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mercredi
mardi Pensée de la nuit N° 22 :"Alors que les êtres et les choses témoignaient sans relâche de sa présence au monde et qu'il lui semblait, jour après jour, apprécier un peu mieux son sillage parmi eux, un homme découvre que tout ne répète plus, désormais, que sa propre absence. Quand et comment cette inversion s'est-t-elle opérée ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, ce sentiment d'une perte est peut-être la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait rien vu jusque là, se dit-il. Et, à plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'iln expérimente maintenant tous les jours : que la beauté, alors même qu'on la touche, est déchirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cet homme va, vient et se dépense sans compter" Marcel Cohen, Faits, lecture courante à l'usage des grands débutants. posted by grossmann francis | 4/29/2003lundi décidément, le roi des collages règne bien à daysofmylife.org posted by grossmann francis | 4/28/2003dimanche Fenêtre sur cour N°17 (je pensais que la série était close : il
n'en est rien ; les thèmes sont décidément inépuisables, par
nature) samedi La cafétéria de l'hôpital de Longjumeau est comme un grand aquarium posé au milieu de la salle d'embarquement d'un aéroport de seconde zone. On peut y trouver la presse qui se presse justement sur des étagères trop exiguës, des sous-marques de jouets en mauvaise matière plastique et des meubles de jardin en guise de mobilier. C'est un exemple particulièrement raté de la campagne "d'humanisation des hôpitaux" lancée il y a douze ou quinze ans et qui peine encore à décoller. C'est essentiellement un endroit triste. On y croise des brancardiers en fin de service, des vigiles qui prennent le leur, des patients désœuvrés du "septième CD" ou du "sixième AB" accoudés au bar tout emmêlés dans leurs perfusions qu'ils ont descendue par l'ascenseur en poussant et tirant l'encombrant pied à roulette, des enfants chauves et leurs mamans aux yeux cernés et des ambulanciers entre deux courses qui lancent à la cantonade des vannes salaces sans aucun égard pour les enfants chauves et les mamans aux yeux cernés. Le café, servi dans des gobelets en plastique est bon. Surprise. Aviez-vous remarqué que le café est toujours bon dans les cafétérias d'hôpitaux ? J'ai une certaine expérience : il en est de même à Evry et à Corbeil. D'ailleurs on devrait faire un guide des cafétérias d'hôpitaux de banlieue, distribuer des étoiles (en forme de béquilles entrecroisées) je soufflerai l'idée au Routard. La cafétéria de l'hôpital de Longjumeau obtiendrait zéro béquille, celle de l'hôpital d'Evry, en revanche, en mériterait trois. C'est un lieu animé, chaleureux. Tout à fait paradoxalement, c'est le seul lieu convivial du quartier du Canal, de sinistre renommée, où se trouve l'hôpital d'Evry. Les p'tits loubs désœuvrés et sans le sou y côtoient les travailleurs affairés, ambulanciers, brancardiers, patients de l'unité psychiatrique, infirmières de médecine qui viennent commander leurs casse-croûtes de midi pour ne pas déjeuner à la cantine et internes qui se draguent pendant la pause café. Le gérant a réussi un beau pari : les jeunes s'installent à quatre ou six autour d'un seul café, vendu à prix dérisoire, restent autant qu'ils le veulent à condition de débarrasser leur table eux même et de ne pas écraser leurs cigarettes par terre. C'est un espace de paix relative qui contraste avec la violence qui règne aux urgences, à l'autre bout du bâtiment. Pour exemple : Nabil K. Il habite dans les appartements délabrés d'en face, il passe la journée là, en survêt, la casquette Nike vissée sur le crâne à causer avec chacun, l'appeler par son prénom, tenter de rire aux bon mots et taper dans la main pour dire bonjour. Le soir, quand il vient aux urgences en pantoufles, au sortir de son insomnie, parce qu'il ne supporte plus son angoisse de psychotique, qu'il a envie de taper sur sa mère parce qu'elle en a marre de le voir toute la journée sans rien faire, il est déjà tout hérissé contre l'agressivité des infirmières épuisées, il ne ressemble déjà plus au bon gars du comptoir, il est prêt à rentrer dans le lard du psychiatre de garde qui va, une fois de plus, être mis en demeure de lui rendre la pêche d'avant : "Avant la bouffée délirante, j'étais bien, j'avais la pêche, quoi. Vous pensez qu'on peut récupérer d'une bouffée délirante ? Vous pensez que je vais redevenir comme avant, retrouver la pêche ? J'ai plus jamais la pêche. Avant, j'avais la pêche, vous voyez ce que je veux dire, la pêche ? Je voudrais retrouver la pêche, comme avant, vous entendez ? Je vais la retrouver la pêche vous croyez ?" Et il va rentrer chez lui, sans la pêche, pas rassuré, pas rassurable, toujours à la recherche de cette foutue pêche irrécupérable. La nuit blanche va être longue. Nabil K. passe littéralement sa vie à l'hôpital, bon garçon, cordial, le jour, à la cafet', fou la nuit, désespéré, aux urgences. La cafétéria de Corbeil, est, elle aussi, complètement ratée. On l'a aménagée dans un couloir, en plein passage. Il faut faire la queue pour s'asseoir sur des tabourets de torture. Il n'y a pas d'espace fumeurs : on les aligne sur un banc, à l'écart, une vraie cour des miracles. On attribuera une seule béquille, à peine. Au guide des salles de garde, en revanche, celle de Longjumeau pourrait bien obtenir trois étoiles (trois bites volantes ?, trois moules en fleur ?) non pas pour ses fresques paillardes qui viennent d'être restaurées avec un soin digne de la chapelle Sixtine, mais pour la qualité roborative de sa cuisine. J'y arrive à la fin du repas à cause du fait que je ne vais tout de même pas me taper un déjeuner roboratif (j'ai remarqué qu'en garde mon appétit était décuplé, allez savoir pourquoi) tout de suite après mes deux tartines du petit déjeuner et à cause de tout le temps que j'ai passé à lire les journaux et surtout l'Equipe (j'adore, quand j'ai le temps, lire l'Equipe entièrement, d'un bout à l'autre, même les articles sur les sports orphelins (orphelins comme on dit maladies orphelines) pratiqués par deux cent personnes dans le monde, genre Polo à dos de zèbre ou jeux de quilles régionaux et dont l'Equipe met un point d'honneur à rendre compte (je parlerai un jour de ma passion pour l'Equipe, je n'en saute pas un numéro ni le mardi, ni le dimanche (depuis qu'elle paraît le Dimanche) La salle de garde de Longjumeau occupe très certainement une ancienne salle commune de l'ancien hôpital. Il y a une hauteur de plafond royale et d'immenses fenêtres. La table ( en réalité un assemblage de tables à la file les unes des autres qui forment un grand fer à cheval tout autour de la pièce) est recouverte, selon la tradition, de grands draps blancs en guise de nappe. Au milieu du petit côté, on peut apercevoir le siège, que dis-je le trône, de l'économe surmonté d'un énorme phallus en plâtre peint (le plâtre ne manque jamais dans les salles de garde à cause de la chirurgie orthopédique, ce qui explique aussi que les internes sont assez doués pour la sculpture : il y a aussi des culs en relief sur les murs, moulés certainement d'après nature ainsi que divers entre-cuisses féminins réalisés lors de chaudes soirées de tonus débridés). L'étiquette de la salle de garde est assez relâchée le week-end : on n'est pas obligé de toucher l'épaule de chaque convive en arrivant, on n'est pas obligé de s'asseoir à la file et de respecter "la quinconce", on peut parler médecine sans se faire "taxer" (faire le tour de la table à quatre pattes, par en dessous ou par au-dessus, rouler une pelle à son voisin de droite ou de gauche, chanter une chanson, offrir une bouteille de whisky, se déculotter et montrer son cul à l'assistance), on n'est pas obligé de demander la permission à l'économe avant de se lever. De toute façon, il a filé depuis longtemps dans son service faire des courbettes à l'assistant qu'il insultait probablement il y a une heure ; de plus, le café est déjà sur la table, ce qui, selon les règles, met fin à toutes les prescriptions rituelles. Les reliefs d'un déjeuner pantagruélique jonchent honteusement la table et une partie du sol. Dans un coin, une interne à lunettes, bien comme il faut, probablement pucelle, indifférente à ce désordre, termine son café et parle doctement du tiers monde avec un jeune stagiaire en dermato africain qui n'en pense pas moins, à propos des pucelles et du tiers monde. Je déblaye un autre coin de la table pour poser mon couvert. (Toujours extrait de la tentative d'épuisement du week end qu'on peut toujours lire en cliquant en LCD) posted by grossmann francis | 4/26/2003Pensée de la nuit N° 21 : "Dès lors, tout s'agite : les idées s'ébralent comme les battaillons d'une grande armée sur le terrain d'une battaille, et la battaille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseingne déployés : la cavalerie légère des comparaisons se developpe par un magnifique galop ; l'artillerie de le logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d'esprits arrivent en tiralleurs ; les figures se dressent, le papier se convre d'encre, car la veille commence et finit par des torrents d'eau noire comme la battaille par sa poudre noire." Honoré de Balzac : Traité des Excitants Modernes posted by grossmann francis | 4/26/2003vendredi "Sept jours" : Mercredi jeudi Suite du texte inachevé du 23 avril : Je me souviens que Ludvig Wiitgenstein et Adolf Hitler avaient été dans la même classe à l'école communale. Cela m'est revenu parmi les rayons de l'Arbre à Lettres quand je suis tombé sur le livre d'Antoine Billot, "Les desarrois de l'élève Wittgenstein" publié dans la collection "l'Un et l'Autre" (elle n'a jamais si bien porté son nom) chez Gallimard. Je me permets de reproduire, sans autorisation aucune, cette phrase de Hitler, dans Mein Kampf, qu'on peut lire sur la quatrième de couverture : " A la realschule de Linz, je fis la connaissance d'un jeune juif avec lequel nous nous tenions tous sur nos gardes. Je regrette que le chercheur internationnal de vérité qu'il est devenu ne soit pas présent pour tirer enfin les leçons de l'histoire". Brr... posted by grossmann francis | 4/24/2003Dans un match Manchester United contre Real de Madrid je préfère souvent le Real posted by grossmann francis | 4/24/2003"Sept jours" : Mardi Les services d'urgence sont rarement agités en début de matinée. A cette heure, on fait le ménage. Les chariots des ASH prennent, dans les couloirs, la place des brancards. On achève de chasser les derniers ivrognes dégrisés et hébétés. On retape le décor à la va vite pour la prochaine représentation. C'est comme au cirque, quand on ratisse la piste. Le spectacle est permanent. On jette les draps pleins de sueur de sang et de larmes dans les conteneurs réservés à cet usage. On recharge les dévidoirs, on envoie le matériel souillé à la stérilisation. On fait place nette. Les premiers arrivants, en fin de matinée ou début d'après midi auront cette impression d'ordre de calme de propre et de froideur qu'on prête toujours aux hôpitaux. Ceux de la soirée et de la nuit auront cette vision d'horreur de souffrance d'étouffement et de cour des miracles qui en est l'image inverse et tout aussi vraie. Les infirmières, vêtues de blouses aux rayures roses, prennent le petit déjeuner dans une petite pièce à la porte entrouverte en faisant les transmissions et en échangeant des plaisanteries. C'est une heure chaleureuse, joyeuse. Aux lits-porte l'atmosphère est plus laborieuse. Les médecins font la "visite". La veille passe le relais à la garde. Ou l'inverse. Les lits-porte c'est un peu la consigne de l'hôpital. Les patients sont en souffrance : ils attendent de savoir ce que l'on va faire. Les garder ou les renvoyer chez eux. Mais pour ce matin c'est une petite dame qui m'attend, blottie seule au fond de la salle d'attente. Elle a un visage de petite fille tout rougi d'avoir trop pleuré, encadré de mèches blondes comme les blés. Elle me suit dans mon bureau. Elle est comme sidérée, confuse de chagrin. Entre hoquets et sanglots, elle me raconte cette histoire extraordinairement triste : Elle est mariée avec Alain depuis vingt ans. Elle a trois enfants : une grande fille de dix-huit ans et deux garçons, un grand qui a treize ans et un petit de six ans. Elle, on lui en donne tout juste vingt-cinq, mais sa fiche d'entrée m'apprend qu'elle en a trente-neuf. Elle travaille à la poste, avec Pascal. Elle est tombée amoureuse de Pascal. Depuis deux mois. Un coup de foudre terrible. Elle a été emportée comme par une crue. Elle est éperdue d'amour. Pascal aussi. Il est marié et a lui aussi des enfants. Elle vient de quitter Alain, c'est une décision irrévocable, elle ne peut plus vivre avec lui. Il est resté effondré à la maison. Mais elle ne veut forcer Pascal à rien. Elle est partie tout droit sans rien emporter et elle est arrivée dans cet état d'hébétude aux urgences, accompagnée par une dame qui n'a pas pu la laisser comme ça, seule dans la rue. On pourrait dire que c'est comme au cinéma ou comme dans les livres, mais pourtant ça se passe à Chilly-Mazarin par un matin d'hiver gris et ça n'a rien de romantique. Elle se croit folle, elle se demande ce qui lui arrive, pas le coup de foudre, pas son amour pour Pascal, qu'elle accepte comme son destin, mais là, çà, cette douleur insoutenable qui l'étreint et qui la rend incapable même d'embrasser ses enfants. Elle dit qu'elle sait bien qu'elle n'a rien à faire à l'hôpital, qu'elle n'est pas malade, que c'est juste une tragédie qui lui arrive, mais elle reste là, droite sur sa chaise, la tête vide, et les larmes qui dégoulinent sur ses joues, comme si, quand même, elle attendait quelque chose de moi. Et moi, à qui ses larmes donnent envie de pleurer aussi, qui aurait envie de lui dire que cette douleur de partir, je l'ai déjà ressentie, comme elle, et qu'on ne peut vraiment rien y faire mais elle le sait déjà, et qui, malgré tout, me doit rester un minimum professionnel, comme on dit, je lui dis doucement que tout ça n'a rien à voir avec une maladie, mais avec ce qu'on nomme la passion et que je ne connais rien qui fasse plus mal que la passion. Je lui dis que si elle voulait rester un moment à l'hôpital, cela n'aurait rien d'illégitime. Elle cesse alors de pleurer, me regarde et me dit qu'oui, elle veut bien rester à l'hôpital. Je la laisse un instant pour aller chercher une infirmière des lits-porte à qui je raconte rapidement toute l'histoire et qui la prend tout à fait au sérieux : les infirmières des lits-porte préfèrent largement ce genre de psychiatrie de courrier du cœur à celle de la page des faits divers. Le chagrin d'amour est une folie qui garde un visage humain, pour ainsi dire. On a tous connu ça plus ou moins, un jour ou l'autre, on se sent capable d'aider. On peut comprendre, ce n'est pas comme la schizophrénie ou la paranoïa, radicalement étrangères, qui font salement peur. Je reviens avec l'infirmière. Elle emmène la femme qui pleure vers une chambre, au fond des urgences. Je me souviens, quand je suis revenu prendre des nouvelles un peu plus tard, de son visage posé sur la blancheur de l'oreiller, toujours aussi juvénile, toujours aussi désespéré. Après j'ai fait ma visite aux lits-portes. Il y avait une vielle dame qui était ravie de se retrouver là, qui connaissait la médecine par cœur pour lui avoir donné son corps de son vivant, et qui était venu là la veille "par les pompiers" à cause de je ne sais plus quel malaise, imaginaire, comme d'habitude. Elle ne s'était jamais remise de la mort de son père, il y a trente ans au moins et c'est pour ça qu'elle avait donné son corps à la médecine, pour ne jamais le donner à un autre homme. Elle parlait de son père comme si elle avait vu son cadavre la veille, avec des sanglots retenus. Et puis il y avait le jeune Emmanuel, qui avait pris une grosse cuite. Il habitait avec sa mère parce qu'il n'était pas capable de se débrouiller tout seul. Ils ne s'entendaient plus, il disait que sa mère l'avait mis à la porte parce qu'il buvait trop. Il travaillait dans un CAT, un Centre d'Aide par le Travail, il collait des étiquettes sur des enveloppes mais ça ne semblait pas l'aider beaucoup. D'habitude, ce genre d'ivrognes on les renvoie chez eux le lendemain matin, mais là, comme il n'avait pas l'air intelligent du tout et qu'il avait parlé de son injection mensuelle de neuroleptiques-retard, on ne savait pas quoi faire de lui, il fallait l'avis du psychiatre. Comme il avait tendance à rester debout, en pyjama, au milieu du couloir sans savoir quoi faire de lui-même, ce qui, outre le fait qu'il gênait, commençait plutôt à inquiéter les infirmières, on s'apprêtait, comme il ne pouvait pas retourner chez lui, à l'envoyer à l'hôpital psychiatrique en anticipant ma bénédiction. Je ne voyais pas trop ce que l'hôpital psychiatrique pourrait faire pour lui. J'ai appelé sa mère et lui ai demandé de venir chercher son fils, ce qu'elle a trouvé tout naturel nonobstant le calvaire qu'il lui faisait vivre, mais bon, c'était une mère de psychotique, elle l'emmènerait revoir son psychiatre avant la prochaine injection. Lui, il n'avait pas très envie de retourner chez sa mère, ni au CAT, mais je ne cédai pas d'un pouce, ce qui soulagea les infirmières : du moment qu'il ne restait pas dans leurs pattes, l'hôpital psychiatrique ou la maison, c'était du pareil au même, ça me regardait. Aux lits-porte, à Longjumeau il y a deux chambres spéciales : l'une, reléguée au fond, sans fenêtres, à un lit mais sans autre meuble, qui ne ressemble que d'assez loin à une chambre d'hôpital, d'ailleurs ce n'en est pas une à vrai dire, on l'appelle le "cabanon", on y met les ivrognes à dégriser ou tout patient à qui on ne souhaite pas faciliter le séjour (SDF divers, toxicos en manque, etc.) on peut la fermer à clé. L'autre, située tout près du bureau des infirmières, est au contraire une pièce de soins intensifs suréquipée d'appareils de tous genres, avec de l'espace pour s'activer autour du lit, prélude à la réanimation. On y met plutôt des comateux, des insuffisants respiratoires aigus, rarement les patients qu'on me demande de voir. Ce matin là, c'était le monde à l'envers : le cabanon était vide et la chambre de soins intensifs occupée par un beau bébé qui s'était tellement agité la veille qu'il avait fallu pour le calmer lui injecter un traitement quasi anesthésique, ce qui justifiait la surveillance spéciale, puisqu'il était dans le coma. C'était d'ailleurs un patient de cette chère Docteur X, un psychopathe alcoolique violent, connu des urgences, qu'il ne fallait surtout pas réveiller trop brutalement, selon les infirmières et même ses propres parents, qui se tordaient les mains dans le couloir. Les parents, comme d'habitude, étaient de braves gens tout à fait dépassés. Ils s'étaient séparés quand leur fils était tout petit et avaient gardé de bonnes relations. La mère avait quitté le père parce qu'il buvait. Ça avait marché. Depuis, il avait arrêté de boire, il avait refait sa vie. Pas la mère : elle avait continué de s'occuper des enfants, les avait gardé comme des bouts de son propre corps. C'est à eux qu' elle reprochait de ne pas couper le cordon ombilical. Le père était pétri de culpabilité et la mère à bout. Son fils l'étouffait avec le cordon pas coupé. Ils n'étaient pas d'accord avec la façon dont le docteur X s'occupait de lui. Quand il ne buvait pas, c'était un ange, mais ça lui arrivait de moins en moins souvent, quasiment plus, pour ainsi dire. Ils étaient dans l'impasse et dans l'angoisse. La mère s'inquiétait pour la survie de son fils. A mon avis, il y avait de quoi, surtout si c'était le docteur X qui continuait de s'en occuper, avais-je envie d'ajouter, mais, bien sûr je ne le fis pas. Les parents ne demandaient pas qu'on les rassure, ils demandaient qu'on écoute leur souffrance. Ce que je fis, parce que c'est mon métier. Pour ce qui était du bébé, vu les doses, il semblait fort probable qu'il ne se réveillerait pas de si-tôt et qu'on avait largement le temps de patienter jusqu'à la fin du week end où il pourrait, dessaoulé, revoir le docteur X si bon lui semblait. Je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus. Les parents en convirent. Ils reverraient le docteur X. (extrait de "la tentative d'épuisement d'un week end" qu'on peut lire en entier en cliquant en LCD) posted by grossmann francis | 4/24/2003mercredi "Sept jours" : Lundi Tout le monde sait...non. Si j'écris : "tout le monde sait", je crains
de froisser, et ils sont peut-être un certain nombre, ceux qui ne savent
pas et qui se sentiraient pris pour des ignorants, ce qui n'est vraiment
pas mon intention, loin de là, je vous assure ; je reprends, donc : Peu de
gens savent...non. Si j'écris "Peu de gens savent", je prend le risque de
passer pour un fat, prétentieux qui plus est, croyant détenir des
informations pour happy few, prenant mes lecteurs pour des imbéciles (déjà
que je n'en ai pas tant que ça, d'après XITI) et diffusant ladite
information par pure condescendance. Donc je n'écrirai ni "Tout le monde
sait" ni "Peu de gens savent". Je suis fasciné par Wittgenstein, Ludwig
Wittgenstein (attendez, le rapport avec ce que je viens d'écrire arrive,
pas tout de suite, mais dans un petit moment, en fait je veux dire dans
quelques lignes mais pas deux ou trois, plutôt vingt ou trente). Je sais,
je ne suis pas le seul à être fasciné par Wittgenstein. Il y a aussi Max
Dora, Françoise Davoine et, bien sûr, Jacques Bouveresse.. Le problème
c'est que je ne comprends pas grand chose, à son oeuvre, je veux dire (et
pas non plus, peut-être, à ma fascination, d'ailleurs). J'ai éssayé à de
nombreuses reprises de lire les "Investigations Philosophiques" avec le
même sentiment du coureur cycliste archi-cuit qui met pied à terre à
mi-chemin dans Paris-Roubaix, après en avoir vraiment bavé, voire à
cinquante kilomètres de l'arrivée, ou les mêmes désagréables sensations
que le cyclotouriste sur les pente asséchées du col de l'Isoard qui
constate qu'il n'atteindra jamais le sommet.Quand on n'a jamais réussi à
finir Paris-Roubaix, malgré plusieurs tentatives, ou à gravir le col de
l'Isoard, ne serait-ce que quelques lacets qui ne font pas de vous le
"Forçat de la route" que vous rêviez d'être, il faut convenir qu'on est un
cycliste d'envergure assez modeste. Quand on n'a jamais réussi à finir
(soit, j'avoue : même à commencer, aller plus loin que cinquante pages)
les "investigations philosophiques", force est d'avouer qu'on est un
philosophe très moyen. Et encore, quand je dis très moyen, pour ce qui me
concerne, c'est complètement nul qu'il faudrait que je dise : il n'y a pas
que Wittgenstein d'ailleurs, il y a aussi Derrida, ou Habermas ou John
Rawls, tous ceux-là, je n'y comprends pas grand chose. N'allez d'ailleurs
pas croire que j'ai jamais terminé un livre de Kant et, pour chercher
moins moderne, ni même de Spinoza ou l'"Ethique à Nicomaque d'Aristote".
Wittgenstein et les philosophes, mais Wittgenstein serait peut-être la
Star, le prototype du philosophe qui met sa vie et son oeuvre
perpétuellement en accord, me fascinent parce qu'ils sont capable, non
seulement d'aller jusqu'au bout d'une idée, ils peuvent écrire tout un
livre rien que sur une idée, mais en plus de vous y emmener avec eux, tout
au bout de leurs idées. Ce sont des pros de la suite dans les idées. Des
Forçats des chemins qui mènent quelque part. Moi, question suite dans les
idées, ce n'est pas mon fort, à ce que vous pouvez voir présentement, vu
que je n'arrête pas de me fourvoyer dans les voies sans issues. Donc, je
vais tout de même éssayer d'y arriver : Wittgenstein me fascine. J'ai au
moins lu sa biographie deux fois, une fois dans "Le monde tel que je l'ai
trouvé" de B. Duffy, qui est plutôt un trèds bon roman (on y côtoie aussi
Moore, Bertrand Russel et ses maîtresses, Lyton Trachey et Meynard Keynes)
et une autre fois dans la bible du genre qu'est "Ludwig Wittgenstein : le
devoir de génie" de R. Monk. Je disais donc que j'étais fasciné par
Wittgenstein. Ne nous affolons pas : ce n'est tout de même pas plusieurs
fois par jour, ni même tous les jours, ni toutes les semaines. Seulement
voilà, chaque fois que je lis quelque chose sur Wittgenstein, dans un
journal, une revue, ou que je vois son nom sur une couverture de livre mon
petit coeur se met à palpiter. C'est comme je vous le dit.
Pensée de la nuit N° 20 : "Et comme quelques fois nous voyons tomber l'eau mêlée de belle neige, de même il me semblait voir leurs paroles sortir mêlées de soupirs" Dante Aligheri, Vita Nova posted by grossmann francis | 4/23/2003lundi "Sept jours" : Dimanche samedi Il existe, bien sûr, des endroits où je n'ai jamais mis les pieds. On pourrait même dire que le nombre des endroits où je n'ai jamais mis les pieds est infiniment plus grand que celui des endroits où je les ai mis. Je ne sais pas si ça vous fait la même chose, en tout cas, pour moi, certains lieux que je ne connais pas me sont bien plus inconnus que certains autres, que je ne connais pas non plus. Je m'explique : Par exemple, je ne connais pas la ville de Pékin, eh bien, on peut dire que j'ai quand même une idée de la ville de Pékin : la cité interdite, la place Tien Anmen, vue à la télé avec le type tout seul face aux chars, les pousse-pousses, les vélos, les petites maisons dans de petites rues désertes avec de tout petits jardins où se cachent des intellectuels pourchassés par le régime ou des artistes interdits et interviewés par Han Sou Yin à la télé dans "Envoyé Spécial", et ainsi de suite. Je ne connais pas Toulouse, la ville rose, la ville des champions de France de Rugby, avec le quartier du Mirail qui a été construit par l'architecte Georges Candilis qui était notre voisin de dessous boulevard Saint Michel, le maire Dominique Baudis qui avait été présentateur à la télévision dans sa jeunesse et ma copine Agnès, originaire de Figeac qui y a fait ses études de médecine et milité à l'UNEF. Je ne connais pas non plus Denver, Colorado, aux Etats-unis, au milieu des Montagnes, qui a peut-être été l'hôte des jeux olympiques d'hiver dans les années soixante ou soixante dix, d'où étaient originaires les Américains avec qui nous avions projeté d'échanger notre maison du XIIIème arrondissement contre la leur avec piscine, jacuzzi et four à micro-onde, et qui étaient venus chez nous passer un mois pendant que nous étions en vacances dans les Alpes. Pas plus que Saigon, que j'ai vue des milliers de fois à la télé et au cinéma notamment dans le film "l'Amant" tiré du Roman de Marguerite Duras. Pas plus que Dantzig ou Gdansk tant de fois décrite dans les romans de Gunther Grass et avec quelle minutie. Pas plus que Belfast qui est le Principal personnage du si beau "Euréka Street" de Robert Mac Liam Wilson, Nantes qui est la ville de mon copain Paul et celle de mon équipe de foot préférée (Stade de la Beaujoire, stade Marcel Saupin, Passage Pommeret dans les BD de Tardi). Et ainsi de suite : il y a toujours quelque chose qui peut me donner une idée d'une infinité de lieux que je ne connais pas, ne serait-ce même que parce que je connais quelqu’un qui les connaît, qui m'en a parlé avec émotion un jour, ou bien avec haine (je me souviens ne jamais avoir compris ce que Jeanne, par exemple avait bien pu reprocher à la ville de Rennes pour la rejeter avec autant de violence, cependant il m'a semblé la connaître bien avant d'y mettre le pied). Il y a donc peut-être très peu de lieux que je ne connais vraiment pas, au moins par la pensée, comme on dit. Pour moi, Mantes la jolie ou Abbeville ou Vierzon ou encore Montfort-l’Amaury sont le prototype des lieux parfaitement inconnus (encore que pour Vierzon il y ait la chanson de Jacques Brel - non, c'est Vesoul - et que je sache que c'est une des villes où A* a passé son enfance). Impossible d'évoquer Macao, Valparaiso, Dallas ou Clermont-ferrand sans quelque chose ou quelqu'un qui s'y associe et peut me donner le sentiment que je l'ai visité dans une autre vie. Mais j'affirme que je ne sais rien de Mantes-la-Jolie. Je ne sais pas à quoi ressemblent les Mantes-la-joliens, quel est le costume folklorique des Mantes-la-joliennes, quelle est la couleur de leur peau, leurs mœurs et leurs coutumes, comment ils se vengent de leurs ennemis et comment ils prédisent l'avenir. Mantes-la-Jolie m'est bien plus étrangère, étrange même, que Tombouctou et bien plus que Honolulu et Petaïouschnock. Il y a bien une ville qui vous fait le même effet, à vous, non ? posted by grossmann francis | 4/19/2003"Sept jours" : Samedi jeudi Pensée de la nuit N°19 " En 1340, l'abbé Kenkô a écrit dans son journal : "Ce n'est pas le déclin du printemps qui amène l'été mais quelque chose de plus fort que le déclin." Il y a quelque chose d'indéclinable. Il y a une poussée qui ne connaît pas de répis. Les choses qui commencent n'ont pas de fin" Pascal Quignard, Le Passé et le jadis posted by grossmann francis | 4/17/2003Dans un match Manchester-Arsenal, je préfère toujours Arsenal posted by grossmann francis | 4/17/2003mercredi Le jour de ses quatre-vingt-cinq ans, mon père avait réuni ses enfants
et ses petits-enfants dans un restaurant au pied de Montmartre. Avant que
le repas ne commence, il nous conta ainsi cette histoire : « Je vais vous
raconter une jolie histoire qui m'est arrivée. Mercredi dernier, comme
tous les mercredis, je suis allé faire un bridge chez mon ami W. Après la
partie, pour rentrer à la maison, je suis donc allé chercher ma voiture
que je pensais avoir garée devant un magasin, une épicerie ou quelque
chose comme ça. Bref, quand je suis arrivé, plus de voiture. J'ai cherché
un peu dans le coin, pensant que peut-être que je m'étais trompé ou que
j'avais oublié l'endroit où elle était garée. Je ne l'ai pas trouvée. J'ai
alors pensé qu'elle avait été emmenée à la fourrière, ce n'est pas la
première fois que ça m'arrive et, de plus, j'ai remarqué que, si je
l'avais garée devant le magasin en question, c'était sur un stationnement
interdit. Par acquis de conscience, je suis entré dans la boutique, et
j'ai demandé si on avait vu une R5 grise. Le Monsieur m'a répondu : "Ah,
mon brave monsieur, c'était la vôtre, figurez-vous que la fourrière est
passée la chercher il y a une demi-heure". Pas de chance, mais que
voulez-vous, c'est comme ça à Paris. J'ai fait contre mauvaise fortune bon
cœur, c'était de ma faute après tout, et je me suis mis en quête du
commissariat, qui n'était pas loin, pour demander où se trouvait la
fourrière. Là, un agent me dit que c'est à l'autre bout de Paris. Je
commençai à trouver ça moins drôle : j'étais un peu fatigué et je ne me
voyais pas faire tout le trajet en métro. Justement, après déjeuner, votre
mère m'avait donné un billet de deux cents francs. Je me suis donc dit
qu'il valait mieux prendre un taxi. Je me suis donc dirigé vers la station
de taxi la plus proche. Il pleuvait, il y avait du monde qui attendait et
pas beaucoup de taxis. Pendant qu'on était là, à faire la queue, j'avisai
un taxi un peu plus loin à l'arrêt. Personne ne semblait l'avoir remarqué.
J'ai quitté discrètement la queue, pour ne pas attirer l'attention, et je
suis allé questionner le chauffeur qui était un gentil monsieur noir. Il
m'a répondu qu'il aurait bien voulu m'emmener mais que, là, sa journée
était terminée et qu'il n'avait plus le droit de transporter de clients.
Je l'ai remercié et je suis retourné prendre ma place dans la queue... En
même temps, je me suis fouillé machinalement et, oh stupeur, je n'ai plus
trouvé le billet de deux cent francs que votre mère m'avait donné. Je l'ai
cherché partout, dans mon manteau, dans mon veston, dans mes poches de
pantalon. Impossible de mettre la main sur ce fichu billet ! Perdu. Je
n'avais même pas de quoi m'acheter un ticket de métro! Je devais avoir
l'air bien désemparé, comme ça à me tâter partout, au beau milieu de la
chaussée et faire un drôle de tête, parce que j'ai vu le gentil chauffeur
de taxi noir descendre de son taxi et venir vers moi. Il avait l'air plein
de sollicitude. Il m'a demandé ce qui n'allait pas, si j'avais des ennuis
ou si je me sentais mal. Je lui ai répondu que j'étais très embêté parce
que j'avais perdu mon argent et que je ne savais pas comment diable
j'allais récupérer ma voiture. Il aurait fallu que je téléphone à ma femme
pour qu'elle vienne me chercher et tout ça, je me sentais tout bête, comme
vous vous en doutez. Et alors là, il s'est passé quelque chose que je
n'aurais jamais pu imaginer : le chauffeur de taxi noir m'a répété que
malheureusement il ne pouvait pas m'emmener à la fourrière comme il me
l'avait déjà expliqué mais, au lieu de retourner à son taxi, il a sorti un
gros portefeuille de sa poche revolver et en a sorti un billet de deux
cents francs. "Tenez, me dit-il, voilà de quoi prendre un taxi, vous allez
vous fatiguer en métro, vous me rendrez l'argent plus tard." Je n'en
croyais pas mes oreilles, je lui ai demandé pourquoi il faisait ça et
pourquoi il venait en aide à un monsieur qu'il ne connaît même pas, il a
répondu simplement qu'il m'avait vu dans les ennuis et qu qu'il ne voyait
pas pourquoi il ne m'aurait pas aidé. Et d'ailleurs me dit-il "Vous auriez
sûrement fait la même chose à ma place". Je n'ai pas osé lui répondre que
je n'en étais pas aussi sûr que ça. Pour ce qui était de l'argent, il m'a
montré un café en face où je pourrai le trouver tous les jours à midi et
où je pourrai lui rendre. Je me suis senti tout à coup tout joyeux, je
n'en revenais pas, je lui ai répondu qu'il était un homme d'une
extraordinaire gentillesse et je l'ai félicité chaleureusement, et tout en
parlant, machinalement, j'ai continué de me fouiller, et, devinez quoi,
j'ai retrouvé le billet de deux cents francs dans une poche que j'avais
oubliée ! Le monsieur noir s'est mis à rire et moi aussi. Je lui ai dit :
" Alors ça c'est extraordinaire, venez, je vous offre un café". et nous
voilà parti au café qu'il m'avait montré plus tôt. Nous avons passé un
moment très sympathique à discuter, il avait l'air de connaître tout le
monde. Après je suis parti chercher ma voiture à la fourrière en taxi avec
le billet que votre mère m'avait donné, j'ai payé toutes les amendes et je
suis rentré à la maison tout joyeux, pas du tout fatigué, réconcilié avec
l'humanité et ravi d'avoir fait la connaissance d'un homme aussi bon. »
Je me souviens du SINCLAIR ZX 80, mon premier ordinateur, dans les années 80 (comme son nom l'indiquait peut-être), il se branchait sur la télé, c'était une sorte de boite magique. Il avait 1Koctet de mémoire (vous avez bien lu, 1Ko). On pouvait écrire de petits programmes amusants en "Basic". Il n'y avait aucun logiciel (évidemment) posted by grossmann francis | 4/16/2003mardi Fenêtre sur cour N°16 lundi
Pensée de la nuit N° 18 :"Pourquoi les gens se fatiguent-ils à vivre quand il suffit d'une journée pour lire leur biographie ?" Patrick Besson, Un Etat d'Esprit posted by grossmann francis | 4/14/2003samedi Retour à la Défense N° 1. vendredi Je me souviens des cirques Amar, Pinder et Medrano, je me souviens aussi que je suis allé au cirque d'hiver, à Paris, sur les grans boulevards, quand il était encore un cirque, je me souviens encore de l'odeur de l'urine des lions ; je me souviens aussi que, beaucoup plus tard, j'y suis allé écouter un concert mémorable de Jacques Higelin posted by grossmann francis | 4/11/2003Avec la fenêtre ci-dessous, la boucle de la reconstitution à l'identique est presque bouclée. Manque cependant un texte sur les topinambours que je n'ai pas le courage, pour l'instant, mais ça viendra, de "reconstituer à l'identique". Je rappelle cependant qu'il y était question de deux notations extraites des "notules dominicales de culture domestique (et de villégiature exotique)" de Philippe Didion, qui ressemblent assez, comme dit mon ami Franklin, au journal de Kafka (" 14 aout 1914. La France déclare la guerre à l'Allemagne. Journée à la piscine"). la première : " Garde robe : j'achète deux chaussures identiques" ; la seconde : "jardin : la guerre risque d'être longue (les journaux), je plante des topinambours". Philippe Didion est un vrai pince sans rire. (voir en LCD) posted by grossmann francis | 4/11/2003Fenêtre sur cour N°15
Voulez vous voir une collections de raies ? Cliquez ici, vous ne le regretterez pas (via Geisha Asobi, la "the" mine aux trésors, kurosawaglttophonie pas obligatoire) posted by grossmann francis | 4/11/2003Enfin, mon bouleau s'est décidé à se recouvrir de vert. Il a mis le temps, le cher bougre. Je commençais presque à désespérer. Dans la course au Printemps il est arrivé dans les bons derniers. Sans se presser. Comme pour se faire remarquer. Le voilà à nouveau qui agite des branchettes inquiètes. Le voilà, à nouveau qui éssaie de me faire signe. Cher vieux bouleau. Mais je ne suis pas sûr que mon bouleau soit vraiment un bouleau. J'en suis d'ailleurs de moins en moins sûr. Comme je l'ai déjà dit, je suis nul en arbres. Je crois bien avoir remarqué, cependant, qu'il a reverdi à peu près en même temps que les saules pleureurs qui pleurent autour du lac de Viry. Peut-être est-il donc un saule, pas pleureur donc, parce que tous les saules n'ont pas des chagrins d'amour ou ne sont pas dépressifs chroniques, mais un saule bien droit, son côté inquiet, anxieux, d'ailleurs...Quoiqu'il en soit je suis content que mon bou...saule ait retrouvé sa verdeur, cela me communique un peu de ferveur. Souvenir d'un rêve que je faisais souvent dans le temps : C'etait la fin de l'hiver, dans les rues désertes et minérales l'air se radoucissait, le ciel etait plus constamment bleu. Cependant aucun arbre ne bourgeonnait, pas la moindre trace de feuilles sur les branches grises, pas la moindre fleur au sol ; l'herbe, dans les squares restait jaune et pelée. J'errais parmi les rues désertes, interrogeant les arbres du regard et les implorant de verdir. Le monde s'interrogeait sur le mystérieux phénomène. La radio annonçait que, pour la première fois depuis l'origine des temps, le cycle des saisons s'était interrompu.Les savants s'interrogeaient pour savoir si l'hiver allait devenir éternel. posted by grossmann francis | 4/11/2003Fenêtre sur cour N°14
Je tente donc de reconstituer, de mémoire, les textes et les photos
dévorées par ce monstre de Blogger. Pour les photos, ce n'est guerre
compliqué puisqu'elles sont bien à l'abri sur mon serveur ( je
conserverai, pour la série la série "fenêtre sur cour" les numéros d'ordre
originels). Ca va être nettement plus difficile pour les textes, que je
n'avais pas sauvegardé. Il va donc falloir que je les réécrive, que je les
reconstitue "à l'identique" comme on dit en architecture. Mais ce sont des
"billets d'humeur", comme on dit dans les journaux. Il faudra donc, que,
tel le Pierre Ménard de Borgès qui tentait de s'immerger totalement dans
le monde de Cervantès pour réécrire son Quichotte, je me plonge à nouveau
dans les "états d'âmes" qui m'animaient lorsque je les rédigeai
directement dans la fenêtre ad hoc de ce crétin de Blogger. Je commece
donc par : Fenêtre sur cour N°13
Pensée de la nuit N° 16 : "Dans ce grand pays américain, en 1812 déjà, les anglais avaient incendié Washington, et, deux ans plus tard, brûlé raz le capitole et la maison blanche. Ses militaires, si fiers de proclamer le "zero mort" des bombardiers engagés dans leur croisade, s'étaient-ils rappelé qu'ils ne faisaient que répéter le "O Kay" de la guerre de sécession, lorsque, au rapport, on mentionnait, laconique, le "zero killed", le "O.K.", l'absence de perte humaine dans le combat du jour ? Que vaut une vie qui ne vaut même pas d'être sacrifiée ?" Jean Clair, Court Traité des Sensations posted by grossmann francis | 4/11/2003J'ai trouvé cette information sensationnelle. C'est une sorte de
"prière d'insérer" piteux qui circule sur le ouèbe américain. Comme c'est
encore plus drôle en VO, je le reproduis tel que je l'ai trouvé (les
non-shakespearoglotophones - y-en-a-t-il encore ? - peuvent toujours
m'écrire pour la traduction, on verra) : Fenêtre sur cour N° 16 Bonne nuit, folks. Ceci n'est pas un poisson d'avril mais un petit site très drôle qui vaut bien un coup de clic de temps en temps. Mérite la LCD immédiatement. posted by grossmann francis | 4/1/2003 |
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