lundi
C'est peut-être un peu long à télécharger, mais c'est assez vertigineux, peut être l'interface du futur. C'est le dernier projet de Jef Raskin, l'un des inventeurs du macintosh, mort il y a deux jours.
posted by grossmann |
2/28/2005
dimanche
Merveille, 18
 Je
vais faire un aveu : j'ai assez longtemps pensé que Georges Perec était
breton. Je sais, il y a plus grave comme aveu. Ce n'est pas si
intéressant que ça. Ciscoblog a pensé que Perec était breton, bon. La
honte. Je sais. N'empêche, j'ai longtemps cru que Perec était breton,
c'est à dire français depuis de nombreuses générations, pas tout à fait
comme moi. Je pourrai dire même que cela m'avait rassuré, en quelque
sorte, qu'il soit breton, pour la bonne raison que quand j'ai appris
qu'il ne l'était pas, et je ne vous épargnerai pas comment un peu plus
loin, ça m'a fait une sorte de choc . C'est peut-être à cause du fait
qu'il n'était pas breton, finalement, que Perec est devenu ce qu'il est
pour moi (pardon d'avance aux "vrais" admirateurs...) Ce qui n'empêche
pas "La vie, mode d'emploi" d'être peut-être ma merveille la plus
merveilleuse. Donc, j'ai cru que Perec était breton. A cause de son nom
bien sûr ( Ballec, Leguennec, Drenec, Guilvinec, etc.) et probablement
aussi à cause de sa maîtrise de la langue (les bretons sont de vieux
français tout de même, ils ne sont pas tous bretonnant et, quand il le
sont, j'ai toujours pensé que c'était une érudition supplémentaire, la
chance de posséder deux langues, l'une "moderne" et l'autre originelle,
etc.) J'ai pensé que Perec était breton, disons au moment où j'ai lu
"Les Choses", pas exactement au moment où le livre est sorti, un peu
plus tard, mais aussi au moment où j'ai lu "La vie Mode d'Emploi", à sa
sortie celui-là, au début des années quatre-vingt. Ca a été a été une
des plus grandes rencontre littéraire (et même rencontre tout court) de
ma vie. Quand je dis que j'ai pensé que Perec était breton, c'est que
justement je n' ai pas pensé à la question des "origines" de Perec en
l'air, en passant, ce n'était pas une idée qui m'avait seulement
traversé l'esprit (je me fous de savoir, par exemple, si André Green
est d'origine anglaise ou Hector Bianchotti argentine, si Vercors est
Dauphinois, Marcel Proust juif ou François Bon Icaunais, par exemple, à
partir du moment où ils ne sont pas des auteurs "régionalistes", ce que
n'était pas Perec, bien entendu.) C'est aussi à cause de son aspect
physique, la barbe, le pull marin sur la fameuse photo au chat et au
bouton sur la joue (je ne sais pas s'il a jamais mis les pieds sur un
bateau et je ne suis pas sûr que le pull soit vraiment marin.) Mais
bon, c'est que, dan ces deux livres-là, à aucun moment Perec ne fait
allusion à ses origines ou au fait qu'il soit juif, j'en suis certain.
Et est-ce que cela compte beaucoup qu'il soit juif - pour lui, ça ne
comptait pas tant que ça - ? Ce n'est pas la "judéité" de Perec qui est
importante (comme elle l'est, par exemple chez Philip Roth, Primo Levi
ou Amos Oz) c'est plutôt la question de ses origines, de la sienne, pas
d'où il vient, mais de qui, de qui il est le fils, de ses parents
disparus quand il était tout petit, de cette absence (et à l'époque
disons que ça avait plus de chance d'arriver à un enfant juif, d'avoir
des parents disparus quand on était tout petit, qu'à un autre.)
Pourquoi, à la lecture des "Choses" ou de "La vie mode d'emploi" la
question de l'origine s'était-elle imposée à moi au point que j'y donne
une réponse aussi évidemment fausse ? En premier lieu je suis juif,
moi, et je n'ai jamais su distinguer les juifs par autre chose que les
assonances de leur nom, mais pas à tous les coups, pas aussi bien en
tout cas que le faisaient mes parents et certains de mes copains
d'enfance, pour lesquels on pourrait dire que cela avait été plus
vital, malheureusement. J'affichais même à l'époque un certain mépris
pour cette sorte de sale habitude à chercher des signes de
reconnaissance communautaire. A tel point que le nom de Perec "sonnait"
breton pour moi et pas juif. Mais en même temps, je suis bien obligé de
dire que je lui avais tout de même assigné une origine. Ce qui était
loin de mes habitudes et qui n'était en tout cas pas une manie. Je me
souviens qu'il y avait des codes de reconnaissance : une question par
exemple, "T'es pas un peu breton, toi ? – à laquelle nous ne répondions
pas : " Si, de Brest…litovsk !" permettait à la fois de faire signe et
de ne pas trop se compromettre en cas d'erreur, j'aurais du me méfier.
En second lieu, je parlais de rencontre. C'est après avoir lu "La vie
mode d'emploi" (ça a du arriver à d'autres avec Stendhal, Flaubert,
Camus ou Claudel, selon les goûts) que j'ai cessé définitivement de
croire que j'écrirai un jour un roman ou même un livre. "La vie mode
d'emploi" m'avait fait prendre conscience de l'exploit irréalisable que
représentait une telle prétention. Malgré mon émerveillement , le
bonheur qui m'avait tenu tout au long de la lecture (sans parler des
relectures ultérieures), et mon admiration éperdue pour l'homme et
l'auteur, j'ai du inconsciemment en vouloir à Perec et donc, peut-être
lui retirer le "titre" de juif, ou bien, au contraire, et je suis
coutumier de cette trouble duplicité, de lui donner celui de "goy". Je
ne dis pas "inconsciemment" au hasard. C'est Francis H., mon analyste,
qui me donna la clef quelques années plus tard. Je ne sais plus
pourquoi, j'évoquai, au cours d'un de mes soliloques obligés sur son
divan, toujours dans l'ignorance de la vérité, "La vie mode d'emploi" à
l'appui, l'absence probable de lien entre Perec et la psychanalyse (je devrais avoir honte,
mais c'est comme ça) quand je l'entendis ricaner derrière moi (ce qui
était très rare, pas seulement ricaner mais même émettre le moindre
son) et, de la voix mielleuse qu'il savait alors si bien prendre, me
conseiller de lire "W ou le souvenir d'enfance", pour voir. Cette
lecture, qui me fit pleurer, fut une révélation aussi grande que celle
de "La vie mode d'emploi" et m'obligea à rectifier ma double ou triple
erreur. Je n'en admirai Perec que plus éperdument, comme on peut s'en
douter (et un peu mon analyste, accessoirement). Bien évidemment, tout
était déjà dans "La vie mode d'emploi", à peine déguisé : le puzzle, la
pièce manquante, le trop plein, la surabondance ludique, le surplus de
plaisir, la jubilation, la douleur. Perec écrivait pour conjurer
l'absence, montrait magnifiquement que la vie était comme la
littérature : faire semblant de croire qu'on croit, l'écriture ou la
vie.
posted by grossmann |
2/27/2005
vendredi

je suis fffou de flickr ! (maintenant que j'ai tout compris), vraiment fou !
posted by grossmann |
2/25/2005
jeudi
Pensée de la nuit N° 80 : "Je
compare toujours la langue à un chien en laisse qui vous tire derrière
lui. Pour écrire, on n'a pas besoin de faire grand-chose. Il faut
commencer par poser quelques jalons, comme pour une esquisse, et puis à
un moment les choses prennent. Comme une vis dans le mur qui tout d'un
coup mord et qu'on peut enfin visser. Le texte traîne à sa suite celui
qui écrit." Elfried Jelinek, interwiew à Christine Lecerf (blog de pierre Assouline)
posted by grossmann |
2/24/2005
mercredi
Un Haiku par bain, 7
rêvassant espoir : Par une longue immersion Se dissoudre enfin
posted by grossmann |
2/23/2005
lundi
A
chaque retour de vacances j'ai la même sensation étrange : le monde a
changé. D'abord je ne saurais dire pourquoi. Il y a un je ne sais quoi
dans l'air, dans l'espace, dans le paysage, dans le réel, pour tout
dire, que j'avais oublié et que je retrouve, quelque chose dont je
m'étais vite passé qui m'avait pourtant été familier. Le paysage n'est
plus celui de la campagne que j'ai parcourue une semaine durant. C'est
que je suis à nouveau "en ville", le paysage urbain a ses contraintes,
ses laideurs, mais aussi ses beautés, ses familiarités, son rythme. Ce
n'est plus le blac silence des espaces enneigés où terre et ciel se
confondent. Vous traversez la "campagne" autant qu'elle vous traverse.
La nature est silencieuse, elle vous entoure, vous contient. Vous en
faites partie immédiatement. Il y a comme une complicité muette,
tranquille, un enveloppement. Rien à dire. Le paysage se donne tout de
suite, évidence sans paroles. Ce qui arrive, à chaque retour "en
ville", c'est que l'espace ne me parle plus de la même façon, ou plutôt
il se met à me parler, justement, ce qu'il avait cessé de faire pendant
une semaine. C'est de là, probablement que vient cette étrange
sensation : Il y a des choses qui s'adressent à moi, moi le passant qui
passe, des choses qui me parlent parce que je passe, justement. Ca se
met à nouveau à parler. Ce bruit, ce n'est pas seulement la rumeur de
la ville. Je peux lire des mots partout. Sur les maisons, les
immeubles, à chaque coin de rue. L'espace est saturé de paroles et de
significations. La ville parle. La ville me parle. Elle n'a plus la
discrétion et l'immédiateté de la nature. Non seulement elle parle mais
elle blablate, elle me saoulerait. Le premier jour, la brusque
réapparition des mots, des images, absents pendant une semaine, est
comme une agression, inquiétante étrangeté. Je m'habitue pourtant vite,
oublieux du silence de la nature, et je redeviens cet observateur
bavard qu'est tout automobiliste sur son trajet quotidien. Je converse
avec la ville, je ne la traverse pas seulement. elle me parle et je lui
réponds, je lui donne mon opinion, sinon mes impressions. Il n'y a pas
de publicité dans la nature. Aucune inscription sur la neige, pas de
néons dans le ciel, pas d'enseignes sur les arbres. On s'abandonne à la
contemplation, surpris par la course d'un famille de biches, par le vol
des oiseaux se proie ou la vision des éperons de glace figés aux
fontaines. On n'y parle pas. Dans la nature, le paysage ne fait que
vous caresser et vous envelopper. Pas besoin de mots. Ce matin, en
ville, sur les panneaux publicitaires, les slips et les caleçons
masculins "Hom" bien remplis avaient remplacés les créatures de rêves
et les corps ideaux des filles "Lise Charmel" qui m'avaient accompagné
au travail la semaine dernière. En une semaine la ville parlante avait
changé de sujet, de sexe, après les femmes les hommes. La conversation
avait repris. La ville me parlait de corps, de mon corps forcément à
travers celui, idéal, des autres. La ville me parlait de sexe. Bientôt
elle me parlera d'enfants, d'argent ou de voitures, et puis encore de
sexe. Je me dis que ce qui définit l'espace urbain est qu'il est un
paysage parlant. La ville ne serait pas la ville si elle ne parlait
pas. La ville est incapable de se taire.
posted by grossmann |
2/21/2005
samedi
Ciscoblog
a passé la semaine sous une bonne couette de neige et de flemme au fin
fond d'une petite vallée des Pyrénées. Il revient demain soir plus en
forme que jamais. Patience, plus que 24 heures !
posted by grossmann |
2/19/2005
dimanche
Pensée de la nuit N° 79 : "L'insomnie est la seule forme d'héroïsme compatible avec le lit" CIORAN, syllogisme de l'amertume.
posted by grossmann |
2/13/2005
mercredi
Un Haiku par bain, 6
Je n’ai rien trouvé. Un flacon vide dérive, Salut Archimède !
posted by grossmann |
2/9/2005
Merveille, 17
Il
en est des lieux comme des livres. Vous pensez vous y tenir, mais ce
sont eux qui se tiennent en vous, qui vous tiennent. Vous y déambulez
mais ils sont déjà depuis longtemps une partie de vos pieds, de vos
jambes, de vos yeux. Il ne s'agit pas de paysages. Il ne s'agit pas
d'images. ces lieux - ou ces livres - vous habitent plus que vous les
avez habités. A vrai dire, vous les avez assimilés, incorporés. Vous
vous êtes faits de leur rumeur, de leurs couleurs et de leurs
personnages. Quand vous les avez quittés ou que vous les avez refermés,
ils vous ont manqué. La nostalgie d'eux vous vient souvent. Pourtant
vous ne les avez pas perdus, ils sont déjà en vous, depuis longtemps,
ils sont une de vos poutres maîtresses. Je parle des livres aussi parce
que je viens d'en refermer un comme on n'en lit pas souvent. Un de ceux
qui sont comme un fleuve qui vous emporte, un de ceux à l'intérieur
desquels on se sent tomber sans fin. Terminez le, refermez le pour la
dernière fois, et c'est le contact brutal avec le sol : les lieux que
vous avez parcourus d'abord neufs puis familiers, les personnages,
d'abord intrus puis vite amis intimes vous manquent tout à coup et vous
vous sentez orphelin, abandonné. C'est comme une séparation, un deuil.
La tristesse de la perte vous envahit. Et pourtant, ces mots écrits,
ces personnages, par l'alchimie merveilleuse de la seule littérature,
sont entrés en vous. Convertis en chair vive par le lent métabolisme de
la lecture, ils sont là qui errent, ébahis, égarés sur je ne sais quel
Boul'mich intérieur, à votre propre recherche. C'est une émotion que
vous pouvez aussi ressentir parfois à l'apparition du mot "fin" au
cinéma : ce n'est pas forcément parce que les personnages vous ont à ce
point ému que vous sentez les larmes vous envahir, c'est aussi parce
que vous les avez aimé et qu'ils viennent de partir sans vous dire au
revoir. Mais il faut vous lever, quitter la salle en emportant leur
absence avec vous. C'est peut être, au théâtre, la fonction du "salut"
des acteurs après que le rideau se soit refermé. Il s'ouvre à nouveau
et les voilà qui reviennent. Quelle joie, elle vous fait battre des
mains. Au théâtre, contrairement à ce qu'on croit, ce ne sont pas les
acteurs qui sont applaudis, ils ne sont même pas faits de chair, mais
bien les personnages, les vrais, en chair et en os, parce qu'au moins
ils nous disent au revoir et que nous leur rendons cet au revoir. On ne
peut pas le faire au cinéma, car ils ne sont que des images, ni dans
les livres, car ils ne sont que des mots, et c'est pourquoi notre
détresse est plus forte. Le livre dont je parle est "L'équilibre de monde" de Rohinton Mistry.
Ainsi, il y a des bouts de moi qui sont fait de "tante Dina", de
"Maneck", d'"Ishvar", d'"Omprakash", du "Maître des mendiants" et de
"Shankar". Et il y en a d'autres, plus anciens, plus denses encore, qui
sont faits de "Librairie soixante treize", de "Papeterie cent quinze",
de "Literie Gerbault", de "Café le Luco", de "Home Confort" et de
"Motobecane". Le boulevard Saint Michel n'existe plus, il n'a jamais
existé, ou plutôt si, il a existé une seule fois, il y a bien
longtemps, je l'ai refermé un jour comme un livre de ses librairies
disparues et je l'ai rangé chez moi sur une étagères. Il en a été de
même il y a moins de cinq ans avec Chérruthuruthi, petit village entre rizière et jungle au fin fond du Kérala
posted by grossmann |
2/9/2005
lundi
Je pense à
La
non rencontre de Charlie Parker et de Stravinsky dans le film "Bird" de
Clint Eastwood. C'est une scène qui n'a probablement jamais eu lieu.
Elle est seulement dans la tête d'Eastwood réalisateur. Mais la magie
du cinéma pourrait nous y faire croire. On voit Parker seul dans une
rue huppée et déserte de Los Angeles. Peut être qu'il pleut. Il est
devant la grille d'un parc. Il semble hésiter. Il est bien trop tard.
Ce n'est pas une heure raisonnable pour sonner chez les gens d'un tel
milieu. C'est Forest Withaker qui joue le rôle. Il tente la rencontre
de sa vie. Il se dandine d'un pied sur l'autre et finalement se décide.
Il actionne la sonnette de la grille et scrute la maison cossue au fond
du parc. Il attend, la tête basse, déjà résigné. On voit une fenêtre
qui s'allume, on entend un léger remue ménage dans la maison. Séparée
de la grille par une centaine de mètres d'allée, la porte
s'entrebaille. Gros plan alors sur le grand Igor, en douillette robe de
chambre à parments de soie. Il a l'air inquiet. Contre champ. On voit
la grille dans la pénombre. On distingue mal la silhouette d'un grand
homme noir, à la grille, qui pourrait tout à fait être un vagabond.
Igor à peur. Cela se voit en gros plan. Il appelle avec une voix de
fausset et un fort accent russe : "Il ya quelqu'un ?" Charlie Parker a
déjà esquissé le geste de partir. Igor voit bien qu'il y a quelqu'un,
quelqu'un qui s'en va, un noir, mais il repose sa question angoissée :
"Il y a quelqu'un ?" qui veut seulement dire "Allez-vous en !" Arrive
alors Véra, qui le tire par la manche et le fait entrer à l'intérieur.
"C'est qui ?" - "Je ne sais pas." Il n'y a plus personne devant la
grille. La porte se referme. Noir. J'ai entendu dans la voiture ce
matin sur TSF 89.9 un épisode de la biographie fort bien faite de
Charlie Parker et l'histoire du Be-Bop. On ne sait pas assez quel enfer
a été la vie de certains grands jazzmen, en proie à leur douloureuse
condition d'homme noir et d'artiste. "Bird" et surtout le génial Forest
Withaker, nous le montrent assez bien. J'ai un infini respect pour le
respect que Clint Eastwood porte à la vie et à la musique de cet
albatros (que ses ailes empêchaient de marcher...) abattu en plein vol
(il est mort à 34 ans d'une crise cardiaque en éclatant de rire devant
un dessin animé à la télé). Eastwood, dans cette scène de 45 secondes
en fait une extraordinaire ellipse. Charlie Parker connaîssait et
admirait profondément la musique de Stravinsky, il était persuadé que
ce qu'il tentait de faire avec le Jazz, Stravinsky l'avait réussi avec
la musique classique. Il le tenait pour un très grand homme. Il
imaginait une rencontre. C'est en tout cas ce que Eastwood était en
droit d'imaginer (que Parker imaginait rencontrer Stravinsky) dans
cette magnifique scène de la grille. La conclusion de la scène,
déprimante, la barrière sociale impossible à forcer, la bonne
(in)conscience de Stravinsky, même si d'ailleurs il appréciait le Jazz,
mais cela alors absolument plus rien à voir, la douloureuse lucidité de
Parker, est aussi désolante que la mort de Bird elle-même dans le
dénuement d'humanité qu'on voit aussi dans le film, qui est un film sur
l'autodestruction. On sait maintenant que Stravinsky et Parker se sont
effectivement rencontrés mais d'une manière qui n'a rien à voir avec
celle décrite par Eastwood. Alfred Apple
raconte à peu près ainsi la scène. C'était en 1951, un Samedi soir, à
New York, au coin de Brodway et de la cinquante deuxième, au Birdland.
Le quintette de Parker passait en seconde partie. La salle était déjà
pratiquement pleine pour la première partie avec le trio du pianiste
Billy Taylor en dehors du grande table marquée "réservée", ce qui était
assez rare au Birland. A la fin du set, une compagnie de quatre ou cinq
hommes et femmes vint s'installer. Il monta dans la salle une sorte de
clameur quand à la table réservée, où trois garçons s'empressaient
déjà, on reconnu l'un des messieurs : Igor Stravinsky en personne.
C'était aussi une célébrité dans le monde du Jazz à cause du Concerto
qu'il avait composé pour Woody Herman et son orchestre en 1946. Comme
le Quintet de Parker s'avançait sur le devant de la scène, le
trompettiste Red Rodney reconnut Stravinsky. Rodney se pencha vers
Parker et le lui dit. Parker attaqua immédiatement le premier morceau,
"Koko", en duo avec Gillespie à une vitesse folle. Au commencement de
son second chorus il improvisa magnifiquement sur l'ouverture de
"l'Oiseau de Feu" et la joua comme si elle avait toujours fait partie
du morceau. Stravinsky eut un rugissement de joie et, battant la mesure
avec son verre il en reversa le liquide et les glaçons sur ses voisins
qui tentaient d'esquiver, riant et hurlant. Le mouvement du public ne
sembla pas distraire Parker qui jouait le regard braqué sur le fond de
la salle et ne jeta à aucun moment un seul regard à Stravinsky. La
chaleur des applaudissements à la fin de "Koko" fut immédiatement
coupée par l'enchaînement de Parker sur sa version de "All the things
you are", sans un mot de présentation. Stravinsky était visiblement
remué. Savait-il que le disque d'où provenait le morceau et que Bird
avait enregistré en 1947 s'appelait "Bird of Paradise" ?
posted by grossmann |
2/7/2005
dimanche
un Haiku par bain, 5
Angoisse soudaine ! Ce que devient la baignoire : Un cercueil liquide.
posted by grossmann |
2/6/2005
Comme
tous les dimanches c'est le calme plat sur le net. Je ne resiste pas au
plaisir de "coller" ce délicieux billet des très serieux correcteurs du
journal "Le Monde", malicieusement intitulé "langue, sauce piquante", comme on peut d'ailleurs le voir ci-dessous (un délice quasi-journalier...)
"Le plus goûteux dans le verbe savoir, c’est son subjonctif imparfait : que je susse, que tu susses, que nous sussions, que vous sussiez, sans omettre qu’ils ou elles sussent.
Pour les besoins de la conjugaison, il s’allonge voluptueusement de
cinq à huit lettres, atteignant son extension maximale à la première
personne du pluriel, la mieux dotée. La fréquence de ses s lui donne
tout son glissant velouté. Selon de savants linguistes, son s initial,
articulé avec force par la langue, est dur, mais son s redoublé est
doux, car sans vibration de la glotte. Tous les organes se meuvent à
l’unisson et ce va-et-vient, doux et dur à la fois, fait monter l’eau à
la bouche. L’imparfait du subjonctif, si utile à la concordance des
temps, est un des délices de la langue."
posted by grossmann |
2/6/2005
samedi
Merveille, 16
C'est
une Arche. Elle a une forme d'Arche. Je ne peux pas la décrire
autrement. Une Arche avec deux piliers. Une Arche qui s'élance vers le
ciel. Une Arche tellement belle qu'on dirait que Dieu lui-même l'a
dessinée. Et elle, elle est un petit maçon. C'est le petit maçon qui
construit cette Arche. À chaque seconde, à chaque instant, elle la
construit. À chacun de ses gestes. C'est un travail de titan. C'est
quasiment impossible, mais elle le fait, devant nous, si simplement.
Elle pose chaque élément avec une sûreté absolue, avec une douceur
absolue. Elle ne se trompe jamais, elle n'hésite jamais, jamais elle ne
tremble. Et le plus beau, le plus extraordinaire c'est que l'Arche
n'existe qu'au seul moment où le maçon est en train de la construire.
Ni avant, elle n'est pas encore née ; ni après, elle a déjà disparu.
Mais l'instant de son existence occupe tout le Temps, chaque geste
créateur du maçon est L'Espace lui-même. D'un côté, il y a l'arche,
d'une beauté absolue, et de l'autre, cette enfant, des gestes de
laquelle elle naît à chaque instant. C'est plus que magique. C'est un
mystère. C'est le mystère de la Musique. Car seule la musique a ce
pouvoir de changer le temps en espace. L'Arche c'est la Sarabande de la
Partita en ré mineur. Dieu, le grand architecte, c'est Jean Sébastien
Bach, et l'enfant maçon, l'ange de la création, c'est la violoniste Hilary Hahn.
posted by grossmann |
2/5/2005
mercredi
J'ai affiché cette liste au-dessus de mon ordinateur :
Ce titre correspond
Cette
phrase a vécu. Cette phrase est la deuxième du lot. Cette phrase évoque
pour la première fois le moteur de recherche. Cette phrase précise que
le moteur n’est qu’un dispositif automatique de tri. Cette phrase
comporte presque 6 mots.Cette phrase vient d’être lue. Cette phrase n’a
pas besoin de contexte pour exister. Cette phrase appartient-elle à son
lecteur ? Cette phrase a peur d’être cou- . Cette phrase amène le mot
quincaille, lequel fut proposé par le Conseil supérieur de la langue
française en place de hardware. Cette phrase garde un œil sur sa
police, les flexions du texte, le gris typographique, les genres, les
drapeaux. Cette phrase ne veut pas être effacée, jamais, d’aucune
mémoire humaine. Cette phrase dit que quelqu’un est dans la même pièce
qu’elle. Cette phrase n’est pas inutile. Cette phrase est parfaitement
à sa place. Cette phrase se souvient de sa grand-mère. Cette phrase a
vu quelque chose bouger, est-ce une autre phrase ? Cette phrase est au
mode interrogatif comme la précédente, non ? Cette phrase jouit d’une
certaine autonomie.
Lire la suite sur "cetteadressecomporteciquantesignes.com"
posted by grossmann |
2/2/2005
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