CISCOBLOG
LE SITE D'UN GRAPHOMANE IMPENITENT ET INTERMITTENT


vendredi  

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posted by grossmann francis | 3/28/2003
 

Pensée de la nuit N° 15 : "Non ce n'est pas de me détacher d'une image de moi" qui m'est "demandé". C'est de passer de moi, image de moi, peut-être, mais tellement plus - de moi en cet instant, en train de vous écrire, assise là, regardant le soleil d'automne sur les peupliers devant ma fenêtre quand je lève la tête, pensant déjà à la phrase suivante, et, marginalement à ce que vient d'être la journée, moi sans cesse en projets et en souvenirs, passer de moi au noir absolu. Il s'agit bien d'une image ! Il s'agit de cet "étroit passage" et rien d'autre, être morte, soit, je veux bien, mais mourir..." Colette Audry, Rien au delà.

posted by grossmann francis | 3/28/2003
 

Je me souviens de l'hippopotame du zoo de Vincennes. Je ne sais pas si c'est un "vrai" "je me souviens". Je me souviens de l'hippopotame du zoo de Vincennes de quand j'étais petit, mais je me souviens aussi de l'hippopotame du zoo de Vincennes de quand mes enfants étaient petits. Donc, quand je me souviens de l'hippopotame du zoo de Vincennes, je me souviens aussi, peut-être, de l'hippopotame du zoo de Vincennes de quand mes parents étaient petits ou de celui de quand vous, vous étiez petits ou vos enfants, ou vos parents, ou quand vos parents étaient petits (je crois que le zoo de Vincennes date de l'exposition coloniale de 1936). C'est un hippopotame centenaire, au moins. Vous souvenez vous, vous de cette eau croupie, puante, vert glauque, de ces remous, comme dans un chaudron de sorcière, et soudain de cette gueule rose ouverte , béante, obscène, aux quatre dents jaunes, énormes et gâtées ? On pouvait y laisser tomber, du haut d'un petit promontoire, des bouts de pain énormes, de demi-baguettes entières, au moins, des pommes pourries, des poignées de cacahuètes. Au fond de ce rose, le gosier, comme un égoût, comme un siphon, qui engloutissait tout. Je me souviens aussi de l'éléphant qui disait toujours merci et petits enfants qui lui ordonnaient, impératifs, de remercier :"Dis merci !" et il disait merci, mais il disait merci même quand on ne lui avait rien donné, car il ne savait demander qu'en disant merci : il levait sa trompe en l'air, reculait d'un pas et écartait grand ses oreilles. Il recommençait jusqu'à ce qu'on lui jette une friandise. On lui lançait des cailloux, aussi, ou des boules de papiers, des peaux de bananes. Il vérifiait tout, consciencieusement du bout de sa trompe, il triait, mais ne se plaignait jamais, ne se fâchait jamais. Il disait toujours merci. Il doit être mort maintenant. Mes petits enfants ne s'en souviendront pas. D'ailleurs, je ne sais pas s'il verront jamais des éléphants vivants. C'est une autre histoire. Je me souviens du contact rugueux du faux mur en pierre en vrai béton qui surplombait le rocher aux singes à qui nous jetions des cacahuètes. Je me souviens de ce contact, mais je ne me souviens plus si c'était quand mes parents me soulevaient pour me permettre de voir ce que devenait ma cacahuète, au fond de la fosse, ou quand je soulevais moi-même mes enfants, dans le même geste, avec la peur, délicieuse qu'on vous lâche et que vous vous retrouviez avec les bébés singes dans les bras d'une maman singe au cul tout rouge qui vous aurait ramassé et emporté dans un coin du rocher.Je me souviens des yeux phosphorescents du Aye Aye tapis dans l'ombre du rocher aux lémuriens et de la chaleur de la ménagerie, du tigre qui tournait en rond dans sa cage.

posted by grossmann francis | 3/28/2003


jeudi  

Attention : chic mais cru, très chic mais très cru, très très chic mais très très cru, chic et cru, quoi... (quand ça marche..). Et ne dites pas que je ne vous ai pas prevenus.

posted by grossmann francis | 3/27/2003


mercredi  

Pour ce soir, quelques sites (probablement) éphémères.

posted by grossmann francis | 3/26/2003


mardi  

Fenêtre sur cour N° 12

Ouverte !

posted by grossmann francis | 3/25/2003
 






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Histoire de Smaïl (épisode 10)

Une autre histoire, qui se situe quelques années plus tard, montre quelle place tenait la violence dans la famille. Comme il nous l’avait enseigné lui-même, Smaïl, depuis un petit moment, se comportait avec nous de telle manière que les choses ne devaient pas se passer très bien rue d’Angoulême : Il se mettait à nouveau en avant, se montrait particulièrement irritable, accusait Mustapha des maux les plus invraisemblables, ne supportait plus d’être contredit, nous accusait de faire échouer, par pure malveillance, en mécréants impies que nous étions, ses prophéties les plus infaillibles et ses prédictions les plus exactes, prononçait des anathèmes et parlait fort. Il demandait toujours plus d’Artane et nous laissait sans protester outre mesure et sans résultats apparents forcer sur l’Haldol Décanoas. Bref, il nous sembla qu’il était temps de prendre des nouvelles nous-mêmes, de faire une petite visite à la famille. Un paquet d’années avait passé depuis le temps où nous arrivions dans l’appartement aux tomettes rouges et nous nous asseyions autour de la table branlante pour boire le thé dans des verres à moutarde en regardant les enfants de Rachid jouer ou faire leurs devoirs à même le sol. Tout le monde avait vieilli, y compris nous. Nous ce jour-là, c’était Aimé et moi. Aimé avait déjà connu Smaïl quand il travaillait à Barthélemy Durand, vingt ans plus tôt. Mais le plus évident, c’était les enfants. Amar, le petit garçon turbulent était à présent un grand gaillard de seize ans au crâne rasé. Nous avions entendu parler de lui, de loin en loin, lors de réunions des nombreux professionnels médico-sociaux qui « intervenaient », comme on dit, « sur » la famille et dont nous faisions bien sûr partie, comme d’un jeune particulièrement difficile, « placé » à plusieurs reprises par le juge des enfants dans différents foyers, à la suite de petits vols qui grandissaient de plus en plus et de divers trafics dont Rachid, son père, jurait ses grands dieux n’avoir jamais été ni complice ni instigateur, ce qui était difficile à croire. Il buvait, se défonçait au crack. Une petite frappe. Il commençait à faire régner la terreur. C’est lui qui devenait le vrai caïd. Il avait déjà barre sur son père, de plus en plus acculé à jouer les seconds rôles et qui nous prenait même à témoins de ses vains efforts éducatifs et de la jeunesse d’aujourd’hui dont on ne pouvait décidément plus rien faire. Nous croyions rêver…Toujours est-il que ce jour-là, Amar ne jouait plus sous la table. Il fit son entrée en claquant la porte et nous demanda, en maître des lieux, ce que nous venions faire ici. Il savait très bien que nous nous occupions de son oncle depuis des années. Il vint directement vers moi et me parla sous le nez, je n’en cru pas mes oreilles : « T’as fini d’embêter mon oncle, toi, t’as fini de lui faire du mal, mais qu’est-ce que tu lui veux ? hein, qu’est-ce que tu lui veux ? » C’était de la pure provocation. Il cherchait la bagarre et rien d’autre. Il devait détester les « intervenants médico-sociaux », par principe. Il était peut-être défoncé, mais pas sûr, pervers, oui, certainement. Quoi que je réponde j’allais en prendre une. Un grand coup de pied dans les tibias me fit donner le signal d’une peu glorieuse retraite. Amar et ses deux oncles, Smaïl et Mustapha, appelés à la rescousse, en pleine hystérie, sous le regard malgré tout navré de Rachid et de sa mère, se mirent à nous prendre en chasse. Je me souviens même que Smaïl s’était saisi d’un balai au passage et qu’il avait enfilé l'escalier où nous nous étions engouffrés. Il suivait son chef de neveu, aveuglément, qui lui avait indiqué son persécuteur, sans tenir compte une minute de mon statut de bon docteur, ni du sien, conseiller spécial dudit bon docteur. C’était plus qu’une défaite, une déroute. Je m’en souviens comme d’un moment particulièrement humiliant et déprimant, un moment où on se demande vraiment pourquoi on exerce un métier pareil. Nous nous jetons dans la voiture toute neuve d’Aimé. Juste le temps de verrouiller les portes avant de voir débouler nos poursuivants en pleine rue. Smaïl et Mustapha font demi-tour et remontent l’escalier avec leurs balais. Amar, toujours enragé, défonce la portière côté conducteur d’un sauté-chassé des deux pieds pendant qu’Aimé accélère. Nous nous éloignons enfin de ce cauchemar. J’ai deux énormes bleus aux tibias qui me font boiter et la voiture d’Aimé, qui aime beaucoup les voitures, a subi une brusque décote. Trois jours plus tard, Smaïl revient au Vingt-six, juste un peu moins fou, maudissant Amar. Comment lui reprocher quoique ce soit ? La famille ne nous a fait aucune excuse. Nous avons jugé vain de prévenir la police. C’est la dernière fois que je suis allé rendre visite à Smaïl. La psychiatrie de secteur a tout de même ses limites.

posted by grossmann francis | 3/25/2003


lundi  

Je médis, je médis... Mais il y a toujours quelque chose à trouver sur la "the" toile, si on se donne la peine de chercher. Ce soir, je vous ramène ça, pêché sur "Echolalie"

posted by grossmann francis | 3/24/2003


dimanche  

Fenêtre sur cour N° 11

Livres et maisons
Ensemble sur les rayons
Le dehors est dedans

interface











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Voiolà, j'ai reçu ça par mail ce matin, c'est plutôt rigolo, secondegresque, et mérite un petit détour

Bonjour,
Durant deux mois “Mon Dimanche, revue populaire illustrée” [téléchargeable 95 ans après] a négligé ses lecteurs et lectrices aussi abondants que fidèles.

L’édition du dimanche 22 mars 1908 n’offrant aucun texte intéressant, la rédaction a donc profité de l’occasion pour rattraper son retard. C’est donc une importante livraison que nous vous offrons pour vous distraire et vous instruire ce dimanche.
(Rappelons que les fichiers de “Mon Dimanche” sont en format A4, PDF. Le poids important de certains fichiers n’est dû qu’aux ajustements de définition (et non pas à la taille de l’article) qui ont parfois été nécessaire pour que nos lectrices et lecteurs populaires puissent connaître un bon confort de lecture tant à l’écran que sur le papier. Enfin, précisons que chaque article ne fait au maximum qu’une page.)
Bonne lecture, bon dimanche
La rédaction.

Téléchargez toutes nos sélections listées ci-dessous à l’adresse :
http://www.mondimanche.fr.fm

Les sélections de “Mon Dimanche, revue populaire illustrée” du 9 février 1908 :


LES FEMMES QUI SE DEFENDENT

Paris connaît l’insécurité : on le sait. “Mon Dimanche” s’interroge : “est-ce qu’une femme peut repousser l’attaque d’un agresseur ? Ne conviendrait-il pas, en ces temps où la criminalité redouble d’intensité, de conseiller à nos s¦urs, à nos femmes et à nos filles, de ne sortir qu’armées?” S’appuyant sur des faits affreux qui se sont déroulés rue St-Sauveur, Boulevard de la Grande-Armée, Porte-Maillot, près des stations du métropolitain ou au Far West, Mon Dimanche fait ¦uvre de pédagogie.-

LES TROUBLES CEREBRAUX DES DYSPEPTIQUES

Le Dr Drack, dont la compétence et le sérieux ne cessent d’étonner notre lectorat, nous expose les étonnantes conséquences de la dyspepsie sur l’équilibre mental. “L’influence morbide de l’estomac sur le cerveau” peut conduire entre mille choses à “l’obnubilation cérébrale”. C’est simple : la dyspepsie est une maladie proprement terrifiante dont les conséquences sont aussi inattendues qu’abondantes.

- LE CHOCOLATIER MENIER

C’est lorsque qu’un capitaine d’industrie meurt qu’on se rend compte à quel point on l’aimait. A chaque décès la presse se fait d’ailleurs l’écho de l’amour que le peuple voue à ces grands hommes. “Mon Dimanche” anticipe en traçant le portrait d’un de nos plus importants Français, le chocolatier Menier. On saura tout de ses usines et de son train de vie impérial. N’attendez pas la mort d’un capitaine d’industrie pour vous rendre compte à quel point il vous manque. Lisez “Mon Dimanche,”

La sélection de “Mon Dimanche, revue populaire illustrée” du 16 février 1908 :

- VOLEURS D’ENFANTS !!!

Signe de la perte des repères de notre société, perte de la morale, et symptômes de l’avilissement et décadence de la société : on entend de plus en plus parler des rapts d’enfants ; lesquels n’ont jamais été si nombreux. “Mon Dimanche” fait le point sur quelques horribles affaires récentes. Vraiment, jusqu’où ira-t-on ?
Les sélections de “Mon Dimanche, revue populaire illustrée” du 23 février 1908 :-

LES MESAVENTURES DE BOIS DE REGLISSE.

Les enfants d’aujourd’hui lisent de plus en plus et leur maturité de plus en plus précoce ne laisse pas d’étonner. C’est pourquoi “Mon Dimanche” a créé “La page des enfants”. A travers de courtes historiettes distrayantes, “Mon Dimanche” essaie de faire passer quelques idées sur le monde d’aujourd’hui, afin que les jeunes lecteurs soient plus tard des adultes complets, responsables et citoyens dans la société de demain. Il s’agit d’éduquer nos têtes blondes ! “Les mésaventures de Bois de Réglisse” va montrer à votre enfant comment on peut venir à bout de la paresse d’un nègre.

- MOYEN D’APPRECIER SA FORCE PHYSIOLOGIQUE

Le Dr Drack, dont décidément les compétences scientifiques sont pluridisciplinaires nous livre un moyen de connaître si l’on est ou non sensible à la maladie : il suffir de calculer son “indice numérique”. Prenez taille, poids... Et une rapide équation vous apprendra si vous serez prochainement malade.

- LE MARIAGE AUX RAYONS X

“Mon Dimanche” consacre régulièrement des articles à la vie américaine. Les Américains sont de grands enfants, mais parfois ils inventent, reconnaissons-le, des choses étonnantes d’efficacité et de pertinence. Dernière tendance en date : passer au rayon X avant de dire “oui” lors de la cérémonie du mariage, afin d’éviter de se retrouver uni à une personne malsaine. “Mon Dimanche” estime que cette pratique va se répandre et se pérenniser.

La sélection de “Mon Dimanche, revue populaire illustrée” du 15 mars 1908 :

- LES DANGERS DES CONFETTIS

Le Dr Drack, qui a toute la confiance de la rédaction tant ses connaissances sont impressionnantes, met en garde contre les confettis. Cette invention qui remonte à une douzaine d’années déjà à fait pléthore de victimes : étouffements, empoisonnements, contagions pernicieuses... Le danger des confettis est réel. Des mesures sanitaires s’imposent...

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LISEZ MON DIMANCHE POUR VOUS DISTRAIRE
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posted by grossmann francis | 3/23/2003


vendredi  

fin de série


Fin de la série des natures mortes aux pieds vivants.

posted by grossmann francis | 3/21/2003
 

Pensée de la nuit N°14 "C'est seulement une heure après la mort, que du masque des hommes, commence à sourdre leur vrai visage" André Malraux, L'Espoir

posted by grossmann francis | 3/21/2003
 

Histoire de Smaïl (épisode 9)

Un jour, Smaïl a cassé le nez d'Andrée. D'un coup de boule porté avec une technique telle qu'on a bien vu qu'il n'en était pas à son premier essai : il lui a posément pris la tête entre les deux mains et lui a tapé le front avec son propre front, d'un coup sec. Il l'a laissé s'effondrer et est retourné s'asseoir sur le canapé du bureau, assez content de lui. Dire posément, c'est plus à cause de sa façon de faire, très "pro", qu'à son état du moment car il était dans une période où sa mégalomanie n'avait plus de bornes. Il ne supportait pas d'être contredit par quiconque, surtout pas par sa mère ni les femmes en général. A vrai dire, seule la mère de Smaïl pouvait se soumettre à une telle tyrannie, elle seule était assez forte - assez folle - pour supporter l'insupportable. Elle l'a d'ailleurs toujours payé au prix fort : Smaïl l'a plusieurs fois battue. Toujours est-il que ce jour là, Smaïl, au Vingt-six, ne s'était trouvé entouré que de femmes, ce qui, d'ailleurs, était déjà arrivé à de nombreuses reprises. Andrée s'était opposée à lui, pour une broutille, enfin ce qui peut paraître une broutille, ce qui en serait passé pour une n'importe où ailleurs : Une histoire d’œufs dans le frigo, qu'il s'était approprié, qu'il ne voulait pas partager rien que pour montrer qui était le maître, une histoire de donner et de recevoir à manger. Les histoires de donner à manger, de parler de nourriture ou de manger les mots, sont toujours des histoires très compliquées et très étranges. On ne soupçonne pas toujours à quelles dévorations sanglantes elles renvoient. Mais parfois, dans le feu de l'action ou plutôt en l'occurrence, dans le train-train du quotidien, comme au vingt-six - c'était l'heure du repas, il fallait s'affairer - on oublie, on se dépêche, on fait comme si on était chez soi, avec les gosses. On répond évasivement ou un peu vivement à une demande qui parait banale. La violence de la réplique vous stupéfie et vous fait transpercer le miroir, la cuillère en bois à la main, au milieu du verre fracassé partout. On transporta Andrée à l'hôpital. Elle subit une opération aux suites très pénibles et porta un masque de plâtre un mois durant. Smaïl, à l'arrivée du SAMU comprit probablement qu'il risquait des ennuis et, comme un bon délinquant qu'il essayait d'être à tout prix, s'éclipsa discrètement, au milieu de l'agitation. Nous nous rendîmes chez lui, où nous le trouvâmes, bien sûr, et où il se tenait d'ailleurs à carreau, pour le plus grand bien-être de toute la famille, pour une fois, et comme par hasard. Nous lui signifiâmes qu'il était évidemment tricard au vingt-six pour une durée indéterminée. Si jamais la famille ne le supportait plus, il se retrouverait à l'hôpital psychiatrique, voire en prison, un point c'était tout. Cela n'arriva pas. L'événement avait donné à Smaïl, pour un temps, le statut qu'il avait en vain recherché les dernières années : il s'était conduit en mauvais garçon, pas en fou. C'était un comportement que ses frères pouvaient comprendre, et mieux encore, tolérer. Il mit donc momentanément son délire dans sa poche et roula des mécaniques. La mère s'en remit à Allah, comme à chaque fois. Il fut même convoqué au commissariat, où la famille était très célèbre, car Andrée, tout à fait courageusement, avait porté plainte elle-même (l'administration de l'hôpital s'était honteusement défaussé au nom d'une tolérance de principe qui nous laissa rêveurs par ces temps sécuritaires. Nous savions désormais à quoi nous en tenir sur le soutien à espérer de notre tutelle directe.) Il en ressortit avec une remontrance et un avertissement sans frais. Nous n'entendîmes plus parler de Smaïl pendant deux, trois, voire quatre mois. Un répit. Cher payé. Puis un matin, pas plus beau qu'un autre, nous le revîmes assis sur le perron du Vingt-six, attendant d'entrer, comme si rien ou presque ne s'était passé. Il délirait gentiment à pleins tuyaux. Ça ne devait plus trop gazer rue d'Angoulême. Andrée avait repris le travail depuis longtemps. Il se souvenait quand même de ce qui s'était passé et lui fit, un peu pour la forme, il fallait bien, des excuses embrouillées qui se transformèrent en plaidoyer avec des tremolos dans la voix et des pleurs rentrés, invoquant la faute des esprits de ses ancêtres. Il jura qu'il ne recommencerait plus. Nous lui demandâmes toutefois de retourner chez lui, le temps de prendre une décision. Il attendit quelques jours, bien gentiment, que la sanction fut levée. Andrée, toujours aussi courageuse, n'apporta que de minimes modifications à ses horaires de travail pour ne pas avoir à partager trop de temps avec lui, au début. Smaïl retrouva, comme on pouvait s'y attendre, sa place derrière la table de la cuisine et la vie - si, la vie - continua.

posted by grossmann francis | 3/21/2003


mardi  

Fenêtre sur cour N° 10 (et 10 bis)

trois fenêtres deux fenêtres

posted by grossmann francis | 3/18/2003
 













Histoire de Smaïl (épisode 8)

L’oncle Amar était retourné en Algérie depuis longtemps déjà. La question du « lit pour Smaïl » avait fini d’attendre sa réponse. Elle resta définitivement en suspend. Smaïl, un peu plus calme, recommença à retourner à la maison, laissant son lit à d’autres, mais il ne perdit pas les liens avec le Vingt-six. Il tenait à ses ordonnances, par exemple, au Valium et à l’Artane surtout, il fallait toujours en rajouter (je me demande en tapant ces lignes s’il ne le trafiquait pas avec ses frères.) Il prit l’habitude de venir passer ses journées parmi nous, et commenter le déroulement des jours depuis sa place favorite, derrière la table de la cuisine. Les entretiens avec la famille s’espaçaient de plus en plus. Fatima, elle aussi, était retournée à sa vie parmi les siens. Rachid et Mohamed, qui n’étaient de toute façon jamais venus, continuaient leurs trafics. La mère allait au marché avec son panier à roulette. Souvent nous raccompagnions Smaïl rue d’Angoulême en fin de journée et parfois nous montions avec lui pour prendre des nouvelles de la famille. Les choses se remettaient à peu près en place, cahin-caha, sans beaucoup de changement. Je me souviens d’un samedi où je l’ai emmené, avec un autre patient, voir le « Grand Bleu » au cinéma (nous sortions tous les week end, en ce temps-là, avec tous les patients quel que soit leur état, on se partageait les voitures de service, un petit groupe partait dans les bois, l’autre se promener à Paris, par exemple) je l’ai perdu au bout d’un quart d’heure. Non pas que le film ne lui ait pas plu, Non pas qu’il l’ait angoissé, ce qui aurait été possible avec le « Grand Bleu », je crois franchement qu’il lui avait été indifférent. Il était tout simplement impossible que Smaïl aille au cinéma : il ne pouvait pas rester un quart d’heure sans fumer. Il était tout simplement sorti fumer dehors et était retourné au Vingt-six sans nous attendre. Nous l’avons retrouvé devant la porte fermée à s’en griller une quinzième (c’était la version longue.) Je me souviens de son rire et de la voix suraiguë qu’il prenait quand il voulait exprimer de la joie ou du plaisir, et de son sourire qui barrait tout son visage d’une oreille à l’autre, mais le rictus de douleur, les pleurs et les cris déchirants n’étaient jamais loin. Je me souviens quand ça n’allait pas du tout. En général il cessait de venir pendant quelques jours. La mère, en allant ou en revenant du marché, sonnait à la porte du Vingt-six, Elle entrait, tirant toujours son panier à roulette derrière elle dans le couloir, sa petite silhouette blanche s’encadrait dans la porte du bureau et, rassemblant tout son courage, elle parvenait à dire : « Smaïl, ça va pas ». Il ne fallait pas en demander plus. Elle ne savait pas en dire plus. Quand la mère disait que Smaïl n’allait pas, c’est que Smaïl n’allait pas du tout, parce que par exemple quand Smaïl allait comme d’habitude, c’est à dire simplement mal, elle disait, si on le lui demandait : « Smaïl, ça va » avec un charmant petit hochement de tête. Donc il se passait dans la famille quelque chose qui touchait à l’insupportable, qui n’était pas dû à Smaïl, la plupart du temps, ni à une quelconque évolution de sa maladie pour « elle-même » : seulement Smaïl fonctionnait comme bouc émissaire, comme caisse de résonance, il occupait le devant de la scène, il s’était assigné la tâche de tromper l’ennemi, de faire diversion, de sauver la famille coûte que coûte. Il fallait toujours qu’il se mette en avant. Nous apprîmes à reconnaître dans l’aggravation de son état, les moments où par exemple les frères étaient en difficulté, avait des ennuis avec la police ou d’autres mauvais garçons, où le petit Amar en faisait voir de toutes les couleurs aux éducateurs de rue et à ses maîtres à l’école ou quand il y avait de mauvaises nouvelles d’Algérie. Smaïl finissait toujours par débouler, mais aussi nous lui rendions visite chez lui. Nous le trouvions prêt pour la guerre sainte, un foulard noué autour du front, par exemple, ce qui faisait ressembler son visage, aux joues toujours creuses et mal rasées et aux yeux qui lançaient des éclairs, à celui d’un Dieu guerrier et vengeur. Dans ces moment-là, il acceptait souvent une injection de sédatifs, mais pas toujours, il s’enfuyait. Nos relations étaient chaotiques. Il fallait parfois négocier de longs jours pour qu’il accepte un traitement.

posted by grossmann francis | 3/18/2003
 

Pensée de la nuit N° 13
"Après avoir contemplé la lune
Mon ombre
Me raccompagne"
Sodo, Haiku

posted by grossmann francis | 3/18/2003


lundi  

Histoire de Smaïl (épisode 7)

Nous sommes au Zoo de Vincennes, avec Smaïl, Patrick et Marie Annick. C’est une belle matinée de début de printemps. Smaïl marche seul devant, il ne se promène pas, il fuit, tout droit, il cherche la sortie. Nous nous pressons atterrés derrière lui, défaits. Nous passons à toute allure devant le rocher des ours ou se tient le dromadaire qui promène les enfants. Smaïl n’a pas un regard pour le dromadaire. C’est le fiasco. La promenade, minutieusement préparée depuis plusieurs semaines tourne à la déroute, à la retraite de Russie. Prévue pour la journée, la ballade-souvenir aura duré en tout et pour tout un quart d’heure, au pas de course. Nous retrouvons la voiture, Smaïl s’y engouffre et nous retournons à Corbeil en silence. Ce qui est extrêmement rare avec Smaïl, je veux dire le silence. Il regarde le paysage défiler à travers la vitre, l’air sombre et déterminé, mais pas un mot. Bien sûr nous sommes en colère, Patrick, Marie Annick et moi. Nous ne comprenons pas pourquoi Smaïl a délibérément tout gâché. C’était pourtant lui, Smaïl, qui, au cours des entretiens avec Marie Annick et Patrick s’était souvenu de son instituteur, quand il était petit, qui les avait amenés lui et sa classe faire une promenade au Zoo de Vincennes et que même il avait fait un tour de dromadaire. Un peu auparavant, Patrick et Marie Annick avaient entrepris de faire parler Smaïl de son enfance, dans l’idée de le « sortir » un peu de son monde délirant, au sens propre et au sens figuré, en faisant appel à ses souvenirs, à son histoire. Il s’était exécuté volontiers et leur avait servi, parmi quelques autres chromos, celle de l’instituteur, toute pleine d’émotion et de bons sentiments : le petit garçon émigré bien sage et très intelligent, débrouillard et modeste à la fois. Comme d’autres. Smaïl donnait littéralement l’impression d’être enfermé dans son délire, (« muré dans son délire » est une expression consacrée) comme dans une bulle de fer résistant à l’espace, au temps, à l’histoire et à la géographie, ne communiquant avec l’ « extérieur » qu’à l’aide un appareillage compliqué, lourd, peu efficace, sans nuances, dont le fonctionnement lui échappait, véritable labyrinthe impénétrable et qui, de fait, était le délire lui-même, ultime tentative de guérison. Deux solutions pour communiquer : entrer en force, maintenir ouvert le moindre entrebâillement de la bulle par tous les moyens et tirer au dehors par le bras ou la jambe qu’on a pu attraper, même si ça fait mal ( avec les neuroleptiques pour calmer cette douleur) ou reconstituer les plans de l’appareil, remonter patiemment les canalisations, parcourir toutes les ramifications, rebrousser chemin dans tous les culs-de-sac, boucler toutes les boucles, faire de la topographie, se transformer en géomètre, pour au bout du compte se glisser un peu dans la bulle (« tu me fais un peu de place Smaïl ? ») et naviguer à deux. « En pays de psychose, je ne suis pas interprète, je suis topographe ou géomètre » dit Jean Claude Pollack. Tenter de « sortir » quelqu’un de son délire, comme on dit, même avec les meilleures intentions du monde, même si parfois le succès est au bout, malgré toute la douceur que vous pouvez y mettre, est toujours une action violente, une effraction, un passage en force. Et des passages en force, il en avait connu, notre Smaïl, dans son existence de « pensionnaire » des hôpitaux psychiatriques, il avait appris à se méfier, à louvoyer, à protéger la bulle, à donner le change. Il était un vétéran des neuroleptiques, un praticien rompu à toutes les subtilités des entretiens psychothérapiques. Il nous a appris pas mal de psychiatrie. Certes, il était entré dans le jeu de Patrick et Marie Annick, mais à moitié seulement : il « savait » se souvenir, pas besoin de le tenir pour un robot. Des souvenirs, d’ailleurs, il en avait à la pelle, autant que vous voulez. Attention, je ne vous ai rien donné, je vous ai juste dit des mots, parce que vous m’en avez demandé, mais ce ne sont que des mots, vous n’êtes pas entrés en moi, vous ne me possédez pas encore, d’ailleurs c’est moi qui vous possède. Si vous aviez cru que le Zoo de Vincennes m’importait vraiment, vous vous êtes trompés. Je vous ai bien eu, moi, le Zoo de Vincennes, ce n’est que mon histoire, et elle n’est pas prête de me rattraper, foi de petit Smaïl, la seule chose qui compte pour moi ce sont les prophéties des cadavres morts de la Kabylie, voilà. Rien, vous ne savez rien. Rien de moi. Tel était le sens de la leçon que Smaïl nous avait donné aujourd’hui et, même s’il faisait la tête, dans la 4L du service qui filait sur l’autoroute, il fallait se rendre à l’évidence : c’était un dur à cuire, un loubard, exactement comme ses frères.

posted by grossmann francis | 3/17/2003
 

À cet endroit la Seine s'écoule en un ou deux méandres. Ils suivent l'étroite route, presque un chemin, qui longe le fleuve en le descendant du Barrage du Coudray à la piscine de Corbeil. Rive gauche. Elle a brutalement décidé de passer par-là, de retour de Fontainebleau. Ils roulent à très faible allure. Elle est au volant. Le ciel d'hiver est bas. La lumière est terne. Ils vont si lentement qu'ils ont le temps de tout voir : c'est même une sorte de passage en revue, une révision. Le Barrage, ou plutôt l'écluse comme elle le fait remarquer, l'imposante passerelle métallique peinte en bleu sale, La Renommée, restaurant à la terrasse désertée à cette époque de l'année, des bicoques sans forme, des maisons de parisiens prétentieuses ou de vieilles demeures vides cachées derrière des murs gris, l'auberge du Barrage, avec des parasols en berne, qui a scandé leur histoire, où ils ont fêté des anniversaires, des arbres dénudés, des pontons disloqués par la récente tempête, des barques éventrées à demi coulées, du bois mort qui flotte, cet étrange bâtiment industriel désaffecté depuis toujours, entre le fleuve et la route, en arrivant sur Corbeil. Ils ne se parlent pas beaucoup. Elle lui montre de curieux oiseaux noirs à bec court qui nagent sur l'eau, parmi les canards plus familiers. Ils n'en avaient jamais vu par ici. Il se demande si ce ne sont pas des cormorans. Mais il n'en est pas sûr. Parfois il faut se garer pour laisser passer une voiture en sens inverse ou un pressé qui veut les doubler. Il la regarde conduire, attentive. Il déborde d'une tendresse presque imbécile. Il ne dit rien. Combien de fois ont-ils longé ce chemin, à pied ou en voiture ? Combien de serments y ont-ils échangés ? Combien de disputes y ont-elles été consommées ? Il se demande si elle ressent la même chose que lui, cette nostalgie, mais n'ose pas l'interroger. Elle conduit en silence. Ils dépassent la piscine et entrent dans Corbeil. Dans deux minutes, arrivés à la place Léon Cassé, ils vont se quitter. Comme toujours. Il se dit qu'il est arrivé à ce point de sa vie : dire au revoir aux choses. Il va passer le reste de sa vie à ça : retrouver les choses pour leur dire au revoir. Quoiqu'il fasse pour se persuader du contraire. Il se dit qu'il y aura de la douceur en cela. Si au moins il arrivait à ça, dire au revoir aux choses, les quitter, avec tendresse, mais sans regret, en prenant le temps qu'il faut, ça serait bien. Nous passons notre jeunesse à découvrir le monde, à dire bonjour aux choses, à les accueillir, les rencontrer, les perdre, les retrouver. Puis nous croyons qu'elles sont à nous pour toujours. Mais en vérité il faut les rendre. Les rendre à elles-mêmes, à leur nature de choses, parce qu'elles sont éternelles, elles, et pas nous. Le moment vient où il faut rebrousser chemin, dire au revoir aux choses. C'est le moment du détachement. Cela devrait durer aussi longtemps que la jeunesse, refaire le chemin en sens inverse, tranquillement, lentement, précisément. Longer les fleuves à contre courant. Les voici arrivés Place Léon Cassé. (écrit le 21 janvier 1999)

posted by grossmann francis | 3/17/2003


vendredi  

Histoire de Smaïl (épisode 6)

La question était venue en causant. Si Smaïl savait dormir, comme il le prétendait, le problème n’était donc pas qu’il dorme, puisqu’il savait, Le problème était donc de déterminer où Smaïl allait bien pouvoir dormir. Lui, disait : « Dans un lit, tiens ! », et nous reprenions : « Bien sûr, dans un lit ! » Mais y avait-t-il un lit quelque part pour Smaïl ? En tout cas, manifestement, il n’y avait pas de lit à la maison ou, pour le moins, Smaïl n’était pas prioritaire dans le lit voisin de celui de sa mère, c’était Mustapha qui l’occupait, celui-là, et pas question de changer l’ordre préférentiel, d’ailleurs Mustapha nous le faisait bien savoir, tout en restant totalement mutique, dans les entretiens avec toute la famille, quand il se mettait en colère dès qu’on abordait la question du « lit pour Smaïl », et qu’il claquait la porte du bureau, on le retrouvait dans le hall des Mozards à fumer cigarette sur cigarette (je n’ai jamais vu personne fumer autant que Mustapha, les doigts de ses deux mains en étaient jaunes et crevassés.) Il y avait bien celui du Vingt-six, de lit, mais tout le monde comprenait bien qu’il ne s’agissait que d’un lit transitoire, d’un lit-relais, d’un lit de secours en somme, qu’il faudrait bien quitter un jour, pour laisser la place à un autre patient en mal de nuits blanches. Alors, nous reprenions notre question : « Quel lit pour Smaïl ? » et la famille tout entière se taisait, baissait la tête en se prenait le front pour réfléchir et la relevait sans avoir trouvé de solution. C’est probablement vers cette époque que Smaïl se mit à considérer qu’il avait deux maisons tout en sachant que cela ne résolvait en rien la question de sa place dans la famille et à l’intérieure même de ces maisons. La première, rue d’Angoulême, auprès de sa mère qu’il disputait sans trop d’espoir à Mustapha et la seconde, au vingt-six de la rue des Chevaliers Saint Jean, auprès d’un simulacre de père, dira-t-on, qui était une sorte de maison de replis, de secours parfois. Un asile en quelque sorte, mais pas aussi tranquille que l’hôpital psychiatrique, s’il s’y était une fois fait oublier, ce qui n’est pas sûr, un asile où il ne pouvait pas s’abandonner. En tout cas la question du « lit pour Smaïl », elle, ne fut jamais résolue, même celle de son lit de mort, comme on le verra plus tard. Smaïl lui-même, d’ailleurs, tenait à cette place marginale de veilleur, de vigie et faisait tout pour ne pas s’en laisser assigner, de place. Le père était mort. Sa parole était tombée. Smaïl avait décidé de ramasser cette parole morte, cette dépouille, qui ne voulait plus dire que l’absence, de la reprendre, pour la porter à sa manière, comme un étendard ou un flambeau, comme si la mort de son père lui avait donné la victoire et en même temps la folie, indéfectiblement.

posted by grossmann francis | 3/14/2003


jeudi  

La pêche sur la toile est toujours aussi chiche, par les temps qui courrent. Je vous ai tout de même ramené ça : c'est mignon, bon.

posted by grossmann francis | 3/13/2003
 

Promenade quai de la gare, si le coeur vous en dit

posted by grossmann francis | 3/13/2003
 

Pensée de la nuit N° 12 " Comment aurais-je aimé écrire ? Comme un vieux grec qui évoque les morts et effraie les vivants. Ou comme un yeti qui erre seul pieds nus. Noter la montagne, consigner la mer à l'aide d'une fine aiguille, telle l'esquisse d'un motif de broderie. Ecrire comme uin marchand ambulant russe en route pour la Chine : il a trouvé une cabane. Il l'ébauche. Le soir il observe, la nuit il dessine, et à l'aube il a fini. Il paie son écot et s'en va au point du jour" Amos OZ, Seule la mer

posted by grossmann francis | 3/13/2003
 

Histoire de Smaïl (épisode 5)

Dire que tout devint facile, et que le reste de notre histoire avec lui fut un long chemin vers la guérison est très éloigné de la vérité. Je peux affirmer que la vie de Smaïl a été un enfer, d’un bout à l’autre, sans aucun répit d’aucune sorte, y compris parmi nous. Néanmoins, ce fut le début d’une sorte d’état de grâce où, Smaïl, sans jamais se départir de ce qui constituait sa radicale altérité, sans jamais accepter une seconde de quitter la position sur laquelle il campait désespérément depuis si longtemps, voulut bien nous montrer qu’il « savait », comme il l’avait dit à Dany, de quoi notre monde était fait, et, qu’il pouvait, jusqu’à un certain point, nous y accompagner. Mais delà à y faire des séjours prolongés, où y immerger un peu plus que le bout de l’orteil, il y avait un fossé qu’il ne se résolut jamais à franchir. Je peux seulement dire ceci, qui n’est rien d’autre qu’un constat : à partir de ce moment là, et sauf au moment de sa mort, c’est à dire pendant plus de dix ans, Smaïl ne retourna jamais à l’hôpital psychiatrique. Il y eut à nouveau des moments plus que difficiles, où Smaïl nous conduisit encore plus loin dans le découragement que lors de ses premiers moments au vingt-six, mais aussi des périodes comme celle de la « clé », où il semblait vraiment trouver un peu de paix. C’était les moments où il se faisait vraiment gardien de la maison. De sa place favorite, derrière la table de la cuisine, il surveillait les allées et venues, et faisait, à haute voix, mais sans hurler, des commentaires ésotériques, donnait des ordres un peu bizarres qu’il ne se souciait pas de voir exécutés. Nous avions relancé le travail avec la famille. Je me souviens de l’oncle Amar, désolé de la malédiction qui pesait sur la descendance mâle de son frère mort, surtout sur Smaïl et Mustapha, mais pas prêt du tout à nous décerner le titre de thérapeutes efficaces : il en avait vu bien d'autres. Il ne se montrait pas certain que notre projet de soigner Smaïl ailleurs qu'à l'hôpital était vraiment une bonne idée. Je crois même qu'il soupçonnait en nous un peu de présomption. Nous vîmes aussi la sœur Fatima, à fleur de peau, partagée entre sa tendresse de fille aimante et reconnaissante, ses devoirs de sœur et la sauvegarde en urgence de sa "vie privée", avec son mari et ses enfants, dont elle ne voulut jamais nous parler comme si celle-ci avait pu, par notre simple contact, être infectée par la folie de ses frères. Nous comprîmes qu'il ne fallait pas trop lui en demander, d'autant qu'il était évident qu'elle veillait de loin, à sa manière, avec tout l'amour (et aussi la culpabilité) dont elle était capable sur la partie maudite de sa famille (Zacchia, L'autre sœur ne se manifesta que bien plus tard, quand ce fut la fin, mais qui peut lui en vouloir.) La mère, donc, Rachid, sa femme et ses deux enfants, Mustapha et Smaïl vivaient à sept (et à huit quand Mohamed revenait squatter, après l'échec inéluctable de ses minables aventures) dans ces deux pièces de la rue d'Angoulême, donnant sur une cour triste, perché au premier étage au bout d'un escalier tout sombre et tout droit. Le reste de la famille s'était cotisé pour leur acheter ce logement insalubre, pour qu'on ne puisse plus les expulser, pour qu'on ait pas un jour à les héberger. La mère et les deux enfants fous dormaient dans la même chambre. Nous y avons parfois pénétré, surtout quand Mustapha ou Smaïl étaient alités pour une grippe par exemple ou que tout à coup, Smaïl, après des semaines d'insomnie, cédait à un sommeil de plusieurs jours. Mais dans la chambre ne pouvaient tenir que deux lits : celui de la mère et celui de Mustapha, avec à peine l'espace pour circuler entre les deux. Comme Smaïl ne dormait presque jamais, le problème du manque de place avait été radicalement résolu. Pas de lit pour Smaïl. Il passait ses nuit, attablé à la table de la cuisine, à jeter ses anathèmes, ou bien dehors, quand la patience de la maisonnée avait atteint ses limites. Nous aurions pu, si nous avions été nous même en proie à l'insomnie, le voir errer, vers quatre heures du matin, sur les trottoirs de la rue de Paris ou le croiser rue Feray attendant l'ouverture des cafés arabes ou bien celle du Vingt-six. Rachid, sa femme et ses deux enfants occupaient l'autre chambre qui était toujours fermée quand nous venions : nous avons ainsi toujours ignoré de quelle manière s'y agençait l'entassement. Le reste de l'appartement était une cuisine, au sol de tomettes rouges inégal, sur laquelle donnaient les chambres, où la mère et la femme de Rachid, silencieuses, s'afféraient toute la journée et où, même quand ce n'était pas le temps du Ramadan, chauffait toujours une gamelle de Chorba aux vermicelles.

posted by grossmann francis | 3/13/2003
 

Fenêtre sur cour N° 9

la cour aux autos

La même cour, mais pas la même fenêtre (celle de la cuisine)

posted by grossmann francis | 3/13/2003


lundi  

Histoire de Smaïl (épisode 4)

Deux semaines après son arrivé au vingt-six, Smaïl ne dormait toujours pas. Il passait ses nuits à arpenter la maison de haut en bas, faisait craquer terriblement les marches de l'escalier et hurlait ses imprécations. Personne ne dormait. Il mangeait très peu et s'écroulait parfois quelques heures dans un sommeil comateux d'où il n'émergeait que pour hurler plus fort. Nous ne pouvions pas l'approcher, impressionnés par cette colère inextinguible dont nous savions bien ne pas être la cause mais dont nous redoutions les effets. Malgré tout, Smaïl acceptait les traitements que nous lui proposions, y compris injectables, mais rien n'y faisait. Nous ne savions plus à quel saint nous vouer. Les autres patients se terraient dans leurs chambres, la fatigue se lisait sur les visages. Il fallait absolument une idée, sous peine de renoncement. C'est Dany Bolzo qui l'eut, un jour. Elle s'était souvenue d'une berceuse kabyle dont elle avait lu les paroles dans un recueil, elle lui en avait lu les paroles en Français et il s’était souvenu de la chanson en Arabe, il avait même tenté de la fredonner. Il y était question d’un enfant qui s’endormait, comme dans toutes les berceuses. La maman glissait la clé de la maison sous son oreiller pour chasser les djinns et les mauvais rêves. Dany ne proposa pas de glisser la clé de la maison du 26 sous l’oreiller de Smaïl mais de lui confier, tout simplement, un soir après le dîner. Smaïl la prit sans surprise et l’introduisit simplement, avec un sourire entendu, dans la poche intérieure de son veston. Après quoi la soirée se passa comme d’habitude, avec les allées et venues habituelles, la veillée dans le bureau et la télé qui marchait toute seule. Vers vingt-trois heures tout était calme, à minuit aussi et deux heures du matin encore. Tout le monde dormit tout son saoul. Certains, le lendemain, rattrapaient même le temps perdu et faisaient la grasse matinée. Smaïl attendait, assis à la place qui allait désormais devenir la sienne, à la table de la cuisine, près de la porte, tranquillement, que la maison se réveille. Pas que la maison fut tout à coup devenue silencieuse, pas qu’on se soit mis, comme par miracle à chuchoter et éviter d’élever la voix, pas que Smaïl lui même aie beaucoup dormi, pas qu’il aie renoncé une seconde à sa colère inassouvissable, mais quelque chose qui s’apparentait à la paix, à la trêve, était advenu. Si nous avions été croyants, nous aurions appelé ça le « miracle de la clé » et nous aurions demandé qu’on instruise un procès en canonisation du vivant même de Dany, mais nous fûmes simplement fiers de nous, fiers d’avoir tenu, d’avoir su résister à notre envie de baisser les bras, de renvoyer Smaïl à l’hôpital psychiatrique, fiers d’avoir su chercher, avec acharnement, à maintenir la relation, à laisser Smaïl saisir la bonne occasion de baisser un peu la garde. Dany lui demanda : « Bien dormi, Smaïl ? », il répondit par un grand sourire silencieux et porta la main à sa poche de chemise. Il en extirpa la clé de la maison qu’il rendit à Dany, puis il ajouta, sans répondre à la question : « Il sait dormir, tu vois, le petit Smaïl! » Voilà, c’était ça la grande nouvelle : Smaïl savait dormir. Qu’on se le dise !

posted by grossmann francis | 3/10/2003


dimanche  

Je me souviens de Joseph Ujlaki et de Roberto Benzi . Pourquoi les deux ensemble ? Je me souviens très bien de Joseph Ujlaki avant centre du Racing de Paris. A cette époque il y avait la même rivalité entre le stade de Reims et le Racing de Paris qu'entre le PSG et l'OM de nos jours. Je me souviens que j' étais supporter de Stade de Reims et que mon copain Alain était supporter de Racing. C'était un fan d'Ujlaki. Je me souviens très bien d'un dispute à ce sujet, sur le chemin du Lycée, rue Soufflot. Pour ce qui est de Roberto Benzi, c'est une scène d'un film à la télé, "Prélude à la gloire", où, jouant son propre rôle, il dirige un orchestre symphonique à huit ans en venant à bout des vieux instrumentistes les plus endurcis. J'ai longtemps cru que Roberto Benzi avait été un produit de marketing et que, devenu adulte, on l'avait oublié, qu'il ne faisait plus de musique, si jamais il en avait vraiment fait. Or c'est, encore de nos jours, un chef d'orchestre tout à fait honnête et reconnu.

posted by grossmann francis | 3/9/2003
 

Pensée de la nuit N° 11 : "Nulla dies sine linea". Amiel, journal

posted by grossmann francis | 3/9/2003
 

Histoire de Smaïl (épisode 3)

Smaïl, avant, il ne dormait jamais. Il parlait toute la nuit, il parlait tout le jour. Non seulement il parle, mais il harangue, il vitupère, il apostrophe, il menace. Les voisins viennent se plaindre à la psychiatrie de secteur parce que la police ne veut pas se déranger et finissent par déménager. Rien n'y fait, ni les mauvais traitements de Rachid, ni les insultes d'Amar, ni les prières de la mère, ni les grosses doses de neuroleptiques même rajoutés à son insu dans la soupe. Il a une voix très grave et très forte. Il prédit tout et tout le temps, il a quelque chose du prophète, voire de Dieu lui-même : il fait le monde au fur et à mesure, c'est le tuteur céleste, le maître de tout. Il parle de lui à la troisième personne, pas comme les enfants mais comme les rois, fait l'inquisiteur et jette des anathèmes. Ses lamentations sont plus tonitruantes que celles de Jérémie. A la fin, tout le monde devient fou. Pas moyen de le faire taire. Même à l'HP, parfois il met des mois à se taire et à dormir la nuit. Alors, parfois, les frères lui sautent dessus, sauf Mustapha, sans demander son avis à la mère, mais elle n'en peut pas plus que les autres, et le déposent de force aux urgences comme un paquet. Là, personne n'ose s'approcher de lui, il prend ça pour du respect, on appelle le psychiatre de garde et on l'envoie à l'HP la plupart du temps contre son gré. C'est comme ça, qu'un jour, Smaïl arrive au Vingt-Six au lieu d'atterrir à l'HP. Il aurait peut-être préféré, lui, mais c'est une époque où l'HP ne veut plus de lui. Le Vingt-Six, il n'a jamais trouvé ça bien. Ses repères y sont tout chamboulés. Personne ne respecte personne. Ça n'est pas ordonné, pas en règle, les infirmiers n'obéissent pas aux médecins, et les "pensionnaires", c'est encore pire, ils font ce qu'ils veulent : Comme il n'y a pas de cafétéria, on les retrouve toujours au café du coin, ils entrent et sortent sans prévenir, passent même des nuits dehors et on ne sait pas où ils sont, ils prennent leur traitement quand ils ont le temps parce qu'il n'y a pas de distribution à heures fixes. Smaïl ne s'y retrouve plus. L'absence d'ordre immuable l'empêche de tout prévoir à l'avance, ce qui forcément nuit à ses qualités de prophète et diminue son rendement de conseiller spécial du médecin chef. Et d'ailleurs il n'y a même pas de médecin chef. Bref, Smaïl est de la vielle école, le Vingt-Six n'est pas assez classique pour prophétiser correctement. "Méfie-toi, méfie-toi, Le petit Smaïl te le dis, tu n'es pas obéi comme il faut, les infirmiers, ils traitent mal les pensionnaires" ne cesse-t-il de répéter de sa voix de basse noble pleine de trémolos théâtraux. Je suis le sujet de Smaïl, non pas seulement celui de son étrange royaume peuplé d'enfants morts ressuscités, mais sujet-créature au service de sa toute puissance. Smaïl fixe les rôles : il se fait d'emblée Docteur Mabuse de peur d'être lui-même abusé, possédé. Qui peut le plus, peut le moins : en contrôlant l'univers, il contrôle son espace proche et du même coup le médecin qu'il contient. Il y a parfois des ratés. Des personnages plus ou moins secondaires lui échappent. Tout maître est contesté aux marges de ses terres : il y a toujours une dissidence à mater, des contrevenants à tancer, des brebis égarées à remettre sur le droit chemin. Ne jamais relâcher la vigilance, se méfier de tout et de tous, on connaît ces paranoïas de tyrans. Je suis son instrument. Je ne suis que la main qui signe des ordonnances télépathiques. Quand je le conduis en voiture, pour l’accompagner chez sa mère, par exemple, il téléguide mes mouvements sur le volant et c’est lui qui conduit la voiture par la force de sa pensée. Il ne faut soigner que lui. A tout instant. S'il possède son médecin, c'est plus pour en avoir toujours un près de lui que pour le tenir à distance. D'autres aussi, au plus fort de leur angoisse, disent qu'ils sont psychiatres ou chirurgiens. On dit qu'ils refusent les soins. C'est faux. Ils en veulent trop. La souffrance se retourne en doigt de gant : quand on va encore plus que très mal, il arrive qu'on ne meure pas, il arrive qu'on passe de l'autre côté du miroir, on devient médecin... ou Napoléon. Aujourd'hui je reçois l'oncle Amar et la mère de Smaïl. L’oncle Amar vit à El Biar, près d'Alger, deux de ses enfants sont médecins. On dirait qu'il n'a pas vieilli malgré tout ce temps, bien propret, rasé de près sous sa toque de mouton. Il reste un homme du peuple mais son français policé et suranné a quelque chose de noble. Un côté Algérie française qui rassure... C'est un homme bon, un sage. La maman est belle et lisse sous son foulard et ses tatouages. Ses mains sont posées sur ses genoux. Elle suit la conversation avec attention mais n'intervient pas. Je ne l'ai jamais entendue dire plus de trois mots en français. C'est l'oncle qui parle pour elle. Depuis un moment elle a le projet de retourner en Algérie, dans sa belle-famille. Bien sûr, elle voudrait emmener Smaïl et Mustapha, pas question qu'elle s'en sépare. Mais Smaïl se soigne à l'hôpital, comment faire ? L'oncle Amar pose de questions précises sur la maladie et le pronostic, je lui réponds avec franchise. J’observe la mère : elle a tout compris, elle ne sourcille même pas. Trois mots suffisent à l'oncle pour tout traduire. Il prend la décision : Smaïl serait trop mal soigné s'il retournait maintenant en Algérie, surtout avec les événements, il vaut mieux que nous continuions à nous en occuper. Je le pense aussi. La mère approuve avec un soupir.

posted by grossmann francis | 3/9/2003
 

Fenêtre sur cour N° 8

De plus en plus fantômatique

posted by grossmann francis | 3/9/2003


vendredi  

Histoire de Smaïl (épisode 2)

La mère, elle a fait le pèlerinage à La Mecque. On se demande comment elle a pu se le payer, économiser sur quoi. C'est peut être une bonne action de Rachid ou des deux filles Zachia et Fatima qui ont fait des études, se sont mariées et ont une bonne vie. On a tous cru qu'elle n'en reviendrait jamais, que Smaïl et Mustapha allaient définitivement rester orphelins. Pas seulement parce que c'était l'année de cet effroyable accident où des centaines de pèlerins s'étaient fait écraser dans une bousculade, mais parce qu'elle était partie à bout de force, un moment où Smaïl et Mustapha étaient plus fous que jamais et parce que c'était la seule fois où elle les laissait. Nous nous étions occupé de notre mieux de Smaïl et de Mustapha en son absence et nous nous étions préparés à tout. Elle est revenue, après une très longue absence, on n'y croyait plus, on aurait dit un ange du ciel avec sa jolie bouille ronde et ses tatouages sous son fichu blanc. Il fallait voir la joie de Smaïl et sa fierté, lui qui, comme tous les autres hommes de la famille l'avait toujours traitée comme une moins que rien. Ça lui avait donné un de ses fameux coups de sagesse qui ne duraient pas mais qui était toujours ça de pris. Comme si c'était lui, le Hadji. Ils recevaient gravement tous les deux, assis par terre en tailleur sur les tomettes rouges de l'appartement, les femmes du quartier qui leur faisaient les visites respectueuses traditionnelles. Alors, on a à nouveau cru qu'elle allait encore mourir parce que justement elle était revenue et que c'était la seule chose qui lui restait à faire de mourir, parce qu'elle était vraiment très vieille et qu'elle avait presque atteint la sainteté. Mais elle n'est pas morte. Elle a continué à revenir. Au fond, toutes ces années, on a toujours cru qu'elle allait mourir bientôt parce qu'elle ne pouvait plus continuer à porter toute seule sans jamais se plaindre toute cette famille déchirée, parce que ce n'est pas humain, parce qu'elle avait droit à un peu de Paradis. Mais elle ne mourait pas, elle revenait toujours du marché, on la voyait tourner le coin de la rue, avec son cabas à roulettes, avancer en se balançant le regard droit devant elle. Elle n'est toujours pas morte. Peut-être elle a cent ans, aucun de ses enfants ne connaît son âge. C'est Smaïl qui va mourir le premier, le premier de tous après le père, d'une forme de cancer du poumon particulièrement incurable. Depuis qu'il est hospitalisé, elle ne dort plus dans l'appartement aux tomettes rouges où ils continuent de tous s'entasser, elle dort juste en face de l'hôpital, à Montconseil, chez des cousins, pour être plus près de lui. Elle lui rend visite tous les jours. Elle vient se planter en silence devant le lit où Smaïl la houspille comme il n'a jamais cessé de le faire, elle ne s'assoie jamais et ne sort en soupirant que quand il dort, assommé par la chimio, sans déranger personne.

posted by grossmann francis | 3/7/2003
 

Fenêtre sur cour N° 7

le fantôme enfin démasqué

posted by grossmann francis | 3/7/2003


mercredi  

Histoire de Smaïl (épisode 1) :


La première fois que je suis allé rendre visite à Smaïl, je ne l'ai pas vu. C'était dans le vieux temps des Mozards, vers le milieu des années soixante-dix, en hiver. C'était à Soisy sur Seine, en pleine ville. Leur maison, on aurait dit un squat. D'ailleurs, on allait la vendre, le propriétaire les chassait. Il y avait une grille rouillée, un jardin aux mauvaises herbes gelées, une pièce nue avec un brasero. Les frères de Smaïl y jetaient des bouts de planches ou de meubles cassés, le visage fermé. Les fenêtres étaient ouvertes à cause de la fumée. Il faisait froid, le brasero ne servait pas à grand chose. Rachid m'impressionnait, il était jeune et violent. Il portait un blouson de moto en cuir élimé, il avait déjà la voix éraillée. Mohamed s'agitait comme un dément pour attiser le brasero. Les frères parlaient arabe, ils faisaient comme si nous n'étions pas là. La mère se tenait à l'écart. Elle était silencieuse, elle ne faisait rien pour une fois, elle se chauffait de loin. Le père était mort depuis longtemps. Il avait eu sa crise cardiaque. Zachia et Fatima, les deux jeunes sœurs, n'étaient pas là, elles avaient compris comment sauver leurs peaux. Il y avait Mustapha, le jumeau de Smaïl en folie, mais Mustapha, c’est le fou sage, celui qui se tait, subit sans rien dire, pas loin de sa mère, alors que Smaïl est le fou hurlant, celui par qui le scandale arrive toujours. Amar n'était pas encore né. Rachid n’était pas encore marié. Il nous parla, il dit : "Smaïl, on n'en veut plus, il est irrécupérable, vous n'avez qu'à le piquer. Comme un chien » Et il se tut. Smaïl, dans une chambre à l'étage se pelait de froid et ne voulait pas descendre. La mère s'excusait. Elle portait sur son visage rond toute la misère du monde. Quand je vis Smaïl, c'était quelques années plus tard, aux Mozards. A cette époque là, il faisait de longs et fréquents séjours à l'hôpital psychiatrique. Il avait de longs cheveux bouclés et portait des pantalons patte d’éléphant à carreaux beiges et gris, récupérés. Il prophétisait au cours d'une réunion soignants-soignés. Mustapha ne faisait pas partie de l'assistance morne et muette. C'est tout ce dont je me souviens de la jeunesse de Smaïl. Ça pourrait être un rêve. Je n'ai pas connu le café à Soisy, la période de gloire dont parlait toujours Smaïl, celle où le père régnait derrière le bar, sur la famille, les clients et la communauté. Smaïl disait qu'il était dur et juste. Il avait répudié la mère une première fois et l'avait reprise quand l'autre femme était morte. Elle était revenue sans rien dire et s'était remise au travail. Puis le père est mort à son tour et la famille a tout perdu. Rachid est juste devenu un petit chef de bande avec Mohamed pour lieutenant et a continué de traiter la mère comme le père. Maintenant, Rachid est un pépé. Il est chauve. Je ne sais pas s'il est complètement rangé des barrières. On dirait un cave, en pyjama rayé bleu ciel et blanc et petites lunettes de la Sécu dans le service de pneumo de l'hôpital où il se fait soigner pour l'asthme. Mohamed aussi, on le voit à l'hôpital, mais aux urgences, quand des copains de galère l'accompagnent pour se faire décuiter. Il m'interpelle, en souvenir d'un vieux temps pas si bon que ça, où, apprenti dealer, il avait reçu dans une rixe un coup de rasoir en pleine figure. Il a gardé longtemps une cicatrice qui rayait son visage de haut en bas. Maintenant, elle s'estompe. Il ne joue plus les caïds. La prison l'a laminé. Il ne se drogue plus, il boit. Ça avilit encore plus sûrement. Il y a quelques années, son neveu Amar, le neveu de Smaïl et le fils de Rachid, celui qui jouait sous la table quand nous venions voir Smaïl dans le nouveau taudis que la famille a habité plus tard à Corbeil, m'a sévèrement agressé. Pour rien. Je n'ai du mon salut qu'à la fuite. Je n'y suis jamais retourné. Je me dis qu'Amar, il doit avoir dans les vingt-deux vingt-trois ans maintenant, il en avait seize à l'époque, depuis longtemps les éducateurs ont baissé les bras, un jour il tuera quelqu'un, peut-être.

posted by grossmann francis | 3/5/2003
 

Petite précision technique : bien que dans l'ensemble BLOGGER soit un logiciel assez convenable, pratique et tout, il lui arrive de se comporter comme un cochon. Par exemple, il enregistre les archives exactement quand il veut, c'est à dire au petit bonheur ! Il a mangé les archives de novembre 2002 et février 2003. J'ai donc du créer une nouvelle rubrique en LCD les ARCHIVES BIS où je renvoie à la main (admirez la performance !) sur mes propres archives. Je sais, vous n'y comprenez rien, moi non plus, mais ça marche, ne me demandez pas comment...

Deuxième petite précision technique : comme je vous l'açi plusieurs fois rappelé (notamment le 25 aout 2002) Les premiers seront les derniers. C'est à dire que, quand vous lisez les textes ici mis en ligne, les plus récent s'inscrive au-dessus des plus anciens, comme des strates successives. Le texte à épisodes qui va suivre (donc précéder, hé hé, vous me suivez ?) se lit en quelque sorte à l'envers : Il se terminera par le début. Mais, n'ayez crainte c'est très facile à suivre.

posted by grossmann francis | 3/5/2003
 

Fenêtre sur cour N° 6

ma vie intéreure, en quelque sorte

posted by grossmann francis | 3/5/2003


lundi  

Pensée de la nuit N° 10 : "Je me suis si bien habitué à ne pas lire que je ne lis même pas ce qui me tombe sous les yeux par hasard. Ce n'est pas facile : on apprend à lire tout petit, et toute une vie on reste esclave de ces trucs écrits qui vous tombent sous les yeux. J'ai peut-être du faire un certain effort, les premiers temps pour apprendre à ne pas lire, mais maintenant cela me vient tout naturellement. Le secret est de ne pas éviter de regarder les motds écrits, au contraire : il faut les regarder fixement jusqu'à ce qu'ils disparaissent." Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver

posted by grossmann francis | 3/3/2003
 



Nature morte, aux deux pieds vivants, mais en chaussettes (noires).

posted by grossmann francis | 3/3/2003
 

préhibernoluthidolichospasmes : sanglots longs des violons de l'automne, phénomène météomusical aux propriétés homéoanémicardiomutilatoires, décrit pour la première fois par Verlaine en 1866 (via "XYLOGLOTTE", évidemment)

posted by grossmann francis | 3/3/2003
 

Nature, morte encore, mais, cette fois, aux deux pieds vivants.

posted by grossmann francis | 3/3/2003
 

Je me souviens qu'on nous distribuait, une fois par semaine, à l'école communale, du Viandox dans des quarts en alu, on faisait la queue dans le préau ; je me souviens que le Viandox, un jour, a été remplacé par du Banania chaud (ou l'inverse). Je me souviens aussi des timbres anti tuberculeux. Les deux souvenirs arrivent toujours ensemble.

posted by grossmann francis | 3/3/2003


dimanche  

La pêche n'est pas très bonne sur le web, ces derniers temps, ne trouvez vous pas ? (ou alors est-ce mon humeur ?). Pour cette nuit, voici ce que j'ai trouvé : c'est pratique, original, gratuit et à l'heure !. Que demander d'autre ?

posted by grossmann francis | 3/2/2003


samedi  

Pensée de la nuit N° 9 : "Il y a la lumière, tout autour, la lumière du soir. Le soleil te prend sur le côté, quand c'est comme ça, c'est une manière plus douce, les ombres se couchent démesurément, c'est une manière qui a, en quelque sorte quelque chose d'affectueux - ce qui explique peut-être comment il se fait qu'en général, il est plus facile de se croire bon, le soir - alors qu'à midi, on pourrait presque assasiner, ou pire : avoir l'idée d'assassiner, ou pire : s'apercevoir qu'on serait capable d'avoir l'idée d'assasiner, ou pire : se faire assassiner." Alessandro Baricco, chateau de la colère

posted by grossmann francis | 3/1/2003
 

Il y a deux rues à Paris, celles de l’Amiral Mouchez et du commandant Mouchotte, dont je confonds toujours les noms. Les voies dédiées aux militaires sont nombreuses dans les grandes villes (et aussi dans les petites), elles témoignent d’un passé militaire toujours glorieux. Il suffit pour s’en convaincre de considérer l’exemple du Général De Gaulle qui, doit-on ajouter, a aussi été homme d’état, de ses avenues ou de ses places, de son aéroport, voire de ses boulevards ou de ses ponts ( ses rues existent, je l’ai vérifié, mais sont alors le plus souvent ornées du qualificatif Grande, sauf en deux endroits dans la région parisienne, à Maisons-Alfort et l’autre à Arcueil, misérables rues Charles de Gaulle, sans le grade - alors qu’il est superflu pour la place Charles de Gaulle ou pour l’aéroport – quant aux passages ou aux impasses, il n’y en a pas, mais il existe un rond-point pas très glorieux du Général de Gaulle à Noisy-le-sec, par exemple). Jacques Réda, s’est longuement penché, entre autres, sur le cas de la rue des Colonels Renard, dans le seizième arrondissement de Paris, et Jacques Roubaud a consacré tout un poème à la Place du Général Brocard dans le huitième. D’une manière générale, les sous-officiers ne sont pas gâtés : si on peut recenser une unique rue de Caporal (Peugeot), il n’y a pas de rue du Sergent Untel ni de brigadier Chose ni de maréchal des logis Machin, à Paris, et ce n’est pas plus fréquent en banlieue, contrairement à ce qu’on pourrait peut-être penser, Il n’y a que deux rues dédiées à des Adjudants (Réau et Vincenot). Les Lieutenants sont à peine plus gâtés : ils n’ont que sept rues et une seule place (du Lieutenant Stéphane Piobetta). Quand on passe aux officiers, ça s’arrange nettement avec les capitaines qui sont vingt deux, les commandants, qui sont vingt et un, et les colonels, trente sept avec les lieutenants-colonels. Les officiers supérieurs, on s’en serait douté, sont eux parfaitement représentés avec les généraux qui sont soixante sept (bien que Leclerc et de Gaulle monopolisent un maximum), les maréchaux qui sont trente neuf (Leclerc tire dans les deux catégories et Pétain a été disqualifié) et les amiraux, dix huit, seulement, sans compter les Amiraux de la rue des Amiraux. L’Amiral Mouchez, celui d’une des deux rue dont je veux parler fait partie des dix-huit. Le commandant Mouchotte, celui de l’autre rue, figure bien entre le commandant Lamy et le commandant Rivière. La rue de l’Amiral Mouchez est une pénétrante, comme on dit, une radiale, on l’emprunte pour aller de la périphérie au cœur de Paris. C’est celle que j’emprunte plusieurs fois par semaine quand je me rend de chez moi, à Gentilly, vers le quartier Latin, par exemple. Comme souvent pour les radiales, elle naît d’une avenue, Pierre de Coubertin en l’occurrence, et prend son nom après la traversée du boulevard des Maréchaux, à l’exact endroit ou le boulevard Jourdan passe le relais au boulevard Kellermann. D’ailleurs il suffit que je transcrive ces deux noms pour qu’une difficulté nouvelle apparaisse : Jourdan et Kellermann sont bien deux maréchaux d’Empire, mais on ne dit pas boulevard du Maréchal Jourdan ni boulevard du Maréchal Kellermann. Quel est donc la règle qui fait qu’on place ou ne place pas le grade du militaire en question avant son nom ? Est-ce une question d’époque ? Donne-t-on le grade uniquement pour l’époque républicaine (mais alors quid de la rue l’Amiral d’Estaing ? de celle de l’Amiral de Coligny ?), ou au contraire, n’enlève-t-on pas leur grade uniquement aux officiers d’empire, comme en témoignent en outre le boulevard Ney, le boulevard Murat ou la rue Eblé. Ou bien ajoute-on le grade militaire au nom justement quand celui-ci est plutôt inconnu, comme Mouchez ou Stéphane Piobetta (et celui-là, il a le prénom en plus) ? Ainsi, la rue Bayard et non du connétable Bayard, la place de Lattre de Tassigny et non forcément du Maréchal de Lattre de Tassigny etc. Bref, la question n’est pas résolue. Quoi qu’il en soit la rue de l’Amiral Mouchez a encore une particularité : elle coupe l’axe Alésia Tolbiac exactement à l’endroit où la rue d’Alésia devient la rue de Tolbiac, elle est elle-même la frontière entre le quatorzième et le treizième arrondissement. A ce point, elle se sépare en deux, par une fourche, perd son nom et prolonge sa course vers le centre en deux bras, la rue de la Santé, qui longe les murs de sainte Anne et plus loin ceux de la prison du même nom, et la rue de la Glacière qui part un peu plus à l’Est à l’assaut du cinquième et débouche dans la rue Gay-Lussac. La rue du Commandant Mouchotte est beaucoup plus courte que la rue de l’Amiral Mouchez et n’a pas son importance comme axe de circulation. Elle relie l’avenue du Maine, près de la gare Montparnasse à la place de Catalogne, centre du quatorzième arrondissement nouvellement rénové. Je l’emprunte beaucoup moins souvent. Je crois même que je ne l’ai pas empruntée depuis des années. Ca remonte pratiquement au temps où j’habitais le quatorzième, il y a plus de vingt ans. Pas que je ne la croise pas de temps en temps, en débouchant sur l’avenue du Maine du tunnel qui passe sous la gare, pour rejoindre en venant de l’école militaire, par exemple, la place d’Alésia et le sud de la ville (en revenant du ministère de la santé à Vigneux pour être encore plus précis, je l’ai fait au moins deux fois cette année, ou encore du SAMU de paris, logé impasse de l’Enfant Jésus, mais si, qui donne dans la rue de Vaugirard, après une réunion de la cellule régionale de l’urgence médico-psychologique pour regagner l’autoroute A6 et la garde à Evry, je l’ai fais encore plus souvent ) mais sans jamais m’y engager. Il y a là des immeubles qui n’ont pas plus de vingt ans et qui sont toujours d’une fausse modernité agressive. Notre amie Paule F* y habitait jadis. Ses fenêtre au quinze ou vingtième étage, je ne sais plus, mais très haut, donnait sur les voies de la SNCF qui viennent, pour ainsi dire, car c’était certainement il y a plusieurs années, d’être recouvertes par un jardin suspendu que je n’ai jamais visité (Paule F* a déménagé depuis longtemps avec son ami cinéaste André dans une partie plus villageoise du quatorzième). Autant la rue de l’amiral Mouchez, a gardé un caractère parisien, avec ses commerces, ses immeubles de rapport des années soixante dix, son côté un peu hétéroclite, autant la rue du commandant Mouchotte n’a jamais ressemblé à une rue. C’est un espace entre deux blocs, un passage frayé à travers le béton, une trouée. Il ne subsiste strictement rien de l’ancien Paris à cet endroit. C’est une catastrophe architecturale, c’est le Paris de Giscard d’Estaing et Ricardo Boffil. Mais je confonds les noms de ces deux rues : j’appelle souvent la rue de l’amiral Mouchez la rue de l’amiral Mouchotte et la rue du commandant Mouchotte, la rue du commandant Mouchez. Est-ce à cause des consonances ? Est-ce à cause de cette mollesse et de ce côté enrhumé, de ces mouches du coche qui contrastent assez avec leurs grades respectifs et respectables, Est-ce à cause de ces sièges, les chaises et les chiottes, qu’ils partagent tous les deux ? On ne s’y retrouve pas bien. On me dira que cela n’a pas beaucoup d’importance, vu que, comme je l’ai déjà dit, je n’emprunte plus la rue du commandant et que celle de l’amiral se résume pour moi à un passage ( je m’y arrête pourtant parfois à une boulangerie, non loin du carrefour avec la rue d’Alésia ) et que de toute façon confondre un amiral et un commandant tout à fait inconnus n’est pas d’une gravité irrémédiable. Soit. Mais ceci était un hommage à Jacques Réda et Jacques Roubaud.

posted by grossmann francis | 3/1/2003
 



"Nature morte au pied vivant (euh...le mien, by the way)". Bonne nuit, merry ciscobloggers !

posted by grossmann francis | 3/1/2003


vendredi  

Je me souviens de l'amer Michel (on se demande bien pourquoi : fidèle à ma méthode pour les JMS, j'ai fait le vide en moi même une dizaine de secondes et laissé remonter les effluves du passé. Et voilà ce que j'ai pêché ce soir ! )

posted by grossmann francis | 2/28/2003
 

J'ai habité le boulevard Saint Michel de 1950, date à laquelle mon père a acheté, moins d'un an après ma naissance, au numéro 119, un appartement situé au troisième étage sans ascenseur, un million de francs anciens (dix mille francs actuels, mille cinq cent euros), à 1975, année où j'ai déménagé rue Jonquoy, dans le quatorzième, pour vivre avec C*. J'y ai donc vécu grosso modo vingt cinq ans, bien que sur la fin j'ai beaucoup partagé les chambres de bonne de mes copines. F*, d'abord, rue de l'Avre, dans le quinzième, à côté de la rue du Commerce, puis rue Cochin (beau studio repris à Danielle B*, autre belle psychologue) toute petite rue qui relie la rue de Pontoise et la rue de Passy qui donnent sur le quai de la Tournelle ; C*, ensuite, rue Bayard, dans le seizième, puis rue Pierre Nicole juste derrière le boulevard Saint Michel dans l'immeuble ou vivait les parents de ma copine A* S*. Le 119 se situe en "haut" du Boul'mich, avant la rue du Val de Grâce au bout de laquelle apparaît dans toute sa splendeur baroque l'église du même nom, sur le trottoir qui mène au centre Jean Sarail, qui abrite encore, je crois, le CROUS, et qui a été construit au début des années soixante sur les ruines du célèbre Bal Bullier abandonné depuis longtemps, dans une section de son cours où l'animation estudiantine s'atténue sensiblement pour laisser la place à un calme plutôt grand bourgeois que petit, à mi- chemin entre celui des "beaux quartiers", vers l'avenue de l'observatoire et la rue d'Assas, et l'activité sophistiquée du nouveau quartier de luxe qu'est devenue la Mouffe tout proche. Vers 1969, à vingt ans donc, j'ai occupé au rez-de-chaussée de l'immeuble, au fond du couloir d'entrée, l'ancienne loge de la concierge que mes parents avaient racheté au début des années soixante pour en faire le studio de Mongrandpère quand il est définitivement venu vivre avec eux quatre ans après le décès de ma grand-mère. Je lui ai succédé après sa mort et j'ai vécu là dans une semi-indépendance dorée puisque j'étais blanchi et nourri si je voulais dans l'appartement familial du troisième étage. Il me reste un souvenir, réduit à l'état d'image floue, de la loge de la concierge telle qu'elle était dans les années cinquante, encombrée de bibelots et puant l'urine de chat. Quant à la concierge elle-même il me semble revoir la fée Carabosse en personne. L'immeuble lui-me n'est pas luxueux comme beaucoup de ses voisins hausmanniens, c'est même un des plus modestes de tout le boulevard. Il date du début du siècle et ne possède aucun des attributs décoratifs, moulures, colonnes, hauts reliefs et balcons, qui les caractérisent. La façade est grise et intéressante, les fenêtres sont plutôt petites et flanquées de méchantes persiennes. On accède à l'escalier, à partir du couloir d'entrée, par une porte à un battant qui, en ce temps là était libre, et sert maintenant de sas avec les inévitables codes, haut-parleurs et serrures à ouvertures automatiques. Je me souviens que, du temps où la porte pouvait battre librement, ce qui doit dater de l'école communale, j'avais inventé le jeu suivant : il s'agissait d'ouvrir grand la porte et de se ruer dans l'escalier, le gravir quatre à quatre jusqu'à l'appartement de mes parents avant que je n'entendisse le bruit fracassant mais assourdi par l'altitude de la porte qui se refermait toute seule. Mon imagination avait fait de ce rituel un sport olympique et je battais des records du monde de rapidité de montée d'escalier quasiment trois fois par jour. La vérité est que je n'ai jamais perdu l'habitude de ce jeu. Plus tard, il me servit à étalonner ma forme physique : si j'arrivais au palier du troisième avant le fracas fatidique, le test était validé. Et si je n'étais pas essoufflé, ce qui arrivait la plupart du temps, sauf les lendemains de bringue, c'était encore mieux. L'apparition progressive de légers signes d'essoufflement, même si je devançais toujours la porte dans un fauteuil, fut tout de même à l'origine de ma décision d'arrêter de fumer, vers les trente ans. Je me rends compte aujourd'hui, chaque fois que je rends visite à mes vieux parents que le test était décidément d'une dérisoire et bien trompeuse facilité : même si le système de sécurité ne permet plus à la porte qui se referme de ne produire qu'un petit claquement sec nécessite de tendre l'oreille tout en courant, j'arrive encore sur le palier avant lui, ce qui ne signifie pas que je sois dans une forme olympique, loin de là.

posted by grossmann francis | 2/28/2003


mercredi  

Fenêtre sur cour N°5

Espion !

Vous voyez la dame à sa fenêtre ? On tenterait de se rapprocher, modestement, et avec le plus grand respect, de "Fenêtre sur cour, le film"

ZOOMRE ZOOM

posted by grossmann francis | 2/26/2003
 

Cette nuit, juste une petite pensée de la nuit :" Avec leur système de film, la fleur qui s'ouvre au ralenti s'ouvre plus vite que la fleur qui s'ouvre au normal...avec le ralenti, ça va plus vite ! faudra m'expliquer." Jean Marie Gourio, L'intégrale des Brèves de Comptoir 91-92 (N° 8)

posted by grossmann francis | 2/26/2003


lundi  

Finalement, je m'aperçois que j'ai du mal avec le théâtre. J'avais toujours pensé que ça allait sourdre de moi, un beau jour, et se répandre, comme une flaque qui s'agrandit, comme le flot montant d'une inondation, que cela viendrait tout seul. Mais non. Cela ne vient pas sans efforts. Pas moins d'efforts, en tout cas, que pour tout ce qu'on peut lire ici. Pourtant, j'aurais cru. Le théâtre m'a collé à la peau tant d'années. Je n'arrive toujours pas à en finir avec le commencement. C'est comme un lent retour. C'est comme un lever de rideau qui tourne toujours court, presque un mauvais rêve. Le rideau retombe aussitôt, semant la panique dans les coulisses, se relevant, retombant, avec les comédiens qui attendent leur entrée en scène et qui s'impatientent, s'inquiètent, s'interpellent ("Alors ? On y va ? On n'y va pas ?"). Je commence à entrevoir pourquoi. Laisser venir ce qui veut bien venir. Ne pas forcer. Les trois coups. Déjà au Guignol, il y avait les trois coups. Pas de théâtre possible sans les trois coups. Trois textes, trois coups ? Les trois coups, c'est une sorte de mystère. C'est l'arrivée du grand méchant Loup. "Promenons-nous dans les bois, pendant que le Loup n'y est pas. Loup y es-tu ? Que fais-tu ?" – "Je mets mes chaussettes !" Etc. Comme vous le savez, les trois coups ne sont pas vraiment trois, ils sont beaucoup plus. Il y a d'abord, une multitude de petits coups, désordonnés, sans rythme défini, répondant en écho au brouhaha de la salle, qu'ils étouffent petit à petit ; le loup est loin, il en est encore à sa culotte ; il y a toujours un peu d'angoisse, mêlée de bien-être, dans le silence qui se fait lentement, comme à regret ; toc toc o toc toc toc o toc toc toco toc "Loup y es-tu ?", silence, suspension ; Tac : réponse, un coup, deuxième silence, éclat, le Loup arrive; Tac : deuxième coup, le rythme advient, silence, le loup est tout proche; Tac : troisième coup, le loup est là. Le rideau se lève, vite, toujours (un lever de rideau ne doit pas être lent, c'est une guillotine à l'envers, ça doit trancher, ou plutôt accoler, réunir brutalement). Résolution de l'attente, fin de l'angoisse. Tout s'ordonne. Tout converge. La scène, ce nouvel espace qui majestueusement se découvre, c'est le Loup. La scène nous mange, elle nous avale, confiants, frissonnants. Nous ne sommes plus une assemblée disparate, nous sommes devenus un seul regard, nous sommes le public. Souvent, la scène fait mine d'être surprise par nous. Le rideau se lève sur une conversation en cours, par exemple, celle de Sganarelle et de son collègue sur le tabac, dans le Don Juan de Molière, ou bien sur le silence d'un espace vide, bientôt rompu par un appel, qui projète un personnage en cherchant un autre sous nos yeux, et qui soudain, nous apercevant le regarder s'affoler, s'interrompt un instant pour nous tenir au courant de la situation et reprend sa recherche, genre, "tiens, vous êtes là, vous ? je ne vous avais pas vu, mais tant qu'à faire, puisque vous êtes là, etc." Il nous met dans la confidence, nous rattrapons l'action en cours. Nous avons fait irruption dans leur monde, c'est ce qu'ils veulent nous faire croire, et nous les croyons, ravis, alors que bien sûr, c'est l'inverse. J'aime que le rideau s'ouvre sur une aube et se ferme sur un crépuscule. Unité de temps. Je suis un fan de la règle des "trois unités" (c'est la seule règle qui distingue profondément le théâtre de la littérature. En ce sens, le cinéma est bien plus proche de la littérature que le théâtre. Il supporte les ellipses, lui. On dit que Shakespeare, le théâtre élisabéthain en général, le théâtre du siècle d'or espagnol, avaient brisé le carcan par avance. C'est faux. Il y a, par exemple, une profonde unité dans les pièces "historiques" du grand Wil, rythmées par l'éternel retour. Deux tétralogies, deux cycles : printemps, été, automne, hiver. Deux fois.) Comment cela a-t-il commencé ? Par le théâtre de marionnettes, le Guignol du Luxembourg, très certainement. Et le souvenir de mon père, récitant des poésies (il avait été fait prisonnier pendant la guerre, il avait appris des poèmes, au stalag, de Miguel Zamacoïs et d'autres. Des poèmes de résistance, il nous avait raconté qu'il les disait, après les commandos, et la maigre soupe du soir), Mais aussi mon cousin Jean Pierre qui m'avait emmené, vers 57 ou 58, dans les coulisses du théâtre de Reims où il faisait de la figuration dans une "revue" je me souviens le titre : "Les aventures de Monsieur Subito". Je me souviens précisément d'avoir monté un résumé très approximatif de l'Avare de Molière (la scène avec La flèche, et celle de la cassette – "Au voleur, au voleur !") pour une veillée en colo. j'avais, déjà, en vrai despote, dirigé les répétitions tout au long du séjour. Nous nous étions fait des perruques de coton hydrophile, des moustaches au noir de charbon, et avions remontés nos chaussettes de ski par-dessus nos pantalons en guise de hauts de chausse. Mais surtout, je me souviens de mon propre théâtre de marionnettes, un simple châssis articulé, découpé dans du contre-plaqué décoré, qui faisait un castelet tout à fait acceptable. Un système très simplifié de cintres permettait d'accrocher des "toiles de fond" en carton figurant intérieurs bourgeois, places de villages ou forêts profondes. J'avais été émerveillé par la figuration d'une tempête de neige dans une "Aventure au Pôle Nord" aux Marionnettes du Luxembourg et par les jeux d'éclairage qui parvenaient à donner une impression d'une vitalité chaleureuse à chacun des spectacles. Je tentai de les reproduire à l'aide de lampes de chevet et de prolongateurs. Je faisais le noir dans notre chambre, j'installais mon frère en guise de public, je frappais les trois coups, tirai le rideau de doublure cramoisie, m'emmêlais dans les fils électriques, faisais la lumière. Le décor figurait la campagne sous la neige. Sur un côté de la scène un arbre nu en carton découpé, de l'autre une maison avec porte et fenêtre, simples trous ouverts sur la toile de fond en arrière plan. Les flocons de neige étaient figurés par des confettis patiemment déchirés un par un dans des feuilles de mes cahiers d'écolier, Caché derrière le théâtre, j'en jetais en l'air une ou deux poignées qui retombaient fort joliment, ma foi. L'histoire n'avançait jamais plus loin. Je reprenais sans cesse au début, par perfectionnisme, telle ombre ne s'étirant pas assez ou trop, la neige épargnant une partie du décor et qui aurait retomber plus uniformément.

posted by grossmann francis | 2/24/2003
 

vous voyez bien qu'il fait beau !

Fenêtre sur cour N° 4 : il fait enfin beau (au fond, les tours du treizième).

posted by grossmann francis | 2/24/2003


vendredi  

Pensée de la nuit N° 7 : "Le sentiment hypochondriaque est l'obsession de veiller sans relâche sur son propre corps, tel un gardien, un espion, un surveillant, un témoin de soi-même. L'hypochondrie est une sorte de tendresse du corps pour lui-même, telle une mère qui veille son enfant malade, et l'assure, par la maldie, Tel un interprête aussi, qui écoute avec un mélange de compassion et de cruauté, son instrument dont il veut connaître et soigner la blessure. Car avoir mal au piano, ou à la musique, c'est en fait avoir mal au temps. Gould jouant semble parfois un noyé voulant sortir de l'eau du temps et s'arracher à ses remous par les yeux, les lèvres, les mains, le corps tout entier tournoyant. En ce sens aussi, d'un transport vers un au-delà du temps, il rejoignait, sans peut-être le savoir lui-même, les expériences de la mystique. Glen Gould cherchait la limite la plus difficile, entre la musique et sson corps. Parfois, son attitude corporelle semble aussi exposée que s'il se sentait persécuté par la musique. Michel Schneider, Musique de nuit.

posted by grossmann francis | 2/21/2003


mercredi  

Je me souviens du monôme du bac (si vous vous en souvenez aussi, écrivez-moi). Je crois que c'est un rituel collectif qui a disparu dès la fin des années soixante. Je crois même me souvenir du dernier monôme du bac. Cela devait être en 65 ou en 66 (probablement 65, parce que curieusement, j'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de monôme l'année où j'ai réussi mon bac), mais peut-être pas. Je peux avoir oublié les suivants à cause de "soixante huit", ou alors parce que je ne me sentais plus trop concerné. Mais je crois bien que les monômes n'avaient déjà plus lieu dans les années soixante-dix, ou seulement sous une forme très édulcorée. Bref. Je me souviens d'une foule immense qui remontait le boulevard Saint Michel et dévastait tout sur son passage. Je me souviens d'une formidable sauvagerie. Ce jour là, d'ailleurs, tous les commerçants baissaient leurs rideaux de fer. Cela ne ressemblait en rien à une marche de protestation, une "manif". Aucune revendication, aucun slogan, pas de banderoles, seulement une marée humaine s'avançant à toute vitesse, remontant le Boul'mich en quelques minutes, portant des arbres déracinés, des kiosques et même des colonnes Morris, comme une vague sur la plage, qui fait s'écrouler les chateaux de sables (les "manifs au contraire, sûres de leur force, avancent lentement, prennet des heures. C'est ça, d'ailleurs, la "force tranquille") Aucune sérénité dans les monômes, ou alors crispée, comme dirait René Char. Une joie (une folie) furieuse, païenne, aigüe, aussi peu sûre d'elle que ne l'est la "fragile" jeunesse. Choc frontal avec la police, qui attend la vague, sur plusieurs rangs, à la hauteur du Mahieu, ou de Capoulade. Coups de matraque. Os qui craquent. Sang qui gicle. Scènes de violence assez ordinaire de la deuxième moitié du vingtième siècle, au mois de juin, à Paris, chaque année. On n'a d'ailleurs plus, de nos jours, idée de la violence de ces temps-là.

posted by grossmann francis | 2/19/2003
 

Je viens de faire une petite ballade parmi les liens de la LCD. C'est donc illico que je vous dirige presto sur cette page de "Photomontage", mignon, non ? (On devrait visiter "Photomontage" plus souvent. On y trouve une belle idée par jour, au moins).

posted by grossmann francis | 2/19/2003
 

Pensée de la nuit N° 6 : "On peut voir regarder mais on ne peut pas entendre écouter" Marcel Duchamp

posted by grossmann francis | 2/19/2003


mardi  

Fenêtre sur cour N°3. Je triche un peu (déjà). C'est plutôt fenêtre sur rue (mais je n'ai pas de fenêtre donnant sur la rue...)

en bas de chez moi, exactement.

posted by grossmann francis | 2/18/2003
 

Pour en finir avec les rencontres fortuites de célébrités plus ou moins célèbres aux coins des rues, dans les queues de Cinéma ou aux caisses des supermarchés (ce qui est vraiment rare, mais qui arrive, parfois, enfin, de temps en temps), voici une petite histoire, vraie évidemment, qui date du week end dernier. Nous traversions Paris en voiture par un de ces après midi d'hiver, froids, ensoleillés, revigorants, propres à nous sortir momentanément de nos déprimes. Nous allions du quartier chinois (où nous avions sacrifié, pour le déjeuner, au rite du "Pho" dominical) au quartier de Bucy en passant par celui des Gobelins, le quartier latin évidemment, et celui de l'Odéon (qui, comme dit Eric Hazan dans "l'invention de Paris", se distingue tout à fait du quartier Latin sans qu'on puisse en dire exactement les frontières), à la recherche d'une galerie de photos où on exposait les œuvres de Francesca Woodman, quelque part entre la rue Mazarine et la rue de Seine. Je conduisais. Mon ami Franklin, à qui je venais de raconter ma "rencontre" avec Michel Serres, mon "croisement" devrais-je plutôt dire, si c'était possible, enfin ma "non-rencontre", s'écria soudain, alors que nous nous engagions dans la rue de Médicis, après avoir traversé la place Edmond Rostand, et, que nous commencions à longer les grilles du jardin du Luxembourg qui, à cet endroit-là hébergent avec bonheur, depuis quelques années, des expositions de photos en plein air, et que nous patientions au passage clouté qui relie la terrasse du café le Rostand à l'entrée du jardin (un des segments de la ville que je trouve des plus charmants, beaucoup de scène de "la maman et la putain" de Jean Eustache y sont filmées), mon ami franklin, donc, s'écria : "Tiens, Jospin !" J'avais déjà accéléré au feu vert, parce qu'à cet endroit, c'est bien connu, si on ne fonce pas, les piétons continuent de traverser au vert, au mépris le plus criant du code de la route, avec la plus grande impolitesse. Je ne vis donc pas Jospin. Mais on peut dire en toute logique que ce fut comme si je l'avais croisé moi même, moi aussi, enfin lui aussi, si je puis dire, à partir du moment ou mon ami Franklin l'avait aperçu et que je ne mettais ni sa parole ni son sens de l'observation en doute. Comme je fonçais dans la rue de Médicis enfin dégagée de sa piétaille et que, malheureusement, je ne pouvais me retourner pour vérifier et tenter d'apercevoir, au moins, les célèbres frisettes blanches un cran au-dessus des têtes piétonnières, je demandai, en conduisant, à mon ami Franklin de me conter par le menu la scène qu'il venait de voir. "Oh, rien de spécial, me répondit-il, il était là, au bord du trottoir, il attendait de traverser, tout seul - c'est à dire, vu la foule qui l'entourait, sans escorte notable, ni gardes du corps ni autre célébrité politique, ni Noelle Châtelet etc. - Jospin, quoi, le vrai, le basiste, le neo-anonyme. " Je ne sais pas pourquoi, ça revigore toujours de croiser des célébrités, ça rend gai. C'est peut-être, il faudrait vérifier ça par de savantes statistiques, que ça porte bonheur. On adore dire qu'on a croisé une célébrité. Ça revigore. Ça vous grandit ; Ça rapetisse le monde, en fait une sorte de village ; vous pouvez constater de visu que, toutes célèbres qu'elles soient, elles se brossent potentiellement les dents ou se mettent les doigts dans le nez ou elles remontent leurs chaussettes, qu'elles fréquentent les librairies les tabacs et les laveries automatiques (enfin, pas sûr, pour les laveries) tout comme vous. Un peu de leur célébrité rejaillit sur vous, automatiquement, et vous vous sentez un autre homme, une quasi-célébrité, vous aussi. Je me recarrai sur mon siège, tendis les bras et empoignai le volant : J'étais l'homme qui conduisait à travers Paris l'homme qui avait aperçu Jospin au coin de la rue de Médicis. Cela vous posait là, non ? Et Franklin en rajoutait : "L'autre jour, c'est Tibéri que j'ai croisé. C'était tard le soir, il marchait dans la rue, sans chauffeur ni limousine, les mains enfoncées dans les poches de son loden, c'était lui je te jure, il baissait les yeux, il faisait une drôle de tête !" – "Et xavière, il n'était pas avec Xavière ?" m'enquis-je en proie à la plus grande angoisse – "Non, il était tout seul, te dis-je, il rentrait chez lui, sans Xavière, ça c'est sûr !" etc. Ah, Paris sera toujours Paris !

posted by grossmann francis | 2/18/2003
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