| CISCOBLOG « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal |
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samedi Je viens de refermer "l'Imitation du bonheur"de Jean Rouaud.
J'ai ressenti la petite angoisse de séparation qui confirme chez moi la
plupart du temps que j'ai lu un bon roman. C'est un volume de près de
six cent pages de la "Blanche" de "Gallimard". Il ne s'agit plus de ces
sublimes diamants noirs des éditions de Minuit ("les champs d'honneur",
"Le monde à peu près", "Des hommes illustres", et le formidable "Pour
vos cadeaux") dont le contre-lyrisme et la minutieuse retenue vous
tirait des larmes. Jean Rouaud, à plus de cinquante ans, abandonne
enfin sa famille et la Loire Inférieure. Il largue les amarres, hisse
haut et prend le large. C'est tard, mais c'est réussi. Nous nous
retrouvons donc, à quelques millimètres de la Loire Atlantique, à
l'échelle planisphèrique, en 1871, en
Haute Loire, dans une diligence, juste quarante ans avant que ne
commence l'"Entre deux Guerres". Les quatre ou cinq cent premières
pages sont consacrées aux trois jours où la vie de l'héroïne bascule.
Sur ces cinq cent pages, au moins deux cent cinquante le sont à
seulement quelques heures de la rencontre de Constance Monastier, femme
de soyeux cévenole et d'Octave Keller, communard en fuite. Unité de
lieu, unité de temps. Avec le même vrai souci de la vérité que
Corneille et Boileau (le texte n'est qu'une fenêtre qu'on promène sur
la vie, la littérature est "de" l'art puisqu'elle est "Imitation" de la
nature, etc.) C'est la "Chevauchée fantastique" de John Ford, "Boule
Suif" de Maupassant. Ces pages serrées, elles ne veulent raconter que
ce basculement, que ce bouleversement de la rencontre. Enfin, c'est ce
que le narrateur feint de nous faire croire. En réalité, il voudrait
bien y faire tenir la totalité de de l'histoire de la Grande Commune.
Il feint de ne pas y réussir, obligé qu'il serait de nous raconter les
moindres minutes de la vie de Constance Monastier et forcément fort
peu, comme si, ayant eu le choix entre dire presque tout et quasiment
rien, il avait préféré en dire très peu, prendre en quelque sorte le
parti des humbles, celui des gens de peu dont l'amoncellement des
cadavres fauchés par les mitrailleuses de l'infâme Gallifet hante tout
le roman. Il n'est pas historien mais romancier, ce narrateur, il est
né comme çà. Il écrit, du futur où il nous sait installés avec lui, comme une longue lettre d'amour à son personnage,
qui est le texte même du roman, lettre qu'il enverrait, à rebour donc,
dans le passé où elle se tient - nous obligeant à d'incessants allers
et retours entre passé et avenir, contenant le frêle présent en
équilibre sur son fil - elle que
nous suivons , en temps réel, comme on dit maintenant, comme filmée sur
les super huits de notre enfance, témoignage tremblotant et encore
informe de son existence, nécessitant comme la confirmation, oui, de
l'écriture. Le cinéma, les frères lumières, trente ans à peine après,
puis John Ford et tous les autres auront réglé son compte à la
description littéraire. L'image montre tout en un instant, alors qu'il
fallait à Flaubert des dizaines de pages (et des centaines à de moins
bons auteurs, voire des milliers à Zola) pour en dire autant.
Impossible de lutter contre l'instantané du cinéma, à tout ce qu'il
peut dire en une heure dix. Le plus beau, c'est que Jean Rouaud réussit
à nous tenir en haleine (au sens propre du terme) par sa lenteur même
(un peu comme Ozu, dans "Voyage à Tokyo"). Plus il ajoute de mots de
lignes de pages de détails, plus la lecture s'accélère, plus il
augmente la focale et diminue l'échelle, plus le récit prend de la
hauteur. Tout le roman converge ainsi vers un point focal
innateignable, celui de la rencontre, celui de toutes les rencontres.
Après, il lache la bride au temps : dix ou quinze ans pour les cent
dernières pages et l'envolée finale vers les autres cieux de l'amour et
l'infini de l'espace-temps. Lire ces dernières pages m'a pris autant de temps que
les quatre cent premières. Mais je ne voulais plus les lâcher, comme on
pourrait le faire de la vie : un grand long roman très beau.
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2/25/2006
mardi Alternative, 5 Entre la grippe des moustiques et les piqûres de poulet je choisis toujours la moindre posted by grossmann | 2/21/2006 dimanche Un haïku par bain, 30 Ah, laisser tremper
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2/19/2006
ce sacré vieux sac d'organes muticellulaires ! mercredi Les
petites émotions de la vie, c'est pour consommer tout de suite. Un peu
comme les marrons chauds, il faut les manger très vite, en se brûlant
les doigts. Après, cela n'a plus qu'un goût de farine plâtreuse. Il
faut les écrire vite avant qu'elles refroidissent. Ainsi donc, en
compagnie de Nathan, cet après midi, je regagnai la Clio, garée rue Le
Goff, tout près de la rue Gay Lussac. Depuis quelque temps, j'ai de la
chance, je trouve des places pas interdites pour me garer. Il faut dire
que, malgré tous les embarras diaboliques lachement mis en place par la
Mairie pour transformer Paris en décor de publicité pour produits de
luxe et pour me dissuader de prendre ma voiture, voulant me faire
croire que je suis un mauvais citoyen et un horrible pollueur, je
m'acharne à conduire jusqu'au centre de la ville. Je m'en mords souvent
les doigts et ronge mon frein en rageant, pour ainsi dire, coincé dans
des embouteillages tout à fait calculés, la Mairie l'a reconnu depuis
longtemps (je m'en fous, je continuerai quand tout le monde aura
renoncé et j'aurais alors les rues pour moi tout seul). Si je n'étais
pas banlieusard, je me résoudrais peut être à rouler sur deux roues, ne
voulant de toute façon pas me faire étouffer dans des transports en
commun toujours aussi peu praticables. On se fiche du monde. Mais mon
propos n'est pas là. C'était un après midi moche, pluvieux. Nouis
avions descendu côte à côte, une partie du Boul'Mich à pied, en
devisant de tout et de rien, comme depuis que le monde est monde et
comme cela sera jusqu'à la fin des temps, tout au plaisir d'être
ensemble. Nous avions fait notre tour du quartier, en passant comme il
se devait dans les librairies les disqueries et les fringueries. Sans
nous ruiner pour une fois (juste un petit disque de Petrucciani pour
Nat chez Gibert Musique). J'étais en train d'ouvri la portière quand
Nathan me montra du regard quelque chose au-dessus de moi. Je me
retournai et levai les yeux au niveau du premier étage de l'immeuble au
pied duquel nous étions garés. C'était une belle plaque en marbre que
je n'avais jamais vue. On pouvait y lire : "Sigmund Freud, inventeur de
la psychanalyse, a habité cette maison de 1885 à 1886" La maison en
question est maintenant un hôtel, l'"hôtel du Brésil" (10 rue Le Goff,
Paris V°) D'ailleurs reflexion faite ce devait déjà être un hôtel en
1885. A ma connaissance, Freud n'a séjourné qu'une seule fois un peu
longuement à Paris. Tout au début de sa carrière, quand il était venu
prendre les leçons de Jean Martin Charcot, à la Salpétrière (vérifié
sur Google ici, et là,
par exemple). C'est comme une boucle étrange. Je ne crois pas quej'ai
jamais raconté à Nathan nos jeux d'écoliers dans les années soixante
quand nous revenions du Lycée, en sixième ou en cinquième. Nous
quittions la place du Panthéon par la rue Clotaire (La sortie du petit
lycée était situé rue Clovis) et tournions à droite dans la rue des
Fossés Saint Jacques jusqu' à la rue Malebranche qui débouche sur la
rue Le Goff pratiquement en face de l'hôtel du Brésil devant lequel je
suis donc passé mille fois et qui n'a cependant jamais impressionné ma
mémoire. La rue Malebranche est courte mais pentue. C'est l'autre
versant de la montagne Sainte Geneviève. Il y a à cet endroit un
changement de pente avec la rue Le Goff qui se prolonge en montant
légèrement vers le Nord , parallèlement à la rue Saint Jacques et au
Boul'mich, par la rue Victor Cousin qui mène à la Sorbonne (vous avez un plan, là,
si vous voulez) et donc, pour compenser, un remblai qui fait une
différence de niveau d'au moins six ou sept mètres entre la chaussée et
le trottoir. Ce remblai est pavé et bordé, bien sûr, d'une solide
rambarde en fer forgé. Notre jeu, qui était en fait une sorte de rite
d'admission dans notre société secrète, consistait à affronter le
"précipice de la mort" en suivant la rambarde par le côté du vide
jusqu'au haut de la rue. C'était tout à fait faisable et sans réel
danger, mais il y avait le petit frisson nécessaire pour nous nous
imaginions au milieu de la jungle au
dessus du fleuve Congo sur un pont de singe. La rue Le Goff était donc
notre terre ferme. On y reprenait ses esprit, on y écoutait son coeur
ralentir après l'épreuve. La plaque a du être apposée plus tard,
probablement, mais même s'il elle l'avait déjà été nous ne l'aurions
pas vue, bien entendu (le quartier était en revanche rempli de plaques
plus petites dédiées à la mémoires de combattants tombés pour la
Libération de Paris, bien à hauteur de nos yeux d'enfants) J'aime
imaginer maintenant, un peu grâce à Nathan, un jeune Freud parisien, poli et bien mis, descendant le Boul'Mich le nez en l'air en
revenant à pied de la Salpé (sinon, il coupait peut être par le
Panthéon et avait découvert obligatoirement le raccourci de la rue
Malebranche) Et nous mettons nos pas dans ses pas.
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2/15/2006
lundi Douze, 5
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2/13/2006
On s'asseyait par terre. Une moquette en peau de moquette recouvrait, sauf dans l'entrée, un pourtant beau parquet fatigué. Il y avait une plante verte, presque un arbre (un noyau d'avocat planté sans y croire après un déjeuner dans la terre d'un bac Riviera) qui se plaisait bien et qui épatait les visiteurs. Le déménagement, plus tard, le tuera, il aurait fallu ne pas partir. Une ou deux affiches de Leonor Fini aux murs, on ne sait plus qui c'est de nos jours. Pratiquemment la seule télé (portable, en noir et blanc, d'abord, puis un Sony Trinitron) de tout l'immeuble, à même la moquette. Un grand serpent vert, bourré de bouts de matelas mousse, enroulé sur trois ou quatre tours dans un coin, servait d'anticanapé. On s'y entassait à huit ou quinze les jours de coupe du monde. Bien plus tard, en d'autres lieux, l'achat d'une banquette confortable et modulaire marqua d'ailleurs dans l'angoisse le passage de la trentaine, la fin de l'éternité au raz du sol, et fut l'occasion d'une courte mais sacrée crise de mélancolie. Un fauteuil, tout de même, dans le coin opposé, celui d'un grand père, à oreilles et à rayures vieux rose, soutenait un peu de verticalité. Mais il servait surtout à jeter les vestes et les écharpes, à déposer les journaux ou à recevoir les visiteurs âgés. Et dans la chambre, le lit sans sommier, recouvert des premières couettes (encore en véritable duvet) la tête contre l'inévitable tenture indienne achetée pour un prix pas modique du tout de côté de la rue de Seine. Promesses d'ivrogne
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2/13/2006
L'une est un rêve irréalisable , l'autre est un pari pratiquement perdu d'avance : écrire une fiction et me remettre au ski d'ici février prochain (mais j'ai un an pour me faire mentir...) dimanche Je
cite Alain Fleisher, dans les Trapézistes et le rat : "Un jour des
amants sont ensemble dans un lit et se donnent du plaisir et ne savent
pas que c'est la dernière fois. S'ils le savaient, d'ailleurs, de tels
moments seraient invivables, et nul ne pourrait y survivre. Mais il y a
une injustice à ne rien savoir, qui fait que ces instants de la
dernière fois, de la dernière étreinte, du dernier baiser, des
dernières paroles échangées, du dernier regard, ne sont pas vécus avec
la violence tragique qui fait que nous mourrons chaque jour de toutes
ces morts-là, dans une totale indifférence. Un accident, la maladie, un
brusque changement de situation, un revirement de fortune, une
circonstance imprévue, un voyage fortuit, un coup du sort, et tout ce
qui devait continuer et se répéter s'arrête d'un coup, prend fin pour
toujours, laissant sans suite et parfois sans souvenir, sans mémoire
précise, une fois qui devient alors la dernière". Ce sont ces derniers
mots qui m'impressionnent : "parfois sans souvenir, sans mémoire
précise". Je n’ai effectivement plus la mémoire des dernières fois où
j’ai fait l’amour avec les amantes dont je suis séparé. Même si le
souvenir de leurs formes, de leur souffle, de leur odeur, de leurs
gestes, de leur regard ou leur manière de le détourner, de leurs
caresses préférées, de leurs moiteurs, de leurs baisers et du goût de
leur bouche reste encore vif ; même si, bien sûr, j’ai encore le
souvenir d'émouvantes étreintes, des moment et des endroits précis où
elles se sont déroulées, de l' émerveillement de nos désir et de nos
jouissances, du bruit de nos grognements, plaintes soupirs et cris
entremêlés, des glissements, frottements, écrasements, empoignades et
promesses presque tenues de dévorations et d’engloutissements, de mots
obscènes prononcés comme des ordres ou des supplications, je reste
incapable de me souvenir de chaque dernière fois. Ça en dit long à la
fois sur l'amour, la mémoire et le deuil. Tout à l’inverse, je me
souviens très bien des premières fois, même si certaines furent
uniques. Il me suffit souvent d’évoquer le souvenir d’une amante, même
si mes pensées ne sont pas à priori d’ordre érotique, pour vivre à
nouveau notre première étreinte : je me souviens des vêtements, des
lieux, des surprises de la découverte des corps, du grain de la peau.
Je me souviens de juste avant, des mots prononcés et du décor qui
bascule et de cette plongée dans un « plus rien ne sera comme avant »,
dans un irrémédiable qui renforce un désir pourtant déjà à son acmé. Je
me souviens de juste après, dans le désordre et l’essoufflement, les
rougeurs et les pudeurs qui reviennent et où, justement, tout est
exactement comme avant, et rien encore irrémédiable, avec cette
tendresse et ces regards émus en plus. Il n’y a pas d’amante dont je ne
me souvienne pas de la première fois, et il n’y a pas d’amante dont je
me souvienne de la dernière. Ce n’est pas seulement que le désir
s’émousse, comme si les corps anticipaient la rupture déjà présente, et
que l’acte perde sa force d’évocation future, car souvent la flamme
brûle toujours et la séparation n’est pas forcément due à une lassitude
des corps, loin de là. Car si la première fois inaugure un « plus rien
ne sera comme avant » souvent trompeur, la dernière fois n’inaugure
rien : on ne sait pas que c’est la dernière fois, et c’est pour cela
qu’on l’oublie et c’est ce qui est tragique. La première fois ouvre sur
un avenir possible, des promesses d’accordage, d’aventure partagée, de
démultiplication du plaisir qu’on peut imaginer infinies ; la dernière
n’est qu’une parmi d’autres qui aurait pu être l’avant dernière ou une
avant mille autres et que ma mémoire n’a fait que retenir comme telle.
Je me souviens de dix fois qui pourraient être la dernière, mais d'une
seule qui est la première. (repost)
posted by grossmann |
2/12/2006
samedi Un haïku par bain, 29 Ce harassement. Et comment le faire fondre ? Dans l'eau savonneuse . posted by grossmann | 2/11/2006 vendredi ![]() Encore des merveilles chez "daily dose of imagery"
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2/10/2006
lundi Le site du fou des codes barres (via La boite à Images) posted by grossmann | 2/06/2006 samedi J'ai été bien content d'apprendre ici et là
que l'histoire de "Munich" (vu cet après midi au cinema) était une
véritable fiction et non la relation romancée de faits réels : Golda
Meir a donc bien lancé le mossad, le service secret et toute sa toile
d'araignée, aux trousses de "Septembre noir", et non ce petit groupe
isolé que donne à voir Spielberg. De toute façon, j'avais peine à le
croire. Le personnage principal n'existe donc pas. C'est un héros de
fiction. Ouf ! Je n'arrivais pas à déterminer ce qui me mettais mal à
l'aise dans ce film par ailleurs très bien fait et très prenant. Les
efforts de Spielberg sont méritoires, C' est un homme sincère
(quoiqu'un peu scolaire, en l'occurence) , il se voudrait Charlie
Chaplin, à la fois adulé et maudit, sans beaucoup de succès, parce
qu'il n'est probablement pas encore assez megalo. Déjà, la "Liste de
Schindler" était pour les mêmes raisons a moitié ratée : dans le genre
"mon génie" va "transcender la limite" entre le film d'"art" et le
cinéma "engagé", Spielberg n'y va pas avec le dos de la cuillère. Tout
le monde ne peut pas écrire "Les misérables" et en faire un film, pas
même Victor Hugo lui même, qui était le Chaplin du XIX° siècle. Bien
sûr, Spielberg se plante totalement, même s'il faut reconnaître pour
authentiques ses efforts pour faire un cinema vraiment populaire et
digne. A choisir, je préfère largement le message d'"ET " celui de
"Hook" ou de "Minority report". Ils sont mille fois plus des films
d'auteur que "La liste de Schindler" "Munich" ou "la Couleuir Pourpre".
Leur "engagement" vaut très largement celui de ses films "vrais". Il
suffit de regarder un film de montage, virtuose et partisan, un vrai
film engagé comme "Mourir à Madrid" ou même "Nuits et Brouillards" de
Resnais qui ne contiennent pas une once de fiction pour s'en rendre
compte. Juste des images, pas des images justes ( J C Godard) , comme
en est justement
bourré le film de Spielberg. Car la fiction ne dépasse jamais la
réalité, seule capable de se transcender elle même, parfois par la
grâce d' artistes comme Roman Polanski et son génial acteur, Adrian
Brody, dans "Le Pianiste", qui est vrai de bout en bout. Il suffit de
juxtaposer les deux films dans sa mémoire pour se rendre compte à quel
point le pauvre Spielberg est bidon. Je suis donc très content
d'apprendre que contrairement à Spilzman, Kaufman est un personnage
inventé. Cela se voit, comme le nez au milieu de la figure, même si
Eric Bana est excellent, et je comprends maintenant que c'est ça qui me
gênait. Malgré les louables efforts de l'acteur, ses doutes
paraissaient forcés, sa parano convenue, ses muscles un peu trop
gonflés. Autant Polanski s'effaçait derrière Spilzman (le film réussit
le tour de force d'être quasi-identique au livre, c'est à dire
insoutenable) , autant Spielberg s'incarne dans Avner Kaufman. Les
vrais agents secrets sont très certainement des héros tragiques, en ce
sens surhumains, totalement incapables des doutes scolaires de
démocrate bien nourri et bien pensant su héros de "Munich". Et les
salauds ne sont jamais que des salauds. Spielberg et ses acteurs
(Kassowitz, Lonsdale, Amalric et les américains, tous irréprochables)
ne parviennent pas à déjouer la mécanique du thriller : nous ne nous
demandons jamais quand finiront tout ce sang et tout ce massacre,
résignés que nous sommes depuis longtremps au poncif de la violence qui
appelle la violence, mais nous nous demandons s' ils vont finalement
arriver à tous les tuer, à cocher tous les noms de leur liste. Cela
reste le ressort dramatique du film, comme dans les jeux video :
"mission completed" ? De ce point de vue, je comprends qu'un
palestinien ne puisse absolument pas apprécier. La dernière image du
film vient d'ailleurs tout brouiller. Un panneau écrit (ça fait
toujours plus vrai, plus neutre, les panneaux écrits) se superpose aux
images et annonce que Salamé, le dernier de la liste, le "plus dur à
avoir", sera, enfin, pour ainsi dire, abattu,
bien plus tard, en 1979. Completed. Mais cette dernière scène est
belle. Elle se déroule à Brooklyn Heigths, devant le skyline compact et
minéral de Manhatan. Le divorce entre Avner et son commanditaire y est
définitivement consommé par le refus de celui-ci de partager un simple
repas. La caméra glisse légèrement vers la gauche et on aperçoit en
bout de mouvement, au loin, blanches sous le soleil couchant,
rapetissées par la perspective, en incrustation par image de synthèse,
deux tours jumelles qui venaient d'être construites à l'époque où se
passe le film...
posted by grossmann |
2/04/2006
mercredi CISCOBLOG
lève un coin du voile sur ses secrets de fabrication. C'est flou, c'est
petit, mais c'est fait à la minute, en trois clics, directement du
producteur au consommateur : on n'arrête plus le progrès. A quand la 3D
? A quand les odeurs ? Mais promis, je ne recommencerai plus ! |
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