui-même, telle une mère qui veille son enfant malade, et l'assure, par la maldie, Tel un interprête aussi, qui écoute avec un mélange de compassion et de cruauté, son instrument dont il veut connaître et soigner la blessure. Car avoir mal au piano, ou à la musique, c'est en fait avoir mal au temps. Gould jouant semble parfois un noyé voulant sortir de l'eau du temps et s'arracher à ses remous par les yeux, les lèvres, les mains, le corps tout entier tournoyant. En ce sens aussi, d'un transport vers un au-delà du temps, il rejoignait, sans peut-être le savoir lui-même, les expériences de la mystique. Glen Gould cherchait la limite la plus difficile, entre la musique et sson corps. Parfois, son attitude corporelle semble aussi exposée que s'il se sentait persécuté par la musique. Michel Schneider, Musique de nuit. posted by grossmann francis | 2/21/2003mercredi Je me souviens du monôme du bac (si vous vous en souvenez aussi, écrivez-moi). Je crois que c'est un rituel collectif qui a disparu dès la fin des années soixante. Je crois même me souvenir du dernier monôme du bac. Cela devait être en 65 ou en 66 (probablement 65, parce que curieusement, j'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de monôme l'année où j'ai réussi mon bac), mais peut-être pas. Je peux avoir oublié les suivants à cause de "soixante huit", ou alors parce que je ne me sentais plus trop concerné. Mais je crois bien que les monômes n'avaient déjà plus lieu dans les années soixante-dix, ou seulement sous une forme très édulcorée. Bref. Je me souviens d'une foule immense qui remontait le boulevard Saint Michel et dévastait tout sur son passage. Je me souviens d'une formidable sauvagerie. Ce jour là, d'ailleurs, tous les commerçants baissaient leurs rideaux de fer. Cela ne ressemblait en rien à une marche de protestation, une "manif". Aucune revendication, aucun slogan, pas de banderoles, seulement une marée humaine s'avançant à toute vitesse, remontant le Boul'mich en quelques minutes, portant des arbres déracinés, des kiosques et même des colonnes Morris, comme une vague sur la plage, qui fait s'écrouler les chateaux de sables (les "manifs au contraire, sûres de leur force, avancent lentement, prennet des heures. C'est ça, d'ailleurs, la "force tranquille") Aucune sérénité dans les monômes, ou alors crispée, comme dirait René Char. Une joie (une folie) furieuse, païenne, aigüe, aussi peu sûre d'elle que ne l'est la "fragile" jeunesse. Choc frontal avec la police, qui attend la vague, sur plusieurs rangs, à la hauteur du Mahieu, ou de Capoulade. Coups de matraque. Os qui craquent. Sang qui gicle. Scènes de violence assez ordinaire de la deuxième moitié du vingtième siècle, au mois de juin, à Paris, chaque année. On n'a d'ailleurs plus, de nos jours, idée de la violence de ces temps-là. posted by grossmann francis | 2/19/2003Je viens de faire une petite ballade parmi les liens de la LCD. C'est donc illico que je vous dirige presto sur cette page de "Photomontage", mignon, non ? (On devrait visiter "Photomontage" plus souvent. On y trouve une belle idée par jour, au moins). posted by grossmann francis | 2/19/2003Pensée de la nuit N° 6 : "On peut voir regarder mais on ne peut pas entendre écouter" Marcel Duchamp posted by grossmann francis | 2/19/2003mardi Fenêtre sur cour N°3. Je triche un peu (déjà). C'est plutôt fenêtre sur
rue (mais je n'ai pas de fenêtre donnant sur la rue...) Pour en finir avec les rencontres fortuites de célébrités plus ou moins célèbres aux coins des rues, dans les queues de Cinéma ou aux caisses des supermarchés (ce qui est vraiment rare, mais qui arrive, parfois, enfin, de temps en temps), voici une petite histoire, vraie évidemment, qui date du week end dernier. Nous traversions Paris en voiture par un de ces après midi d'hiver, froids, ensoleillés, revigorants, propres à nous sortir momentanément de nos déprimes. Nous allions du quartier chinois (où nous avions sacrifié, pour le déjeuner, au rite du "Pho" dominical) au quartier de Bucy en passant par celui des Gobelins, le quartier latin évidemment, et celui de l'Odéon (qui, comme dit Eric Hazan dans "l'invention de Paris", se distingue tout à fait du quartier Latin sans qu'on puisse en dire exactement les frontières), à la recherche d'une galerie de photos où on exposait les œuvres de Francesca Woodman, quelque part entre la rue Mazarine et la rue de Seine. Je conduisais. Mon ami Franklin, à qui je venais de raconter ma "rencontre" avec Michel Serres, mon "croisement" devrais-je plutôt dire, si c'était possible, enfin ma "non-rencontre", s'écria soudain, alors que nous nous engagions dans la rue de Médicis, après avoir traversé la place Edmond Rostand, et, que nous commencions à longer les grilles du jardin du Luxembourg qui, à cet endroit-là hébergent avec bonheur, depuis quelques années, des expositions de photos en plein air, et que nous patientions au passage clouté qui relie la terrasse du café le Rostand à l'entrée du jardin (un des segments de la ville que je trouve des plus charmants, beaucoup de scène de "la maman et la putain" de Jean Eustache y sont filmées), mon ami franklin, donc, s'écria : "Tiens, Jospin !" J'avais déjà accéléré au feu vert, parce qu'à cet endroit, c'est bien connu, si on ne fonce pas, les piétons continuent de traverser au vert, au mépris le plus criant du code de la route, avec la plus grande impolitesse. Je ne vis donc pas Jospin. Mais on peut dire en toute logique que ce fut comme si je l'avais croisé moi même, moi aussi, enfin lui aussi, si je puis dire, à partir du moment ou mon ami Franklin l'avait aperçu et que je ne mettais ni sa parole ni son sens de l'observation en doute. Comme je fonçais dans la rue de Médicis enfin dégagée de sa piétaille et que, malheureusement, je ne pouvais me retourner pour vérifier et tenter d'apercevoir, au moins, les célèbres frisettes blanches un cran au-dessus des têtes piétonnières, je demandai, en conduisant, à mon ami Franklin de me conter par le menu la scène qu'il venait de voir. "Oh, rien de spécial, me répondit-il, il était là, au bord du trottoir, il attendait de traverser, tout seul - c'est à dire, vu la foule qui l'entourait, sans escorte notable, ni gardes du corps ni autre célébrité politique, ni Noelle Châtelet etc. - Jospin, quoi, le vrai, le basiste, le neo-anonyme. " Je ne sais pas pourquoi, ça revigore toujours de croiser des célébrités, ça rend gai. C'est peut-être, il faudrait vérifier ça par de savantes statistiques, que ça porte bonheur. On adore dire qu'on a croisé une célébrité. Ça revigore. Ça vous grandit ; Ça rapetisse le monde, en fait une sorte de village ; vous pouvez constater de visu que, toutes célèbres qu'elles soient, elles se brossent potentiellement les dents ou se mettent les doigts dans le nez ou elles remontent leurs chaussettes, qu'elles fréquentent les librairies les tabacs et les laveries automatiques (enfin, pas sûr, pour les laveries) tout comme vous. Un peu de leur célébrité rejaillit sur vous, automatiquement, et vous vous sentez un autre homme, une quasi-célébrité, vous aussi. Je me recarrai sur mon siège, tendis les bras et empoignai le volant : J'étais l'homme qui conduisait à travers Paris l'homme qui avait aperçu Jospin au coin de la rue de Médicis. Cela vous posait là, non ? Et Franklin en rajoutait : "L'autre jour, c'est Tibéri que j'ai croisé. C'était tard le soir, il marchait dans la rue, sans chauffeur ni limousine, les mains enfoncées dans les poches de son loden, c'était lui je te jure, il baissait les yeux, il faisait une drôle de tête !" – "Et xavière, il n'était pas avec Xavière ?" m'enquis-je en proie à la plus grande angoisse – "Non, il était tout seul, te dis-je, il rentrait chez lui, sans Xavière, ça c'est sûr !" etc. Ah, Paris sera toujours Paris ! posted by grossmann francis | 2/18/2003lundi Pensée de la nuit N° 5 "Je serai toujours un photographe du Dimanche. Les images sont comme les papillons. A quoi bon les attraper si c'est pour les emprisonner". Alvares Bravo posted by grossmann francis | 2/17/2003samedi Deux nouvelles rubriques sur Ciscoblog en LCD : La "Liste des pensées de la nuit" et la "Liste des JMS" (des "Je me souviens"). Bonne fête à toutes les nouvelles rubriques ! posted by grossmann francis | 2/15/2003Pour une fois, ce site (enfin, pas vraiment pour une fois, mais c'est vrai que ce n'est pas fréquent) va s'interesser à autre chose qu'à mon nombril. Voici donc une information capitale qui va, je l'espère, définitivement relever le niveau communicationnel de ce Blog : Lors du dernier recencement de 2001, au Royaume Uni, qu'on vient récemment de finir de dépouiller, 390.000 personnes, oui, je répète, 390.000 (soit l'équivallent de cinq stades de France archi-combles, ce n'est pas rien tout même) 390.000 personnes ont déclaré, à la case "religion", qu'ils étaient "Jedi". Incroyable mais vrai. 390.000 personnes. On vit une époque formidable, même en Angleterre ! (Si vous ne me croyez pas allez vérifier là, suffit d'être un tout petit peu Shakespearoglottophone) posted by grossmann francis | 2/15/2003vendredi Comment ? Vous ne savez pas encore ce qu'est un endoproctocéphalique, un diptérosodomite, un pseudopyge, ou encore ce que signifie paleovinoderme ? C'est que vous n'êtes pas encore allés visiter xyloglotte. C'est une honte, je vous le dis, en deux mots comme en trois (traduire en xyloglotte pour demain et que ça saute !) Quand à moi, j'en prend une bonne dose au moins une fois par mois, et je vous garantis qu'après le fou rire que je pique, à me gondoler devant ma console, à me taper sur les cuisses d'une main (l'autre gardant son médius rivé à la molette de la souris)je me sens réconcilié avec le monde pour au moins trois jours ! C'est légal et ça n'agrandit pas le trou de la sécu : pourquoi s'en priver ! D'ailleurs, interdiction de revenir sur Ciscoblog si vous n'êtes pas passés une fois au moins par xyloglotte, na ! (et je me trouve encore bien bon de vous macher le travail avec les liens) posted by grossmann francis | 2/14/2003Chouette, les trois rubriques en même temps ! je me souviens de Blek le Rock posted by grossmann francis | 2/14/2003Pensée de la nuit n°4 :"Un homme se possède par éclaircies" Antonin Artaud posted by grossmann francis | 2/14/2003jeudi Cet après-midi, j'étais au coin de la rue des écoles et du boulevard Saint-Michel. Je sortais de la librairie "Compagnie". à la hauteur de la boutique d'images et de cartes postales, en face du cinéma "Le Champollion" et la rue du même nom. Au milieu des passants, je croisai un beau vieil homme, grand, droit, au regard clair, au nez aquilin, aux cheveux blancs et ondulés. Une écharpe rouge lui ceignait le cou sous une veste sport bleu gris de bonne facture. Je ne pus m'empêcher de suivre des yeux un court instant son beau visage. Il me rendit mon regard, accompagné d'un léger sourire, sans ralentir son allure. Nous marchions en sens inverse, et nos pas nous avaient déjà éloignés l'un de l'autre. Je regardais déjà vers chez "Gibert jeune", en face du boulevard où je comptais, sans trop d'espoir, chercher le livre que je n'avais pas trouvé à "Compagnie". Je ne me retournai pas. Peut-être, lui, en ce moment entrait-il dans la librairie que je venais de quitter. Mais sur le moment je n'y pensais plus, la tête à mille autres choses. Je ne suis même pas très sûr que c'est sur le moment même que j'ai pensé qu'il s'était cru reconnu : nos regard s'étaient croisés un court instant, il y a des gens qu'on remarque, comme ça, dans la foule, pour leur silhouette, la beauté ou la laideur de leur visage, j'aime bien regarder les gens dans la foule, et d'ailleurs, moi ce sont plutôt les femmes qui attirent mon regard, en général, pas les vieillards, tout beaux soient-ils comme celui-ci. En tout cas, moi je ne l'avais pas reconnu. Je l'avais juste regardé pour ce qu'il était, un beau vieil homme, et je n'y avais plus pensé. Ce n'est que plus tard, en sortant cette fois de chez "Gibert", que son léger sourire, énigmatique comme celui de Mona Lisa, me revint en mémoire et me fit souvenir de son visage. En général, les gens qu'on croise dans la rue, on ne les photographie pas, on les oublie, ils se fondent dans la foule innombrable des images oubliées. C'est le souvenir du sourire qui fit revenir le visage tout entier. Je n'avais toujours pas l'idée qu'il s'agissait de celui de quelqu'un que je connaissais, mais le sourire m'intriguait. Pourquoi m'avait-il souri, ce beau vieillard ? Il m'avait souri, mais pas regardé. Enfin, pas regardé vraiment. Il m'avait vu le regarder et avait souri. Pas à moi. Il avait souri parce qu'on l'avait regardé. Un sourire un peu énigmatique, comme je l'ai déjà dit, mais un sourire de satisfaction, de contentement, même. Très discret, le sourire de contentement, mais indiscutable : il s'était senti reconnu. C'était cela que signifiait le sourire. Mais, en repensant à l'entrecroisement de nos regards, et au sourire, je me formulais l'hypothèse qu'il s'était vu reconnu par moi (alors que, je le répète, je l'avait regardé comme un anonyme, un homme, vieux déjà, au beau visage, mais anonyme), et si je ne me trompais pas sur la signification de son sourire, c'était qu'il était effectivement connu, sans que cela importe que ce fut de moi. Cette pensée qu'il s'était cru reconnu, la forme du sourire m'en donnait la quasi-certitude (car ce n'était pas le sourire de qui reconnaît quelqu'un, moi, en l'occurrence, un passant anonyme pour lui, aussi), fit naître en moi l'idée que j'aurais dû, alors, le reconnaître, mais que je ne l'avais pas fait, et que donc, peut-être, je ne le connaissais pas personnellement. J'en ai donc déduit que l'homme que j'avais croisé, à cause justement du sourire, qui n'était pas destiné à quelqu'un qu'il reconnaissait, jouissait, lui, au sens propre du terme, d'une certaine, disons, célébrité. Ce n'était sûrement pas une "star" parce que tout le monde se serait retourné sur son passage ou bien il aurait porté les fameuses lunettes noires que toute "star" chausse dès lors qu'elle met les pieds dans la rue. J'ai tout de même pensé à un acteur de cinéma ou de théâtre, à cause de son physique de père noble. Cela aurait, par exemple, pu être Daniel Gélin ou quelqu'un comme ça, pas vraiment une grande "star" mais "reconnaissable", tout de même. Mais, outre que Daniel Gélin n'a pas les yeux clairs et qu'il est probablement plus petit, il est surtout déjà mort et ne peut donc pas arpenter la rue des Ecoles et faire un sourire au premier passant qui le regarde. Je me suis pris au jeu. J'étais de plus en plus certain que j'avais croisé quelqu'un que je connaissais. Mais je n'arrivais pas à faire la différence entre quelqu'un que je connaissais personnellement où que j'aurais simplement dû reconnaître parce qu'il était connu. Après avoir passé en revue les acteurs de cinéma ou de théâtre, plus ou moins célèbres, il n'y en a pas beaucoup de cet âge finalement, après avoir acquis la certitude que ce beau vieillard ne faisait nullement partie de mon entourage proche ou lointain, je m'orientai dans un premier temps vers les hommes politiques, prompts eux aussi à se croire reconnus dans la rue et à distribuer des sourires de remerciement. Mais la veste de sport ne collait pas tout à fait, ni la coupe de cheveux, un peu trop "bohême", un peu trop "intello". C'était malgré tout quelqu'un que j'avais vu à la télévision ou dans un livre, peut-être sur la quatrième de couverture. Rue des Ecoles, bien sûr ! Il ne se dirigeait pas vers la librairie "Compagnie", mais vers la Sorbonne ou mieux encore, le Collège de France. Un professeur, alors, pas si connu que ça et, qui, aurait cru me reconnaître moi, comme un de ses anciens élèves ou plutôt croire (le sourire, toujours) qu'un de ses anciens élèves le reconnaissait. Pour ce qui me concernait, ça m'aurait étonné. Je pourrais éventuellement reconnaître un vieux profs de médecine, mais ils étaient déjà tous assez vieux à l'époque où je les avais eu comme profs, et probablement tous morts à l'heure actuelle. Un prof, peut-être, mais certainement pas un des miens. Mais le collège de France, un prof célèbre, le plus célèbre de tous, un des derniers survivants, j'y étais : j'avais croisé cet après midi le regard de Michel Serres et Michel Serres s'était vu reconnu, à tort, comme je viens de l'expliquer. S'il ne s'était pas senti reconnu, s'il n'avait pas souri imperceptiblement, il serait resté pour moi comme pour la plupart des passants de la rue des Ecoles cet après-midi un beau vieillard anonyme qu'on croise en flânant. Mais comme il s'est révélé finalement être Michel Serres, grâce à son imperceptible sourire, il a eu droit au quelques lignes que vous venez de lire si votre patience vous a conduit jusqu'à la fin du paragraphe. Parce que, au fond, cet après-midi-là, Michel Serres est toujours un beau vieillard anonyme qui passe. Peut-être a-t-il, sur sa route vers le collège de France, été reconnu vraiment, une ou deux autres fois, ou pas reconnu, mais simplement regardé, comme je l'avais fait, et peut-être a-t-il répondu au regard par le même sourire énigmatique, mais je ne crois pas. Il est resté anonyme jusqu'au bout. Il était le seul à se savoir Michel Serres marchant dans la rue des Ecoles (de même que je suis bien persuadé d'avoir été le seul à me savoir moi-même marchant dans la rue des Ecoles). Mais, au fond, quelle importance ? Dans toute mon existence j'ai bien du en croiser, dans la rue, des célébrités, sans les reconnaître, et même j'en ai reconnu quelques unes d'ailleurs, je ne me souviens plus lesquelles, là maintenant, et alors ? Je sais, ce que je viens de raconter est un événement infime, une non- rencontre par excellence, qui ne signifie absolument rien et qui ne mérite probablement pas l'espace que je vient de lui consacrer. Peu-être aurais-je du écrire, à la rigueur, tout simplement : " Cet après-midi j'ai croisé Michel Serres dans la rue", basta cosi, et vous passer les détails du cheminement tordu de ma pensée ? Mais la simple relation du fait brut, une courte phrase au milieu du blanc de la page du genre "Cet après-midi j'ai croisé Michel Serres dans la rue", ce qui n'a en soi strictement rien d'extraordinaire, vous aurait paru encore plus futile et sans intérêt, alors que faire ? Pourquoi n'ai-je pas pu m'empêcher d'en écrire tout un paragraphe ? Justement, peut-être, parce que c'était loin d'en valoir un. Il y avait comme un trop plein, l'envers peut-être de ce qu'on appelle "l'angoisse de la page blanche", quelque chose de douloureux, quelque chose d'une présence insaisissable, de trop fort, encore. C'est cela, oui : trop fort. Je ne peux, pour ma défense, que citer René Louis Desforets " Cette masse indifférenciée comme perdue sur un fond de grisaille où la lumière n'a d'accès que par intermittence et semble même de jour en jour se faire plus rare, quel langage serait assez chargé de désir pour lui donner relief et couleur, à moins de recourir aux artifices d'une transfiguration" (in "L'immémorable") posted by grossmann francis | 2/13/2003mardi Pensée de la nuit N° 3 (je rappelle que ce sont des "Pensées du jour", la nuit) : "Prenez un verre en argent tout neuf, remplissez le grains de grenade rouge et placez le entre l'ombre et le soleil : telle était en quelque sorte la beauté de Rabbi Yo' Hanan (traité Baba Metsia)" Adin Steinsalz, "Personnages du Talmud" posted by grossmann francis | 2/11/2003lundi J'ai déjà dit mon amour des descriptions. Décrire c'est rendre le monde
qui ne nous a pas été donné mais seulement prêté. Ecrire aussi, par
conséquent. Je suis profondément convaincu que toute écriture est
description. Ecrire c’est copier le monde avec des mots, parce qu’il y a
un sujet de l’écriture. Il n'y a pas d'écriture abstraite comme il y a par
exemple une peinture ou une sculpture abstraite. Si on admet, comme le dit
Avigdor Akhira, que l'art abstrait est une exaltation du décoratif, du
motif, de l’absence de sujet, aucune écriture ne peut être considérée
comme abstraite. D'ailleurs une telle écriture, sans sujet, "décorative",
ne pourrait se réduire qu'au simple graphisme ou au jeu typographique,
elle n'aurait plus besoin des mots. Elle ne serait donc plus écriture. Je
me souviens des tentatives graphiques et pathétiques de Roland Barthes et
d'Henri Michaux. Ce qui permet de faire de l'abstrait, de se passer de
sujet en peinture, c'est le "substrat", justement, toute la matière qu'il
faut pour peindre, les couleurs qui se juxtaposent les unes aux autres
mais ne signifient rien, la toile, le support, qu'on peut griffer,
lacérer, torturer, la consistance, le "jus" qui coule, les taches, la
pâte, plus ou moins dense, qu'on peut modeler à l'infini. Il y est plus
question de rythmes, de périodes, de motifs. C'est exactement comme pour
la musique, qui, elle, est abstraite par essence. Ce qui serait
comparable, en musique, à la peinture "abstraite" s'y appelle d'ailleurs
musique "concrète" en raison du processus de production des sons, gestes
et matériaux qui sont l'équivalent de la "matière" picturale, et non pas
des notes, et là, d'ailleurs, le motif se perd. L'abstrait ne décrit pas,
il se donne en pure forme, il tente d'exprimer une émotion esthétique
dégagée de tout sujet. C’est une pathétique tentative que fait la matière
pour se dire elle-même, comme si elle s’emparait du corps et de la
technique de l’artiste pour son seul et propre usage. Le motif se répète à
l’infini, peu importe au fond qui le grave ou l'inscrit. La pure forme
serait une sorte d'entité platonicienne qui s'imposerait d'elle-même au
plasticien. Il ne ferait, en quelque sorte, que la prendre sous sa dictée,
la transcrire. Les grands inventeurs de motifs, quoiqu’ils en disent, sont
plus des scientifiques que des artistes (Pete Mondrian, Vassili Kandinsky
tardif…) On sait que la frontière est ténue entre mathématiques pures, par
exemple, et art. Malgré tout çà, malgré tout ce que l’abstrait peut
contenir de beauté, Picasso, par exemple, s'y est toujours refusé. Il ne
concevait pas une peinture sans sujet. Il décrivait. Il n’a jamais renoncé
à décrire. Matisse s’y est aventuré un peu, lui, il a inventé des motifs,
il a rencontré l’abstrait, il a fait un bout de chemin avec lui et n’a
pourtant pas non plus renoncé au sujet. Mais la description a sa propre
alchimie, son propre mystère. Ce n'est pas parce que je m’attache à le
décrire que je vais rendre compte du sujet dans sa totalité. Je sais bien
que ma description ne sera qu’un point de vue, point de vue qu’on pourra
appeler, si on veut, mon style. Je peux tenir à mon point de vue, qui est
l'endroit que le mouvement du monde m'a désigné, c'est mon devoir même d'y
tenir, au sens éthique, mais les points de vue peuvent se multiplier à
l’infini. On n’épuise jamais le sujet, bien sûr. Le « réalisme » lui-même
n’est qu’un point de vue. Le sujet est pris dans un temps donné, qui peut
être le mien, mais pas forcément, il est pris (prisonnier) dans un espace
donné qui peut être le mien, mais pas exclusivement. Il existe un lieu où
je peux le faire mien pour un moment, mais il me faudra le rendre, le
rendre à lui-même et aux autres. C’est son statut de sujet qui le veut. La
liberté, on peut peut-être appeler ça comme ça, le fait que le monde n'est
que mouvement et que le sujet est sans cesse entraîné par ce mouvement.
Cette difficulté fondamentale à le saisir, ne nous autorise en rien à
affirmer que le sujet n'existe pas, comme pour nous en débarrasser : Il
est le lieu de convergence d'une infinité de points de vue, voilà tout. Il
est passé par ici, il repassera par-là, comme le furet. Il ex-siste,
diraient les lacaniens. Il résiste, aussi. L’artiste abstrait serait donc
à la fois sage et lâche. Sage, parce qu’il aurait compris que tenter de
saisir l’altérité est vain, lâche parce qu’il aurait renoncé à toute
confrontation avec le monde. Pour ne pas avoir à rendre. Pour n’être
redevable de rien à personne. Dans sa sagesse ainsi que dans sa lâcheté.
Un peu autiste. Pathétique effort de l’ « hyperréaliste » qui ne fait que
rejoindre l’abstrait, aux extrêmes, mais qui a décidé de ne pas lâcher le
sujet, coûte que coûte, et qui ne le rendra jamais. Il en gardera au moins
la forme seule, l'enveloppe "charnelle", exacerbée pour ainsi dire, comme,
par exemple, ces immenses toiles de plusieurs mètres carrés, grandes comme
des publicités géantes, représentant des ventres ou des fesses de femmes
en gros plan, sanglés dans d'affriolants sous-vêtements, reposant sur les
plis compliqués de draps blancs au désordre minutieusement représenté ou
sur une plage peinte au grain de sable près. A l'inverse, aux temps
héroïques, les photographes "pictorialistes", comme s'ils s'étaient sentis
coupables du saut qualitatif que représentait leur technique de
représentation du réel ou comme s'ils avaient voulu se faire pardonner à
l'avance la crudité inéluctable des images qui allaient bientôt inonder le
monde, avaient copié non pas la nature, mais la peinture ou plutôt les
tableaux, avec le cadre doré et même le mur sur lequel on les accroche.
dimanche Je me souviens d'Albert Reisner, harmoniciste ( c'était le seul "rescapé" du "Trio Reisner" qui avait fait les beaux jours de "36 chandelles" à la RTF ( en passant, je me souviens d'ailleurs de la RTF), on les voyait alignés par ordre de tailles et jouants de trois hamonicas de plus en plus longs) présentateur vedette de l'émission "Age tendre et tête de bois" (pâle copie "visuelle" de "Salut les Copains" sur Europe N° 1)où sont passés pour la première fois Johnny Halliday et Claude François (Je me souviens aussi du moment ou la RTF est devenue l'ORTF). posted by grossmann francis | 2/9/2003Pensée de la nuit : "Alors que les êtres et les choses témoignaient sans relâche de sa présence au monde et qu'il lui semblait, jour après jour, apprecier son sillage parmi eux, un homme découvre que tout ne répète plus, désormais que sa propre absence. Quand et comment cette inversion s'est-elle opérée ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, et contre toute apparence, ce sentiment d'une perte est peut-être la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait à peu près rien vu jusque là, se dit-il. Et, à plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'il expérimente maintenant tous les jours : que la beauté, alors même qu'on la touche, est déchirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cet homme va, vient et se dépense sans compter." Marcel cohen, "Lecture courante à l'usage des grands débutants" posted by grossmann francis | 2/9/2003samedi Nouvelle rubrique (c'est la nuit des nouvelles rubriques (je me
souviens de "Y'a qu'une télé, c'est télé chat", bonne fête à toutes les
nouvelles rubriques)), donc : "Fenêtres sur cour", nouvelle
rubrique Et voici notre pensée de la nuit (nouvelle rubrique), tirée, en cet instant de spleen, d'un roman de René Belleto, je ne sais plus très bien lequel (Créature ?) : "...Tant il est vrai que dans cette existence imparfaite, soit on passe à côté des choses, soit on s'écrase contre." Avec en prime un "je me souviens" : je me souviens de la "trilogie lyonnaise" de René Belleto (la première page du "Revenant" m'avait littéralement bouleversé) posted by grossmann francis | 2/8/2003jeudi Ce soir, de quoi amuser vos enfants, surtout les filles (quoique : je me souviens avoir découpé frénétiquement, vers six sept ans, les "paper dolls" (on n'appelait pas ça comme ça, mais comment ?) de mes petites copines) Il ya Marylin Monroe, Lady Di, Tom Cruise et même Vous, si vous écrivez à la webmistress ! Bon découpage ! That's all folks, for tonight (via geisha azobi, qui est une véritable mine) posted by grossmann francis | 2/6/2003mardi Juste une remarque en passant, parce que "Blogger" (le fichu logiciel en ligne qui me sert à publier ces...lignes) m'énerve : il "bogue" sans arrêt. Ainsi, il vient de convertir en italique tout ce qui a déjà été édité jusqu'au 2 février. Je ne sais pas comment rétablir la typographie originelle. Ce n'est pas très grave, mais c'est énervant (les archives sont intactes, elles. C'est à n'y rien comprendre) Je vous prie donc de m'excuser pour le désagrément.(Avez vous aussi remarqué que les archives de décembre 2002 ont disparu ? Encore un bogue de Blogger. Pas moyen de les récupérer (en ligne du moins ; elles sont à l'abri sur mon serveur. Il suffit de m'écrire pour les recevoir par retour du courrier (si vous n'y comprenez rien, ce n'est pas grave : moi non plus !)))C'est énervant ! posted by grossmann francis | 2/4/2003
lundi Je ne vous dirai pas par quel chemin je suis passé pour arriver sur ce site (un bon magicien ne dévoile jamais le secret de ses tours, un bon journaliste "protège" ses sources etc.) Quoiqu'il en soit, je crois que cela mérite un détour. Cela mériterait presque la LCD, mais je laisse mijoter un moment au purgatoire, on verra plus tard... bonne promenade posted by grossmann francis | 2/3/2003J'ai trouvé ça dans "désordre"
: dimanche Au revoir, monsieur Havel, et merci ! posted by grossmann francis | 2/2/2003 |
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