CISCOBLOG
LE SITE D'UN GRAPHOMANE IMPENITENT ET INTERMITTENT


samedi  

La Galine sur la route de Grimaud qui monte à Lagarde-Freinet un cabanon ils appellent ça sur une petite colline une grande maison en pierre d'une beauté et d'une pureté sans pareille c'est son nom la Galine au milieu d'un paysage tellement beau que la gorge se serre il y a sept plans successifs disait Anne de la vigne aux lointaines montagnes indigo en passant par tout un enchevêtrement de colline ocres bleues et vertes un enchantement pour l'âme une beauté parfaite voir ça et mourir non rester planté devant toute sa vie ne plus jamais bouger juste regarder changer les couleurs Rolande et Lulu et leurs enfants leurs voisins les cousins les oncles et les tantes presque tous de la même famille ils se connaissent de père en fils et de mère en fille depuis des siècles Grimaud une communauté disparue le père Bertrand le père de Rolande l'écurie le cheval du père Bertrand qu'on n'entend jamais pas un hennissement un très vieux cheval il a plus de vingt ans il vient le voir tous les jours lui parler lui flatter l'encolure lui donner à manger dans sa paume le faire boire à la fontaine il ne voudrait pas qu'il meure les vignes les vendanges les amis du père Bertrand qui donnent un coup de main l'autre fois ce sera à nous de donner le coup de main pour leurs vendanges dans la plaine les vieux qui chantent des chansons provençales en travaillant cette envie d'avoir tout le temps fait partie de ça de ce paysage si beau et si serein de la fontaine en pierre pleine à raz bord d'une eau limpide et glaciale qui déborde doucement par tous les bords moussus le père Bertrand qui y fait boire son vieux cheval le père Bertrand qui m'explique comment on féconde la vigne avec son couteau de paysan notre admiration notre amour pour cet homme d'exception sa beauté ses grandes mains calleuses son pantalon de toile et sa chemises sans col à rayures délavées par les lessives la maison de Rolande et Lulu à Grimaud dans le village les fenêtres qui donnent au loin sur la baie avec la mer au fond leur professions employée de mairie employé à la coopérative vinicole et pompier volontaire le mistral qui s'engouffre dans les petites rues Christine et moi angoissés avec Jérémie qui ne veut pas prendre le sein en octobre 80 la petite fille elle doit avoir trente ans maintenant infirme motrice cérébrale née comme ça et toutes ses opérations qui court malgré tout dans la rue avec ses copines le "il l'a commandé ?" interloqué du petit garçon de Rolande il a cinq ans à l'époque devant le hochet "design" de Jérémie il se disait il faut être complètement débile pour jouer avec un machin pareil la pluie sur les vitres de la voiture qui descend de Lagarde une vision idiote d'oliviers dans un virage et rien d'autre pourquoi cette vision là et pas une autre la Galine aussi en août 73 quand j'ai revu Christine un mois après notre rencontre qui avait duré trois jours à Paris nous n'étions restés que trois jours ensemble elle était partie en vacances chez ses parents dans les Alpes on devait se retrouver à la Galine c'était la première fois que j'y suis allé j'ai fait le trajet Paris Lagarde-Freinet en une seule fois en fonçant avec mon ami 6 sur l'autoroute du Sud pas terminée on ne disait pas encore A6 sans m'arrêter une seule fois sauf pour le plein pas d'électricité pas de meubles dans les pièces nues la fontaine on s'y lavait les dents mais on crachait par terre pour ne pas troubler l'eau Laurence et Anne en chemise de nuit blanche dans l'escalier avec une chandelle allumée qui m'indiquent le chemin je n'en crois pas mes yeux et Christine un bouton de fièvre je me souviens du bouton de fièvre sa blondeur éclaircie par le soleil ses yeux si bleus elle m'attend l'histoire des louis d'or dans le mur de la maison de Grimaud c'est une histoire marseillaise c'est sûr mais on y a cru dur comme fer les propriétés de la famille de Rolande et Lulu a Saint-Tropez la sœur idiote et la mère Bertrand méchante Pagnol que ça rappelle tout ça le Gambetta limonade au café de Lagarde-Freinet plein de hippies communautaire le bruit des cigales dans les platanes du boulevard horreur plus tard la Galine aménagée défigurée par Rolande et Lulu à la mort du père Bertrand on ne pouvait pas dire que c'était nul que ça foutait tout en l'air devant toute la famille attablée qui saucissonnait sur la terrasse l'électricité le frigo la salle de bain les poutres apparentes le paysage en était comme sali souillé nous nous sommes enfuis la Galine vendue à la fin à des hollandais quand Rolande et lulu se sont séparés je me souviens avant la Galine du temps de Laurence en chemise de nuit blanche dans l'escalier c'est Jean Dausset qui la louait au père Bertrand le père Bertrand tout fier "C'est un grande et belle nouvelle" quand on a tous appris qu'il avait eu le prix Nobel de médecine cet été-là comme si c'était nous qui l'avions reçu et la joyeuse nouvelle qui avait roulé de colline en colline et de cabanon en cabanon et parcouru toutes les rues du village nous ne pouvions aller à la Galine que les années où il ne la louait pas ou en dehors des grandes vacances ce qui ne faisait pas beaucoup mais nous on ne nous la louait pas on nous la prêtait la meule de moulin sur le terre plein qui servait de terrasse parce que Jean Dausset y faisait pousser des plantes grasses les couchers de soleil encore une fois Jérémie dans le porte bébé kangourou au milieu des vendanges sur la pente douce de la colline les chênes-lièges les oliviers les arbousiers la myrte le romarin la lavande le thym et le pin parasol et toutes les odeurs qui me reviennent là maintenant avec les larmes oui les larmes.

posted by grossmann francis | 8/31/2002


mardi  

Juste un dernier petit mot, ce soir. Il faut bien se rappeller que sur Ciscoblog (et sur tous les blogs, d'ailleurs) les premiers sont les derniers. C'est à dire qu'au moment où vous lisez ces lignes, les plus récentes s'affichent au-dessus des plus anciennes, et pas au-dessous. Un blog, en ce sens, est littéralement (c'est le cas de le dire) l'inverse d'un livre. Pour ce qui est de l'empiètement de la photo sur le paragraphe d'en dessous, je n'en suis pas responsable, même par erreur. J'en suis tout surpris : c'est la faute à l'éditeur de blogs. Apparemment, on ne peut pas mettre en ligne plus d'une image par publication, mais l'effet de mise en page n'est pas si vilain, ne trouvez vous pas ? (je suis sûr qu'en fait vous n'avez cure de toutes ces considérations techniques, décarcassez-vous, tiens !)

posted by grossmann francis | 8/27/2002
 

ça, c'est la copie extraite de mon petit carnet à dessinL'image de gauche est extraite de mon petit carnet à dessin. Je l'ai copiée sur un livre d'art emprunté à la bibliothèque de Corbeil, il y a quelques années. Elle représente le Peintre Avigdor Arikha en train de se peindre, dont je vous parlais il y a quelques jours. Je n'avais pas beaucoup plus de souvenirs de l'original. Quelle était sa taille réelle ? Etait-il en couleurs ou en noir et blanc ? Ces questions seraient restées sans réponses avant que je ne trouve, en faisant une recherche internet, l'image ci-dessous. C' est une photo d'Arikha dans son atelier, prise par Cartier Bresson (lui-même). On voit que le format du tableau original est assez grand. Mais pour ce qui est de la couleur, on ne peut rien dire, vu que la photo est en noir et blanc. C'est donc la photo de Cartier Bresson montrant Avigdor Arikha montrant à Cartier Bresson le tableau où il s'est peint lui même en train de se peindre. J'aime bien toutes ces mises en abîme, pas vous ?ça, c'est la photo dde cartier bresson montrant Arikha montrant le tableau le montrant lui même en train de se peindre

posted by grossmann francis | 8/27/2002


dimanche  

Ce soir, texte. Je prépare une suite en images sur ce que je racontais des auto-portraits d'Arikha, mais comme ce n'est pas encore tout à fait prêt, ce soir, c'est texte. Ce que vous allez lire est la deuxième partie de l'histoire de Paulette, dont, si vous êtes un lecteur attentif de Ciscoblog, vous avez déjà lu la première partie en juin (sinon, vous êtes un mauvais élève, tant pis). Pour les nouveaux, et uniquement pour eux, car ils sont attentifs, eux, les nouveaux, la première partie de l'histoire de Paulette est dans les archives de juin, datée du 14. Interro surprise demain !

L'enchaînement des gestes et des attitudes : offrande – hésitation – constat, est pratiquement toujours le même depuis que je la connais, même s'il en manque parfois un élément, même si les particularités de telle ou telle situation l'épurent ou l'accentuent. C'est comme une ritournelle. On peut dire que c'est le "motif" de Paulette (On pourrait même dire, puisque ceci se passe dans un hôpital psychiatrique, que ce sont les "stéréotypies" de Paulette, mais on ne le dira pas, non seulement parce qu'on n'a pas envie d'enfermer Paulette en une définition livresque qui fige le geste dans une incompréhensibilité définitive, mais aussi parce qu'on n'est tout simplement pas en train de décrire un cas clinique). Offrande – hésitation –constat : il faut connaître un peu l'histoire de Paulette pour présenter maintenant un personnage manifestement absent de son discours spontané et comprendre à qui s'adresse peut-être pathétiquement la ritournelle. Pour faire durer un peu le suspens, si suspens il y a, reprenons par exemple l'histoire de Blanche-neige. On n'a pas manqué de remarquer que la version de Paulette (intégralement retranscrite plus haut) est courte et particulièrement édulcorée. On s'est bien sûr aperçu qu'il y manquait deux personnages : le chasseur et la marâtre, la méchante reine, celle qui se transforme en sorcière. Pour ce qui est du chasseur, rien de trop grave : il n'est qu'un des figures du Prince Charmant, du père, que Paulette ne nomme d'ailleurs pas comme prince charmant, mais réduit, en une métonymie foudroyante et irrévocable, à un baiser. Il en va tout autrement, en revanche de la méchante reine. Son absence, dans le récit de Paulette est, comment dire, trop grosse, trop évidente. C'est une absence qui veut peut-être dire trop de présence, une présence en creux, indicible. Permettez-moi alors, donc, de vous présenter, thus, let me introduce to you, the mother, la mère de Paulette, l'Absente. Applaudissements, bien sûr. La mère de Paulette est une méchante reine. Elle habite tout près de l'hôpital. Paulette peut aller chez sa mère à pied. Elle fait le trajet pratiquement tous les jours, pratiquement plusieurs fois par jour, en traversant la forêt, celle où on rencontre les biches donneuses d'organes, les Sept Nains, le loup, les chaperons rouges, les lapins pressés, les sourires des chats évanouis et peut-être même les miroirs à traverser, je veux dire l'avenue Henri Barbusse, l'avenue la plus anonyme de toute la banlieue, la plus laide, la plus dénuée d'intérêt, de curiosité, celle où il est impossible de flâner, celle que vous ne pouvez arpenter qu'en ruminant votre ennui et en laissant les molosses aboyer sur votre passage derrière les grilles des pavillons en meulière ou derrière les palissades. L'avenue Henri Barbusse est une longue estafilade, une plaie blafarde, taillée à travers un paysage vaincu qui n'ose même plus se qualifier lui-même d'urbain. Le château de la mère est donc planté au bout de ça, autant dire au milieu du grand nulle part. Elle existe, en chair et en os, la mère de Paulette. Même si les ritournelles, qui n'en décrient que le contour, pourraient nous faire croire à son défaut. Tenez, elle est justement en train de préparer des pâtés impériaux tout en papotant avec son miroir beau miroir. C'est sa spécialité, les pâtés impériaux. Parce que, en plus d'être reine et méchante, la maman de Paulette est vietnamienne, ce qui n'est, bien sûr, pas grave du tout, mais qui explique à la fois le côté impérial des pâtés et l'obstination des petites voix de Paulette à la traiter de chinetoque. Bref, Paulette finira par les ramener tout à l'heure, les pâtés impériaux, dans un sac en plastique qui se balancera au bout de son bras, en arpentant l'avenue Henri Barbusse dans l'autre sens, pour les partager au dîner avec les autres patients. Mais nous n'en sommes pas encore là. Il y a toute une longue et douloureuse contrainte, une sorte de chemin de croix. Paulette arrive chez sa mère, donc. Elle sonne. La mère a les mains pleines de pâte à pâtés impériaux ou de farine de riz, je ne sais pas, il faut qu'elle s'essuie, elle crie à travers la porte : "j'arrive ! " Et Paulette réplique, toujours à travers la porte fermée : "fous-moi la paix !" , peut-être parce qu'il faudrait que la porte soit toujours ouverte ou quelque chose comme ça, ou qu'elle soit toujours fermée, il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, toujours-est-il qu'elle fait demi-tour immédiatement sans même laisser à sa mère le temps de s'essuyer et d'ouvrir. D'ailleurs la mère a l'habitude, elle ne répond "j'arrive !" que par habitude, elle n'"arrive" pas vraiment, du moins dans l'intention ou c'est bien plus tard, qu'elle compte "arriver", elle continue tranquillement ce qu'elle est en train de faire, et, pendant qu'elle y est, prend bien le temps de s'essuyer les mains avant d'ouvrir la porte : elle sait déjà que Paulette ne sera plus derrière. A ce petit jeu là, les rencontres entre la mère et la fille prennent des allures d'évènements totalement hasardeux, d'accidents temporels, de "rendez-vous manqués" réussis on ne sait pourquoi. Paulette aurait beaucoup plus de chance de rencontrer sa mère sur la place de la concorde que dans sa propre maison. Mais elle ne va jamais Place de la Concorde. A peine revenue à l'hôpital elle fait demi-tour : ça fait tourner les infirmiers en bourrique parce qu'ils sont chaque fois obligés de lui ouvrir la porte et de la lui ouvrir à nouveau cinq minutes après, pour la laisser sortir. Parfois, même, Paulette sonne à la porte de l'hôpital et avant qu'on ait eu le temps de lui ouvrir, elle a déjà fait demi-tour et est repartie chez sa mère. Ça peut durer toute une journée. Cinq, six, dix allers et retours sont parfois nécessaires, le long de l'avenue Henri Barbusse, avant que Paulette entre chez sa mère, accepte enfin les pâtés impériaux (quand je dis pâtés impériaux, ça peut tout aussi bien être une bouteille de coca ou un petit pain au chocolat ou même rien du tout), sans rien dire ni même merci et reparte comme elle était venue, maugréant et répliquant des insultes à ses petites voix. Il arrive qu'on trouve Paulette en train de faire des allers et retours incessants sur l'avenue Henri Barbusse sans entrer nulle part, ni à l'hôpital, ni chez sa mère. C'est du pareil au même. Le trajet en forme de chemin de croix n'et plus qu'une enveloppe vide. Elle ne fait plus que le mimer, comme les chansons, comme les histoires. il arrive même que la mère s'absente, pour de bon, pour des vacances, par exemple, au Viêt-Nam, par exemple. Paulette continue les allers et retours sur l'avenue Henri Barbusse : Si on ne savait pas, on dirait qu'elle tourne en rond. Mais au fond, savoir, par savoir, c'est du pareil au même.

posted by grossmann francis | 8/25/2002


samedi  

toujours le petit carnetVoici encore une image d'une double page de mon petit carnet. Ce sont des copies de deux tableaux (l'une au crayon, l'autre à l'aquarelle) d'Avidgor Arikha, qui est probablement l'un de mes peintres préférés. Je l'ai copié de nombreuses autres fois. Il a beaucoup réfléchi sur l'abstrait et le figuratif.Ce n'est pas un réaliste. Il a pour particularité d'être passé de l'abstrait vers le figuratif au cours de sa carrière, dans ce sens là, non l'inverse. C'est assez peu banal comme trajet. Son figuratif se veut un figuratif d'après nature (c'est ce qu'on appelle un peintre de chevalet) où il rend son statut à l'instantané, à la vitesse d'exécution, et, dit-il, à la vie, mais dans ce qu'elle a d'enigmatique.Il se rapproche un peu de Lucian Freud. Il a peint toute une série d'autoportrait en train de se peindre (devant un miroir) très impréssionnante. En peinture il y a l'oeil, et il y a la main. Arikha se veut un peintre de la main, qui comme chacun sait est aveugle, seulement guidée par l'oeil. Il peint tout ce qu'il voit, nature morte, paysage, objet, corps humain vêtu ou dévêtu dans des poses triviales. Il ne cherche pas le réeel mais interroge sa peinture sur sa propre véracité. On lui doit, surprise, un (malgré tout, on peut considérer que c'est un aboutissement de ses théories radicales sur le "sujet") très beau portrait de feue la reine mère d'Angleterre, qui résume assez ses conceptions de la peinture. Personne n'est parfait. Cependant, je lui voue une grande admiration en raison de son acuité et de sa vista dans le choix fiévreux de ses sujets et de leur execution frénétique, (il a fait le portrait en pied de sa femme au sortir d'une grave opération, avec un gros pansement sur l'oeil, par exemple (ce n'est pa pire que la reine mère)). Allez, bonsoir

posted by grossmann francis | 8/24/2002


vendredi  

J'ai trouvé ce roman, ce soir, en fouillant dans "ECHOLALIE". (si vous vous sentez déprimé, ne serait-ce qu'un tout petit peu, voici une ordonnance : prendre, quand bon vous semble, plusieurs fois par jour si nécessaire, un comprimé d' ECHOLALIE, site anti-dépresseur)


Chapître I


Le golf était humide. Le golfe était humide. Tout était humide.

Note : Dans ce chapître, court et dense, l'auteur expose au moyens de figures de styles hardies - telle la lilote, l'amphigouri ou l'oxymore - l'objet de son travail, qui est d'accoucher, dans la souffrance et la sueur, d'un monument, une montagne accessible aux seuls lecteurs volontaires et déterminés, une épopée tragique et multiforme, auprés de laquelle "l'Iliade et l'Odyssée", "La Recherche du temps perdu" et "Le livre du ça" seront rélégués à l'état de simples bluettes pour midinettes illetrées.


Chapître II


Comme la pluie continuait de tomber, tout était de plus en plus humide. Même les lavis à la pointe sèche étaient humides.

Note : Dans ce chapître, l'auteur réaffirme avec conviction la force de ses propos, et se refuse à toutes les facilités. Il aborde divers aspects de la peinture, vue sous un angle original et exhaustif.


Chapître III


Certains pensaient que "tout était assez humide", mais je m'aperçus vite que tout était trés humide.

Note : Dans ce chapître d'une bouleversante sincérité, l'auteur remonte au racines de l'inconscient, et réussit une éblouissante synthèse des travaux de Lacan et de Gödel.


Chapître IV


Il m'était évident que tout aller passer de l'état "humide" à l'état "mouillé". Etais-je le seul à en être convaincu, ou les Autres pensaient-ils comme MOI ?

Note : Dans ce chapître l'auteur aborde un thème qui lui est cher, celui de l'incommunicabilité. Il reprend les thèses de Wittgenstein, en prouve élégamment la platitude et l'inanité, et pose les fondements d'une logique de l'absurde.


Chapître V


Longtemps je me suis mouillé de bonne heure. Même le poisson rouge faisait des rêves humides.

Note : Dans ce chapître l'auteur aborde divers aspects. Sa faramineuse érudition lui permet de trouver les liens cachés entre divers paradig

Chapître VI


A force de pluie et d'ennui, il nous arriva d'envisager de faire cuire des sushis au barbecue.

Note : Dans ce chapître l'auteur découvre, invente et développe un nouveau modus operandi, dans une oscillation ternaire mêlant habilement les techniques hypertextuelles et oulipiennes à la fragilité du vers mallarméen.


Chapître VII


Il fallait que les gouttes d'eau se ressemblassent, ou se rassemblassent, sous l'influence de la flèche molle et humide du temps.

Note : Dans ce chapître l'auteur exerce sa dextérité pour mettre en abyme l'ambiguité fondamentale et contingente des gouttes d'eau.


Chapître VIII


Un aprés-midi, nous fîmes venir Jerphanion, qui nous lut les 27 tomes des "Hommes de bonne volonté" de Jules Romain. Nous appréciâmes particulièrement le passage où le héros se saisit d'un parapluie. Puis, nous relûmes Proust.

Note : Dans ce chapître l'auteur exprime un profond désespoir, tempéré par l'idée d'une rédemption proche pour lui et ses semblables.



Pas mal, non ?

posted by grossmann francis | 8/23/2002
 

encore extrait de mon petit carnet

Souvenir d'Heurtebise.
Le paradis perdu ? Les mots me manquent ce soir.

posted by grossmann francis | 8/23/2002


mercredi  

double page de mon vieux petit carnet à dessin. A gauche le couteau, à droite la Venus (je précise, vu la maladresse du dessin, on pourait confondre) Cette image, là, à gauche du texte que vous êtes en train de lire, est une double page de mon vieux carnet à dessin que j'ai numérisée et mise en ligne. Ce n'est pas que le dessin soit si bien exécuté, quoique vous reconnaissiez peut-être une très mauvaise copie de la Vénus andiomède de Titien (accompagnée, sur la page de gauche, d'un dessin au crayon de mon Laguiole (je précise quand même, au cas où vous ne reconnaîtriez pas un Laguiole, ni même un couteau)), et quoique j'ai un petit faible pour ce carnet à dessin plein de maladresses (un jour, si j'ai le temps, je le mettrai en ligne sur "ciscoblog.free"), mais c'est pour apprendre. Oui, pour apprendre. Apprendre à utiliser Internet. Si, si. Vous ne vous doutez certainement pas (et si vous vous en doutez multipliez par trois) du temps et de l'énergie qu'il m'a fallu, à moi, pauvre amateur, pour, à partir, du carnet, qui est là, refermé bien sagement, à côté du clavier où je frappe ces lignes, arriver à vous en donner cette image. Vous ne pouvez imaginer le casse-tête que fut de passer le carnet au scanner, changer le format de l'image (numérisée d'abord en rien du tout, puis en BMP par erreur) au format JPG avec Photoshop, l'envoyer sur "ciscoblog.free" avec LeechFTP, la récupérer dans Bloggar (le logiciel qui me sert à composer ce que vous lisez en ce moment même). Combien de cheveux me suis-je arrachés à chaque fausse manipulation, à chaque erreur, a chaque vérification qui ne donnait aucun résultat; vous n'imaginez pas (ou alors multipliez par cinq, cette fois), combien de fois j'ai cru devoir renoncer, tout envoyer ballader, casser mon ordinateur à coups de marteau et à coups de front sur l'écran, et décider que, vraiment, internet, c'était trop dur pour moi. Eh bien, finalement je suis assez content du résultat et de mon obstination, voilà. Je recommencerai.

posted by grossmann francis | 8/21/2002


lundi  

Nous avons tous trois marché sur le pont qui traverse le Neckar et mène au célèbre chemin des philosophes, jusqu'au milieu de l'ouvrage, au dessus des flots couleur de métal. C'était vers cinq heures du soir, le jour tournait insensiblement à la nuit et nous n'étions presque plus que des ombres les uns pour les autres. Le fleuve exhalait une brume vaporeuse. En nous retournant, pour regagner la ruelle pavée qui nous avait amenés là, presque par hasard, nous fîmes face à la splendeur la vieille ville surmontée des ruines de l'antique schloss. Les flèches de la cathédrale commençaient à s'estomper sous les derniers rayons d'un soleil froid. Heidelberg se préparait à la nuit. Je ne peux pas dire maintenant si cela avait été le fleuve, qui s'écoulait si tranquillement, ou bien cette sorte de douce fraîcheur de l'air provoquée par le brouillard qui tombait comme une gaze sur la ville et en feutrait la rumeur, ou encore la fatigue accumulée de toute cette journée et la perspective de celle du voyage de retour, mais je fus saisi d'une sorte de long frisson, d'un tremblement qui n'était pas seulement dû au froid. C'était comme une sensation intense d'être, une prise de conscience presque absurde d'exister soudain, que cette vision de la ville et du fleuve, à la fois évanescente et intemporelle, après celle de l'internement, ne faisait qu'aggraver. C'était comme après une défaite encore proche, au moment où l'oubli n'a pas encore commencé son œuvre, comme le surgissement d'un monde passé mais pas complètement révolu ni résolu - l'Allemagne rhénane si civilisée, le romantisme, Schubert, le Chemin des Philosophes et la montée du nazisme, Heidegger qui enseigna ici, la guerre. Je suis retourné d'autres fois à Heidelberg, mais jamais je n'ai ressenti plus fort cette sensation de coalescence de la nature, de la ville et de la pensée que ce soir de novembre. Je ne me résolvais pas à quitter, sans une sorte de nostalgie douloureuse, le pont que les limbes envahissaient de plus en plus sûrement. Nous avions quitté les Mozards le matin même, cette fois nous avions emmené Hélène avec nous. C'était le deuxième séjour de Philippe à l’Unité pour Malades Difficiles de Sarreguemines, Hélène avait été son médecin traitant dans l'intervalle de deux hospitalisations ou séjours au vingt-six. Avec Paul, nous avions décidé de rendre visite à Philippe une fois tous les deux mois (l'autre mois, c'était ses parents ou sa sœur Christine et son frère Christophe.) Nous avions estimé ce nouveau séjour à Sarreguemines à un an, un an et demi : six ou huit voyages, pour ne pas perdre le contact. Nous avions roulé, depuis le petit matin, sur le long ruban terne de l'autoroute A4, Paris Strasbourg. C'était le deuxième ou le troisième voyage aux confins de l'Alsace et de la Lorraine, aux confins du Nord et de l'Est, à un jet de pierre de la frontière allemande. Nous étions arrivés vers onze heures à l'hôpital psychiatrique. Se faire reconnaître, passer tous les contrôles, sas et autres lourdes portes fermées à clé. Nous avions pénétré encore une fois dans ce monde hors du monde, cet enfer. Bâtisses militaires, ancienne caserne allemande d'avant la guerre de 14, ne possédant aucune des sinistres beautés habituelles des architectures carcérales, espaces extérieurs bordés de "sauts du loup" qu'on apercevait seulement en s'approchant. Grisaille du ciel, grisaille de murs, des bâtisses, grisaille de la terre. Encore se faire reconnaître, encore attendre qu'on prévienne, encore des sas, encore des portes que des gardiens en blanc referment à clé derrière nous. Au bout de ce parcours, Philippe, étonnamment mince, mais non pas amaigri, émacié plutôt, affûté, encadré de deux infirmiers débonnaires mais vigilants. Il nous attend, nous l'avions convenu à notre dernière visite. Il n'est pas en "bleu", comme lors de son premier séjour, où il avait eu "droit" aux ateliers, il porte un de ses propres pyjamas, signe probable que son état est encore incompatible avec les activités occupationnelles ordinaires. D'abord le rituel de la cigarette. Je ne fume pas. Hélène lui tend son paquet, mais il préfère celles de Paul. Ils fument, puis nous parlons. Il est toujours à cent cinquante à l'heure, il raconte des aventures invraisemblables, où il est Superman, où tout a la même valeur, le bien et le mal, où rien n'est grave. Il supporte tout, même les pires tortures, il en redemande, ce n'est pas assez encore, c'est du sport, il est le champion du monde de l'endurance. Il ne va pas mieux, effectivement. Il n'est toujours pas capable de dormir, ça fait plus de deux mois, malgré un traitement faramineux. Il nous propose une partie de Ping pour nous montrer qu'il n'a rien perdu de son fameux revers et que tous les médicaments du monde n'y ferons rien. Mais déjà il passe à autre chose, il parle de sang, de bagarres et de meurtres qui n'ont jamais eu lieu dont il sort toujours indemne et vainqueur. Les infirmiers confirment qu'il leur « en fait voir », mais ils sont sans haine ni méchanceté. Ils l'aiment bien. Ils font un travail impossible, ils ne sont pas pervers, c'est déjà ça, c'est beaucoup. Les autres patients nous dévisagent, viennent nous serrer la main en regardant au loin à travers nous. Il y a des assassins parmi eux et cela ne se voit pas sur leurs visages. Ils sont une dizaine, seuls au milieu des autres, confinés en un espace qu'un seul regard de surveillant peut embrasser. Il y a une télé, inaccessible, très haut placée qui diffuse des images muettes. Un peu plus loin, ce sont les chambres carrelées aux lits de fer et aux nuits neuroleptisées. Il y a une bonne odeur de soupe. C'est absurde. Philippe fabule, il nous raconte des horreurs, il dit qu'on tue des gens ici, qu'on les laisse mourir attachés à leurs lits, ils s'en débarrassent quand tous les traitements ont été essayés et qu'il n'y a plus rien à faire contre leur violence et leur résistance. Il est hanté par les massacres, les carnages, les tueries, les corps démembrés, les torrents de sang et les langues qui pendent. Il vit dans un monde à la Jérôme Bosch. Ici, à Sarreguemines, hormis les chevalets de torture et les brasiers, c'est un peu ça. C'est terrible à dire, mais ça lui convient. Ça convient à ce qu'il a dans la tête. Nous rencontrons le médecin de l'unité, dans son bureau plein de dossiers impeccablement rangés. Il est dans son monde, lui aussi, à l'aise. C'est un jeune arriviste dont l'activisme intellectuel étudié jure avec le calme prosaïque et l'humanité des infirmiers. Il est en train de mettre la dernière touche à une grande théorie de la violence chez les malades mentaux, ça se sent. Il nous expose sa conception du regard : la violence ça se voit dans les yeux, et il a vu la violence dans le regard de Philippe. C'es aussi simple que ça. Ça nous fait plaisir de voir enfin quelqu'un de tranquille, ici. Mais, dit-il pour nous rassurer, même si les théories sont vraies, elles n'ont pas toujours de conséquences pratiques. Pour Philippe, ce sera Haldol et Nozinan, voire Leponex jusqu'à ce qu'il se calme si ça arrive un jour et vogue la galère. Il nous congédie : il a d'autres regards à examiner. Nous allons dire au revoir à Philippe qui est déjà en train de proposer aux infirmiers un semi-marathon autour des murs de L'UMD, ce qui ne semble pas trop les brancher, nous convenons de la prochaine visite, l'année prochaine déjà, dans deux mois, en janvier, et nous nous remettons sur les voies de la sortie et du salut qui, comme chacun sait sont plutôt impénétrables. Ce n'est qu'une fois à l'air libre, pour ainsi dire, et en nous mettant à respirer à grandes goulées, que nous avons pris conscience de l'état de tension qui nous avait habités à l'intérieur de ces hauts murs.

Nous avions mis cap à l'Est, comme pour échapper à l'épouvante, mettre de la distance, franchir les frontières, mus par la fuite en avant qui a fini par nous amener, à travers un dédale d'autoroutes encombrées et de paysages industriels monotones, jusqu'au pont sur le Neckar, au milieu de cette paix invraisemblable et de cette beauté presque inquiétante. La nuit était pratiquement tombée. Sur le quai, les phares brouillés des voitures éclairaient par intermittence les murs des vieilles maisons, la lumière des lampadaires, tout là haut, se frayait un passage dans l'ouate et l'humidité. Nos pas résonnaient sur les pavés des petites ruelles. On aurait pu se croire dans un vieux film expressionniste. On aurait pu s’attendre à voir surgir de l’encoignure d’une porte cochère, dans l’ombre, le visage halluciné de Peter Lore. Le quartier de la cathédrale était presque désert, les petites échoppes qui se pressent le long de ses murs, où on vend depuis le moyen âge des pains d’épice et des décorations de Noël fermaient les unes après les autres. Sur la place déserte, Nosfératu, à nouveau, allait bientôt nous aborder. Nous avions faim et soif. Nous trouvâmes la brasserie "Veter" en revenant sur nos pas, vers le fleuve. Nous découvrîmes, ravis, qu'en Allemagne, on brasse encore la bière dans les brasseries, et pas seulement dans les usines. Là, chez "Veter", sous une lumière qu'elles semblaient irradier, trois cuves de cuivre rouge, hautes de trois mètres, échangeaient leurs gros tuyaux et fabriquaient sur le champ un liquide généreux qu'une fois attablés, nous vîmes mousser joyeusement dans nos bocks. La vie, que nous cherchions désespérément depuis des heures se tenait là, dans la chaleur de cette grande salle pleine de bruit, avec cette fine fleur de la démocratie occidentale, ces étudiants biens nourris, sérieux, joyeux et polis qui partageaient de grandes tablées animées. En rassemblant tout le peu d'allemand que nous possédions à nous trois, nous réussîmes à commander des saucisses, de la choucroute et du fromage. Je me souviens encore de leur délicieuse saveur. Nous nous laissâmes couler encore un instant dans le bruit et la chaleur, sans rien dire, un peu décalés au milieu de toute cette jeunesse avant de regagner la voiture, l’autoroute et le long voyage de retour au milieu de la nuit. A l’heure ou je tape ces mots sur le clavier, nous sommes à la veille de la catastrophe la plus effrayante du vingt et unième siècle commençant et Philippe, après presque dix ans de rémission, vient d’être à nouveau hospitalisé à Vivaldi. Fichu métier.

posted by grossmann francis | 8/19/2002


dimanche  

Et c'est aujourd'hui le grand retour ! Bonjour à tous ! juste le temps de faire un tour sur mes sites favoris et découvrir de nouveaux liens. Si, comme moi vous êtes un fan de poésie graphique je vous conseille ce site que je vais immédiatement et rituellement ajouter à la liste de la colonne de droite (que je nommerai désormais "LCD"). Par exemple, j'aime beaucoup l'image du 29 mars 2002. (pendant que j'y suis, allez faire, de même, un tour des images du 8 et 29 mars sur "DAY OF MY LIFE")

posted by grossmann francis | 8/18/2002


samedi  

C'est aujourd'hui le grand départ ! Nous avons préparé nos sacs à dos et nous sommes montés sur nos éléphants. La caravane s'est ébranlée lentement . Nous sommes enfin en route ! A bientôt ! (fin août)

posted by grossmann francis | 8/3/2002
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