| CISCOBLOG « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal |
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vendredi Une jeune pousse, qui promet... mérite déjà le détour !
posted by grossmann |
3/31/2006
Il
est difficile de se faire une véritable idée la bibliothèque de Babel,
celle de Borges. Elle contient non seulement tous les livres qui ont
été écrits dans le passé, ce qui, impossible en réalité, peut encore
théoriquement se concevoir, mais aussi tous les livres du futur, tous
les livres à venir. Elle contient absolument tous les livres, tous ceux
qui on été ou seront écrits. Ce qui revient à dire que tout a toujours
été écrit et que tout est toujours la réécriture d'un livre déjà
existant de toute éternité. Il ne faut pas chercher lequel à moins de
croire en Dieu. Aucun livre n'est orphelin. tout livre est fils ou
fille de livres. Ces lignes même que vous lisez en ce moment, qui,
magré leur désir de liberté, ne peuvent se détacher de vos yeux, ces
lignes mêmes, par exemple, ont déjà été écrites sur la colonne d'un
temple d'Uruk, en 3459 avant jésus christ ou bien seront écrites en
3005, redécouvertes 150 ans plus tard sur la carlingue d'une épave de
vaisseau dérivant au large de Proxima Centauri. De telle sorte que,
comme le dit Pierre Ménard, il est parfaitement possible de réécrire,
non pas de copier de mémoire, mais d'en inventer une nouvelle version,
de l'écrire à nouveau, absolument conforme à l'original, encore plus
exact que l'original, pour ainsi dire, n'importe quel livre du passé
("Don Quichotte" ou "les Misérables"), à condition de se mettre le plus
exactement possible dans la peau de son auteur pour le faire vivre à
notre époque (donnez aussi un milliard de machines à écrire à un
milliard de singes, laissez les taper n'importe quoi pendant un
milliard d'heures et il en sortira très certainement une version
d'Hamlet de Shakespeare parfaitement identique à l'original, en vertu
du fait qu'on peut parfaitement décider de regonfler une roue crevée,
sans pompe à vélo, en la tenant simplement en l'air : le fait que
suffisamment d'air se retrouve un jour dedans, par le simple jeu du
mouvement naturel des molécules, est une certitude mathématique, il
suffit d'avoir un temps infini) Et encore peut-on faire abstraction des
livres du futur, des volumes en eux mêmes, puisqu'on a la certitude
qu'ils ont déjà été écrits dans le passé et que donc, en cherchant bien
dans la bibliothèque on les retrouvera à tous les coups. Et, de fil en
aiguille, pourquoi ne pas alors faire abstraction des livres du passé
eux même, puisque, toujours en cherchant bien on pourra toujours en
trouver un exemplaire déjà écrit auparavant. On pourra même dénicher le
livre unique qui contient tous les autres de toute éternité, celui dont
la page centrale n'a pas de verso. Bien sûr il faudra (on ne prend pas
de risque à employer le futur) beaucoup de temps pour le dénicher, mais
il existe, caché au mieu d'un rayonnage. Ainsi j'ai trouvé hier à la
librairie "Compagnie", s'est offert à moi, le livre d'Antoine Vivaux,
"Senesco", dont je suis également bien entendu l'auteur, exactement
comme vous êtes vous même l'auteur de ces lignes, c'est à dire qu'en
les lisant vous leur donnez leur sens. C'est un livre écrit entre 1987
et 2004 à raison d'une vingtaine de lignes par jour pas tous les jours
qui est le journal intime de l'expérience du temps qui coule et du
vieillissement au jour le jour. Il s'agit de l'une des tentatives de
donner au temps une matérialté les plus pathétiques que j'ai jamais
rencontré ( avec, peut être, "Vingt lignes par Jour" d'Harry
Matthews"et "W, ou le souvenir d'enfance", de Georges Perec ou, dans un
autre d'ordre d'idée, "Ostinato" de René Louis Desforêts). Exactement
comme si j'avais trouvé le livre de tous les livres. Je ne l'ai pas
encore lu. Je ne l'ai même pas ouvert. Je l'ai rangé au milieu de ma
bibliothèque, parmi les autres.
posted by grossmann |
3/31/2006
jeudi L'une des énigmes les plus mystérieuses de tous le temps enfin résolue ! (via AEIOU) posted by grossmann | 3/30/2006 lundi Connaissez-vous Urville, en Provence insulaire ? posted by grossmann | 3/27/2006 samedi Un haïku par bain, 33
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3/25/2006
Mon cerveau, liquide ! Dedans se baigne un enfant Tandis que je trempe éclats de ciel Le
"Wasabi" est l'une de ces cantines japonaises, pas self-service mais
presque, qui servent des menus bon marchés juste en face du jardin de
Cluny, boulevard Saint Germain. On y trouve des sushis et des
shashimis, des étudiants, des cadres sups pressés et des touristes
hollandais ou sud africains. Le mobilier est résolument post moderne,
tout en courbes, en obliques et en couleurs pastel. On dit en général
que le poisson cru a un goût très subtil. En réalité chacun sait qu'il
n'en a aucun. Le riz au vinaigre de sushis n' a lui non plus aucun
intérêt gastronomique, il est en général collant et lourd. Les algues
des makis ont une consistance synthétique et particulièrement triste.
Mais la cuisine japonaise a su bâtir sa réputation sur un syllogisme en
béton : Au restaurant japonais on mange du poisson cru, or le poisson
cru doit se manger très frais, donc les restaurants japonais sont bons
pour la santé. Ce message quasiment subliminal passe très bien. On
pourrait donc dire que fréquenter les restaurants japonais "parce que
c'est bon" frise l'auto-flagellation. Ce qui est plutôt mon cas. Mais
j'ajoute immédiatement pour ma défense que les restaurants japonais ne
sont pas pires que les chinois glutamates où les grecs un peu gras.
Cela ne veut pas dire non plus qu'il n'existe pas de japonais
gastronomiques et on sait combien il existe de restaurants chinois
délicieux : je parlais juste de cantines (le restaurant japonais est
aux années 90 - 2000 ce que les tavernes grecques étaient aux années 70
- 80.) Dans la catégorie zéro étoiles, le "Wasabi" possède vraiment un
très bon rapport qualité prix. Je vais donc de temps en temps au
"Wasabi" quand je suis du côté de Saint Germain, mais aussi chez WAT,
j'en ferais de la pub une autre fois et je profite de cette note pour
dire, mais ça n'a pratiquement aucun rapport, que je regrette vivement
la fermeture du petit indien absolument délicieux et pas cher de la rue
Gracieuse - quel nom pour une rue ! - à Mouffetard) Ce jour-là, nous
étions donc attablés avec Nathan devant notre soupe miso et nos sushis
préemballés, j'étais dos au boulevard et je pouvais voir en contre jour
l'animation de la salle tout en mangeant. Un joyeux essaim
d'étudiantes occupait une grande table ronde, juste derrière nous.
Armées de cette bruyante certitude que confère souvent aux jeunes gens
le simple sentiment d'être ensemble, elles étaient toutes plus belles
les unes que les autres. Elles s'interpellaient et riaient à gorges
déployées, se sachant assez au centre des regards. Je remarquai que, de
temps à autres, dans la relative pénombre de la salle, la masse
mouvante de leur groupe était soudain zébrée d'une sorte d'éclair qui
me rappelait celui que fait parfois le dos écaillé d'une carpe qui
saute sous le soleil irisant la surface d'une rivière, ouvrant ainsi la
vanne de souvenirs estivaux de pêche à la ligne avec le même Nathan et
son frère Jérémie par un bel après midi poyaudin dont je lui fit
subitement part, interrompant le fil de notre conversation. Je pensai
vaguement à l'éclat d'un bijou ou du verre d'une montre. Mais il n'y
avait dans cette salle vraiment pas de soleil ni d'éclairage assez fort
pour produire un tel phénomène. Je restai sous le charme de l'image,
prêt à croire que la lumière provenait de la grâce même de toutes ces
jeunes filles heureuses. Elles se passaient un certain objet et se
penchaient les unes vers les autres avec des exclamations de joie qui
faisaient penser qu'elles avaient joué un bon tour à quelqu'un. Je
compris qu'elles se montraient des messages sur leurs téléphones
portables : les jeux de lumières étaient produits par les hasards du
maniement des appareils dont les écrans, d'où émanait cette lumière
étrange un peu surnaturelle qu'on pourrait qualifier de bleu ciel
"profond", se trouvaient, un bref instant, tout entiers face à mon
regard. Ainsi le soleil émanait vraiment de leur jeunesse réunie
puisque ces éclats de ciel bleu provenaient des baisers de leurs
amoureux. Non sans un peu de honte, je me sentis, en reprenant le fil
de la conversation avec Nathan qui n'avait rien vu, pareil aux fantômes
dont parle Kafka : "Ils attendent avidement, tapis dans l'ombre. Les
baisers écrits n'arrivent pas à destination. Les fantômes les boivent
en route. C'est grâce à cette copieuse nourriture qu'ils se multiplient
si fabuleusement. L'humanité le sent et elle cherche à lutter contre le
péril. Elle cherche à éliminer le plus qu'elle pouvait les fantomatique
entre les hommes. L'adversaire est tellement plus calme, tellement plus
fort. Après la poste il a inventé le télégraphe, le téléphone, la
télégraphie sans fil, mais nous nous périrons."
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3/25/2006
lundi Beaubourg (Big Bang)
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3/20/2006
Pensée de la nuit N° 98 : "Comme une fille/La rue s'déshabille/Les pavés s'entassent/Et les flics qui passent/ Les prennent sur la gueule" Léo Ferret posted by grossmann | 3/20/2006 samedi Longtemps
je me suis raconté des histoires avant de m'endormir. Je n'avais pas de
bougie à souffler et j'avais largement le temps de me dire" je m'endors
". C'est notre mère qui éteignait le plafonnier, pas question de le
rallumer. Têtes bêches dans nos lits gigognes depliés sur le terrain de
football ou l'autoroute de l'après midi, nous cachions des lampes de
poche et nous enfouissions sous les draps avec lequels, les matins sans
école, en guise de grasse matinée, nous faisions des cabanes. Mais le
soir, en semaine, nous n'avions même pas le droit de parler entre nous.
Plongé dans l'obscurité, allongé sur le dos, je fixais la clarté venue
des revèrberes du boulevard que filtrait la double épaisseur des volets
et des rideaux tirés. Au bout d'un moment, l'empreinte de la fenêtre
dérivait lentement vers l'extérieur de mon champ de vision et se
mettait à flotter dans le noir. Je clignais des yeux pour la remettre à
sa place, bien au milieu du mur. Le sommeil ne venait pas si
facilement. Parfois, à voix basse, je me risquais à demander à mon
frère s'il dormait. Un "Oui" énigmatique étouffé par les couvertures ne
satisfaisait qu'à moitié ma demande. La maison n'était jamais
complètement tranquille, même si les parents ne faisaient pas de bruit
: Ajouté à la rumeur de la circulation sur le boulevard, le passage de
la ligne de Sceaux sous l'immeuble faisait vibrer doucement nos lits,
situés au troisième étage, comme pour nous bercer, à des intervalles de
temps qui grandissaient en allant vers les heures creuses de la nuit
(aux heures pleines, en plein jour, ce mini tremblement de terre
inquiétait - et inquiète toujours - les visiteurs non familiers). Je
n'avais pas besoin de convoquer alors des images de terriers enfouis,
de nids douillets ou de chaumières : elles venaient toutes seules.
C'était un lumineux hiver moyenâgeux. La campagne etait toute blanche,
avec des traces de pas d'animaux bleutées sur la neige. La neige, en
cette contrée, n'etait pas si froide, même si tous les animaux
portaient un cache nez. C'était plutôt comme une variante de la crème
Chantilly, pour faire joli. Bien au chaud dans son terrier, Renard se
reveillait. Je racontais que Renard s'éveillait. Il portait un bonnet
de nuit avec un pompon, il étirait ses pattes. rien ne manquait au
mobilier rustique de sa chambre aux murs sphériques. Dame Hermeline,
déjà levée réchauffait le petit déjeuner dans une marmite ventrue sous
laquelle les flammes de la cheminée crépitaient. Dans la version pour
enfants illustrée du "Roman de Renard" qui nous servait de livre de
lecture à l'école, Renard traversait la rue pour rendre visite à
Ysengrin. On le voyait frapper à sa porte. Ysengrin était méfiant mais
curieux, avide et bête. Il passait sa truffe noire dans
l'entrebâillement de sa porte, encore en bonnet de nuit. Ysengrin s'
était mille fois déjà fait berner, mais il était si bête qu'il allait
se faire prendre une nouvelle fois. Non loin déjà la charrette des deux
marchands d'anguilles et de lamproies s'approchait, les paysans
cassaient la glace de l'étang et les moines en leurs monastères
suspendaient les jambons...
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3/18/2006
Un haïku par bain, 32 Grisaille et pénombre Je trempe dans l'ennui lent D'une journée vide posted by grossmann | 3/18/2006 dimanche Cela faisait des lustres que Ciscoblog n'avait pas proposé de nouveautés ! Voici donc quelques indispensables petits liens sans importance comme ce résumé définitif de "Brokeback moutain" (via Mes Lubies), ce splendide aperçu (La Boite à Images) de la peinture chinoise ancienne, ces jeux vidéos en légo (Flickr) et cette fascinante découverte bibliophilique (boing boing)
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3/12/2006
samedi Message du soir, 1 Le veau gras poussa la Fiat. posted by grossmann | 3/11/2006 jeudi De saison, chez Flickr
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3/09/2006
mercredi Je ne suis plus fumeur depuis longtemps mais j'adore cette histoire :
"Très cher et très honoré Don Alexandre. C'est avec le plus grand
respect que nous venons vers vous. Nous sommes les représentants de la
brigade numéro 3 des rouleurs de cigares de la fabrique "Particoles" de
La Havane, Cuba. Nous sommes d'enthousiastes admirateurs de votre
oeuvre. Nous avons eu récemment le grand honneur et le grand plaisir
d'entendre, de la bouche de notre lecteur, Don Césaro y Mortizas, votre
admirable roman "le comte de Monte Cristo" à plusieurs reprises. Il
nous a charmé, tout autant que vos "Trois Mousquetaires" et "vingt ans
après". En témoignage de notre admiration nous venons ici vous demander
la grâce de vous dédier notre tout prochain "figurado", "hecho a mano",
le meilleur cigare que nous n'aurons jamais produit, et de lui donner
le nom de votre roman : "Le Comte de Monte Cristo", auquel nous
ajouterons les six épées pointées sur une fleur de lys des "Trois
Mousquetaires" qui en seront la marque. dans l'attente d'une réponse
favorable de votre part, nous vous adressons, cher Don Alexandre, nos
très humbles salutations et l'expression de notre profond respect. la
brigade N°3 des cigariers de la fabrique "Particoles"."
On n'a gardé aucune copie de cette lettre. Il n'en existe aucune trace.
Quand bien même Alexandre Dumas l'aurait reçue il est fort probable
qu'il n'y ait jamais répondu. D'ailleurs cette lettre est un faux. Je
viens de l'écrire. Mais la légende dit qu'elle aurait pu être envoyée.
Puisqu'un celebrissime Havane porte le nom de son grand roman en
témoignage de l'admiration des ouvriers cigariers qui jusqu'à une
époque récente (il existe encore quelques "lectores" dans certains
ateliers cubains) roulaient les précieuses feuilles à la main en
écoutant les plus grands textes de la littérature, je ne vois pas
pourquoi on ne réécrirait pas leur lettre au grand homme. D'autres
disent que le "Monte Cristo" a été crée beaucoup plus prosaïquement par
Alonzo Menendes, le propriétaire de "Uppman" à partir de 1935 quand il
racheta la fabrique "Particoles", alors que Dumas et les cigariers de
la brigade N° 3 étaient morts depuis longtemps. Au début, Il s'appelait
"Le comte de Monte Cristo", mais ce sont les anglo saxons qui ont
insisté pour que l'on réduise son nom à simplement "Monte Cristo".
Quant à moi, je préfère croire à la légende. Regardez la photo
: au fond, derrière les rangées de torcedores, on distingue la
silhouette du lector assis sur une petite estrade. bien calé contre le
dossier d'une simple chaise, il lit le "Comte de Monte Cristo". Le
roman plane au dessus de l'atelier. "Verba volent, scripta manent" : on traduit le proverbe à tort. Les mots proférés volent, oui. Les mots écrits, eux, ne décollent pas.
posted by grossmann |
3/08/2006
la lecture d'une "histoire de la lecture", d'Alberto Manguel m'incite à rouvrir le rubrique "J'ai lu" ( comme lecture de ma lecture d'une histoire de la lecture (j'aime bien les compositions en abîme)...? )
posted by grossmann |
3/08/2006
Un haïku par bain, 31 Ô bain bien aimé,
posted by grossmann |
3/08/2006
En manque d'inspiration Je choisis la douche ! vendredi "Vivement
que l'hiver finisse, les français en ont marre !" C'est ce que titrait
à peu près, je cite de mémoire, "Le Parisien" d'il y a un jour ou deux.
Pour une information, ça c'était une information ! Heureusement qu'un
journal nous parlait des intempéries parce que nous ne nous en étions
pas aperçu. Voilà une "une" qui montrait bien l'absolue nécéssité de la
presse ! Je ne suis pas un lecteur régulier du "Parisien". C'est un
journal populaire, bien fait, honnête, qui n'a plus rien à voir avec la
feuille de chou poujadiste d'il y a dix ou quinze ans. Cela ressemble
beaucoup à une "version papier" du journal télévisé de Claire Chazal,
avec Claire Chazal en moins. Rien à voir avec la virulence quasi
extrêmiste des tabloïdes anglais ou allemands. On ne peut pas dire non
plus qu'il brille par l'indépendance de son opinion ni l'intransigeance
de sa pensée. Il prétend reflèter l'expression de la "moyenne" , celle
de "monsieur" et" madame" "tout le monde", ses pages sont truffées de
petits commentaires de gens de la rue, de parisiens dont chacun sait
qu'il vaut mieux les "avoir en journal", comme dit la pub, des "radio
trottoirs" receuillis auprès de ce que les instituts de sondage nomme
un "pannel représentatif". Le tout et donc assez consensuel, eau tiède
et plutôt bien pensant. Pas aussi "à droite" que des lecteurs de
journaux comme moi, élevés au biberon des "années Libé" pourraient le
croire. La Une en était affichée à l'entrée du "Pavillon Bleu" où je
vais prendre presque tous les jours mon petit noir matinal en
feuilletant "Libé" et "l'Equipe" qui sont des journaux d'aristo. Je ne
me souviens plus du titre du "Libé" du jour, accrocheur pourtant comme
d'habitude, mais beaucoup moins en phase avec ce que tout le monde
pouvait ressentir ce matin là autour du zinc du "Pavillon bleu".
J'avais d'abord pensé que c'était un titre complètement nul. Ca c'était
une info, la météo ! et puis je me suis dit que finalement, il n'y
avait peut être rien d'autre à dire. D'ailleurs un titre comme ça cela
signifiait très précisemment que devant l'obligation de faire un titre
tous les matins, ce matin là, justement, les rédacteurs du "Parisien"
n'avaient pas du tout eu l'envie de faire un titre. Ne rien monter en
épingle. Faire une petite pause dans l'actualité spectacle et la
noirceur du monde. Une manière de dire pouce, n'en jetez plus, la cour
est pleine, de baisser les bras devant la complexité des choses.
Arrêter de feindre d'être les organisateurs de mystères qui les
dépassent. Un instant ne plus nous faire croire que leur mission est
pédagogique. Parler du temps, comme on veut toujours le faire quans on
ne veut pas parler d'autre chose. C'était juste glauque, comme tout le
reste de l'actualité de ce matin-là, je ne vous fais pas un dessin,
mais ça ne tuait personne, au moins. C'était l'exact reflet de la
déprime ambiante. La une du "Parisien" répetait exactement ce qu'il y
avait dans nos têtes, avec une tranquille évidence, sans détours ni
grandes phrases. Un sentiment de vide au bord de la résignation mais
pas tout à fait. De quoi les Français (moi, vous qui entrez tous les
matins dans vos Pavillons bleus à vous pour acheter vos clopes ou vous
en jeter un vite fait au zinc) ont-il raz le bol ? Du temps, de l'air.
C'est ça, l'air du temps. Raz le bol de l'hiver. Au diable L'Irak, le
déclin économique et la nullité de l'équipe de France. On n'arrive plus
à penser. tout juste au temps qu'il fait. Le "Parisien" a très bien
saisi cela. Il nous le renvoyait comme un miroir.
posted by grossmann |
3/03/2006
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