CISCOBLOG
LE SITE D'UN GRAPHOMANE IMPENITENT ET INTERMITTENT


jeudi  

Pensée de la nuit N° 34 : "La vache est un animal qui a environ quatre pattes qui descendent jusqu'à terre" Jacques Roubaud, les animaux de tout le monde (via "notules dominicales", enfin, à peu près...)

posted by grossmann | 7/31/2003
 

Un petit tour, ce soir, dans la vallée de mes liens (la LCD, pour les intimes, mais on peut la re-baptiser la LVML si vous voulez). Décidément j'aime beaucoup days of my life : je vous en ramène deux légendes de photomontages nostalgiques (cliquez pour voir les images, l'état de ma connexion ne me permet pas encore d'éditer des images. Patience, patience dans l'azur, etc.) Voici la première, dont, tout compte fait, je ferais bien ma devise : Three o'clock il the morning is always too late or too early for anything you want to do et la seconde qui ne déparerait pas non plus le tablier de ma cheminée : And earth changes from pain to pain ; et ça aussi, en flash, via la toujours charmante Mes Lubies qui broie un peu de noir en ce moment, enfin, je trouve, un peu, ce que j'en dis, hein... Bonsoir

posted by grossmann | 7/31/2003


mardi  

Piège à Francis Grossmann

J'ai reçu ce mail de mon ami Franklin concernant l'affaire Francis Grossmann. Je trouve la manoeuvre assez astucieuse :



De : franklin millner


A : francis.grossmann@wanadoo.fr


Copie :


Priorité : Ce message a été envoyé avec une priorité normale
Objet : francis grossmann
Reçu le : 10/06/03 20:30

Fichier(s) joint(s) :

Mon cher Francis,
Je crois que tu te goures sur ton alter ego le Grossmann Francis de Grenob le. Toi, avec ta formation, penser qu'il y a de l'inadvertance, du hasard dans ses embrouillages d'adresses... tu me sidères.
On ne va pas lui dire que c'est un lapsus : il est linguiste. Mais c'est bel et bien un acte manqué et il peut avoir plusieurs sens.
Après votre première rencontre fortuite nous savons qu'il est venu sur ton site et t'a fait des remarques humoristiques qui fleuraient le compliment.
Mais si toi - le seul, le vrai à mes yeux - toi, qui fut féru de liguistique, qui étudia, j'en suis témoin pour l'avoir fait conjointement, Saussure, Jakobson, Benveniste, homsky, Ducros et bien d'autres, toi tu ne semble plus prêter beaucoup d'attention aux développements récents de cette discipline, LUI, l'autre, le double qui mène double jeu, n'a jamais cessé d'aller sur ton site dont tu t'étonnais de la fréquentation duquel.
Il voudrait être aussi toi, çà c'est sûr par moment il se croit toi, il est chez lui chez toi...D'où le courrier de ce curieux bonhomme qui s'écrit à lui même de peur de s'oublier.
Cette théorie est très facile à vérifier: si tu publies ma lettre et qu'il y répond ce sera la preuve qu'il squatte ton site, et s'il n'y répond pas ce sera une preuve plus flagrante encore de sa maligne duplicité!

Voilà une modeste contribution à la résolution de tes insomnies, prochainement j'irai recompter les tours de Vigneux,
bien à toi, Franklin








posted by grossmann | 7/29/2003


lundi  

Georgie, le cousin germain de ma mère, est vraiment un drôle de type. Avec ses cheveux longs un peu sales, ramenés en queue de cheval, il ressemble à un baba attardé. Il a tout de même soixante quatorze ans. Dans les rue de Manhattan, avec ses sacs en plastique au bout des bras, sa parka verdâtre usée jusqu'à la corde, on se demande s'il n'est pas un de ces sans abris en passe de perdre toute dignité. Très franchement, on pourrait le prendre pour un clochard. Mais c'est un genre qu'il se donne. Il cultive le côté "savant cosinus" avec beaucoup de bonheur, si on peut dire. A tel point qu'il en oublie de changer de vêtements ou de se laver les cheveux... Mais on peut aussi le voir en veste à larges carreaux orange avec un nœud papillon de clown, son costume de professeur de magie, ce qui, soit dit en passant, ne surprend personne dans les rues de Manhattan. car en plus d'être un mathématicien de haut niveau, le cousin Georges est un magicien respecté. C'est qu'il "enseigne même" la magie, et parfois, on peut le voir se hâter vers son école de magie pressé comme le lapin d'Alice. C'est un drôle de type, Georgie, vraiment. Manhattan n'a aucun secret pour lui, il arpente la ville à longueur de journées pour trouver toutes sortes d'objets insolites. Un jour, il nous a entraînés dans une véritable odyssée à la recherche d'un passe-lacet que nous avons fini par trouver dans une mercerie chinoise complètement improbable d’Houston street. Je vous jure que ça vous fait voir Manhattan sous un jour autrement plus intéressant que touristique. Il insiste toujours pour nous faire marcher des miles en direction des quatre points cardinaux pour trouver l'Objet rare, c’est-à-dire le moins cher de la ville. Il est capable d'une énergie incroyable pour économiser quelques cents (au risque d'en dépenser cent fois plus en transport en commun). Pour lui, on dirait que New York reste cette jungle des années trente, où il fallait être sinon le plus fort, au moins le plus débrouillard pour survivre et il ne voudrait pour rien au monde manquer à sa réputation de grand malin. Car, derrière sa modestie ostentatoire (y compris vestimentaire comme je l'ai dit) c'est un incorrigible orgueilleux. C'est cet orgueil qui l'a empêché d'accéder au statut de mathématicien célèbre auquel ses dons lui promettaient de parvenir. Bien qu'il ait enseigné dans plusieurs universités prestigieuses, qu'il ait fait sa thèse de Doctorat avec Louis de Broglie lui-même, qu'il ait côtoyé les plus grands, par exemple Richard Feynman, Benoît Mandelbrot et son père, Grothendieck, le petit jeunot, le bourbakiste dissident, (mais celui là, il ne faut pas lui en parler, il tient pour un mauvais, allez savoir pourquoi), en Californie, Lebedev le russe (qui claquait des talons quand il se présentait) Meyer ou Weill (son homonyme) à Columbia et quelques autres à Princeton dont Albert Einstein soi-même, il n’est jamais parvenu à la véritable gloire. Il a beau dire, il en garde une certaine aigreur. Le récit de sa rencontre avec Einstein est d’ailleurs à l’image du personnage. Cela se passe sur le campus de la célèbre université de Berkeley, en Californie, où, tout jeune docteur et brillant physicien français, il vient de débarquer. Nous sommes en 1956 très exactement. Nous sommes aussi très exactement à l’intérieur de la cafétéria du campus, et il y pénètre à la suite d’un cours, accompagné de je ne sais plus quel collègue un peu plus âgé que lui, et qui, pour l’heure lui sert de guide et lui montre les lieux. Il y a des tables, avec des étudiants bruyants, et, au fond, une longue paillasse donnant directement sur la cuisine américaine, comme de juste, avec des tabourets, sur deux desquels il aperçoit, et il en frissonne encore en le racontant, le génial chevelu prix Nobel, ses célèbres sandales aux pieds, en compagnie de sa deuxième épouse, qui prend son déjeuner là, par hasard. Son collègue, le plante là et va saluer familièrement le grand homme qui lui montre un tabouret vide et l’invite à s’asseoir. Lui, il reste pétrifié de respect au fond de la cafétéria et n'ose se mêler à la compagnie. C’est tout. Voilà à quoi se résume les relations de mon cousin Georges et d'Albert Einstein. C’est une non-rencontre. Il prend beaucoup de plaisir à nous raconter son insignifiance. Il savoure aussi notre déception, comme on le ferait à l'énoncé de certains résultats mathématiques inattendus et mystérieux, incontestablement justes mais déconcertants, étranges. D'autant que la chute de l'histoire nous fait basculer dans le pur fantastique : Georges est certain que la scène se passe en 1956, année où il posa le pied en Californie, il est certain aussi de la réalité incontestable de la scène, banale somme toute. Il ajoute, en forme de coup de théâtre final, que ce qui est certain aussi, et vérifié par la Grande Histoire, c'est que Albert Einstein est mort en 1955. Georges n'a donc pas pu rencontrer Albert Einstein dans la réalité, et pourtant la banalité même du souvenir atteste de sa vivacité et sa permanence. Mystère, mystère. Fausse reconnaissance, due au désir exacerbé de la rencontre ? Ou bien, pourquoi pas, rencontre réelle avec un ectoplasme, dans une expérience surnaturelle ? Entre la simple méprise et l'hallucination, entre la réminiscence et la réincarnation, depuis tout ce temps, mon cousin Georges ne s'est encore pas résolu à décider. Je le vois encore, enfoncé dans son canapé du 625 Main Street, Roosevelt Island, New York New York, les yeux clos levés vers le plafond, et une moue dubitative sur les lèvres. Peut-être que les grands scientifiques ("grands" comme on dit "grands malades") ne s'acharnent à comprendre la "réalité cachée" du monde que pour échapper à la grande angoisse qu'ils ont de le découvrir essentiellement surnaturel.

posted by grossmann | 7/28/2003


vendredi  

Courte histoire de Patricia


On doit à la poésie urbaine de dire qu'une ville où se trouve une rue qui porte le nom du Pré de la Montagne du Crève Cœur ne peut être considérée comme un véritable trou. La rue du Pré de La Montagne du Crève Cœur se trouve à Montgeron, dans l'Essonne, où il n'y a ni pré ni montagne. Elle se fraye un chemin incertain à travers le fouillis de la zone, bordée de bicoques mal alignées. Avec ses trottoirs étroits recouverts toute l'année de la boue ramenée des terre-pleins pelés des cités voisines, elle hésiterait à se donner elle-même le nom de rue. C'est pourtant là qu'habite Patricia, dans le petit pavillon que lui loue pas trop cher son médecin généraliste. Il lui en a fait la proposition au moment où ça ne pouvait plus continuer comme ça avec Alain il y a dix-huit mois et où ils s'étaient séparés. Quand le médecin vient voir comment va sa maison, il en profite pour prendre des nouvelles de ses locataires, et quand il vient pour la bronchite du petit, Patricia lui demande en même temps de faire quelque chose pour le chauffe-eau ou la fenêtre qui ferme mal. Le médecin est un brave homme. Il s'acquitte sans façon à la fois de ses obligations professionnelles et de ses devoirs de propriétaire. On peut dire qu'il aide beaucoup Patricia. Elle travaille dans une usine de sacs en plastique, à Epinay-sur-seine, de l'autre côté de Paris. Coup de chance, elle n'a pas à changer de RER. Le soir elle s'occupe de ses trois enfants. L'aîné, Christopher a quatorze ans. Il marche bien à l'école. C'est un peu le papa maintenant. C'est lui qui met de l'ordre quand Kévin et Sébastien se chamaillent. Christopher et Kévin ont le même père, mais pas Sébastien, son père à lui, c'est Alain. Patricia s'est séparée du père des deux grands, Rémi, il y a huit ans. Il avait été routier, s'était fait virer, avait mal tourné, avait traîné un peu, mais surtout s'était mis à la battre, par jalousie ou pour rien, quand ça le prenait. C'était un violent. Elle avait dû le quitter. Mais, curieusement ils sont toujours restés en bons termes, il n'a pas refait sa vie, comme ça il n'a plus personne à battre et il s'en trouve bien. Il travaille, il est de nouveau routier. Il voit ses enfants régulièrement. Il n'a jamais bu une goutte d'alcool. Après, elle a rencontré Alain et Sébastien est né. Il buvait déjà, Alain. C'était là le problème. Alain s'est suicidé il y a trois semaines. Il s'est jeté sous le train à la gare de Brunoy. Le soir même, il lui avait demandé encore une fois de reprendre la vie commune. Cette fois là, elle avait refusé, suffisamment fermement pour le désespérer. Et il s'était jeté sous le train. Depuis, la vie qui déjà n'était pas drôle tous les jours est devenue un mauvais rêve. Souvent déjà elle avait l'impression d'être automatique, mais là, tout s'était carrément déréglé. Les courses, elle les faisait une fois sur deux, au lieu d'acheter des yaourts elle achetait du mauvais whisky, la vaisselle, elle ne la faisait plus, le linge sale s'accumulait et ainsi de suite. Déjà elle dormait mal, mais maintenant elle ne pouvait même plus se coucher. Les enfants ne la reconnaissent plus. Les deux plus jeunes, avec l'insouciance de leur âge, retournent à leurs chahuts, mais Christopher s'inquiète et elle ne peut pas le rassurer. Et puis elle s'est mise à boire, pas beaucoup mais suffisamment pour que tout le monde puisse le voir. Jamais elle n'avait bu auparavant. Elle fait ça pour se calmer le soir, un verre ou deux de Whisky. Bien sûr, elle ne supporte pas l'alcool, alors si elle dépasse trois verres elle ne sait plus ce qu'elle fait ni ce qu'elle dit et elle en dit des mots, des mots qui donnent envie à ses amis d'appeler le médecin ou de l'emmener à l'hôpital, tellement elle leur fait peur. Et puis, la nuit, quand elle ne dort pas, elle voit Alain au pied du lit et elle l'entend parler. Il lui redit ses derniers mots, il lui demande de le reprendre, il lui jure qu'il ne reboira plus jamais. Dès qu'elle allume la lumière il disparaît. Une fois elle a cru qu'elle n'arriverait pas à allumer, elle était comme paralysée. Elle sait bien qu'il n'est pas vivant, elle doit être tellement fatiguée qu'elle s'endort sans s'en rendre compte et se met à rêver qu'elle est dans son lit, seule. Et alors il vient. En ce moment elle va le voir tous les jours au cimetière, la plupart du temps avec Sébastien, c'est lui qui insiste pour porter une fleur à papa, c'est lui qui veut, mais elle ne refuse pas, elle se laisse entraîner. Elle y va aussi seule quand elle est trop triste et que le manque de lui et la culpabilité l'oppressent trop. Elle lui parle, elle lui raconte sa journée ou autre chose, à haute voix, comme s'il pouvait l'entendre. Elle peut rester des heures, une après-midi. C'est bête, mais ça lui fait du bien. Il ne lui manque pas seulement parce qu'il est mort mais surtout parce qu'elle l'aime encore et qu'elle ne le reverra plus jamais. Elle n'arrête pas de se répéter, jusqu'à se déchirer de souffrance, que si elle avait su l'accueillir l'autre soir, il serait là avec elle et pas dans cette urne scellée dans le mur du cimetière. Parfois elle n'est plus elle-même que cette unique pensée. Elle se sent la tête bouffée comme par un monstre. ? ce moment-là la douleur est si insupportable qu'elle pourrait en finir et le rejoindre. Même la pensée des enfants ne peut pas combattre ça. D'ailleurs, en ce moment ils se chamaillent tout le temps ou bien ils chahutent en ricanant, ils évacuent comme ils peuvent, elle n'en peut plus de les entendre. Le soir, ils sont couchés et elle se retrouve seule, plus rien ne la détourne du chagrin, même la télé elle ne peut pas la regarder.

posted by grossmann | 7/25/2003


jeudi  

Je me souviens de notre premier poste à transistors. On pouvait le transporter partout où on allait. Cela n'était pas rien.

posted by grossmann | 7/24/2003


lundi  

Pensée de la nuit N° 33 : "Non que j'ai oublié Hanna. Mais au bout d'un certain temps, mon souvenir d'elle cessa de m'accompagner. Elle resta en arrière comme une ville quand le train repart. Elle est là, quelque part derrière vous, on pourrait s'y rendre, et s'assurer qu'elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? " Bernard Schlink, le Liseur.

posted by grossmann | 7/21/2003


samedi  

Coucou ! je profite de mon passage sur un ordinateur d'emprunt pour vous donner de mes nouvelles. Moi, globalement ça va. Mais, pour tout dire, le déménagement n'a pas du tout réussi à l'ordinateur ni à la connection internet! J'en suis encore à me gratter le crâne pour savoir comment tout arranger. Mais, surtout ne vous découragez pas, CISCOBLOG sera bientôt de retour, encore plus beau et encore plus intéressant!

posted by grossmann | 7/19/2003
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