| CISCOBLOG LE SITE D'UN GRAPHOMANE IMPENITENT ET INTERMITTENT |
samedi La Galine sur la route de Grimaud qui monte à Lagarde-Freinet un cabanon ils appellent ça sur une petite colline une grande maison en pierre d'une beauté et d'une pureté sans pareille c'est son nom la Galine au milieu d'un paysage tellement beau que la gorge se serre il y a sept plans successifs disait Anne de la vigne aux lointaines montagnes indigo en passant par tout un enchevêtrement de colline ocres bleues et vertes un enchantement pour l'âme une beauté parfaite voir ça et mourir non rester planté devant toute sa vie ne plus jamais bouger juste regarder changer les couleurs Rolande et Lulu et leurs enfants leurs voisins les cousins les oncles et les tantes presque tous de la même famille ils se connaissent de père en fils et de mère en fille depuis des siècles Grimaud une communauté disparue le père Bertrand le père de Rolande l'écurie le cheval du père Bertrand qu'on n'entend jamais pas un hennissement un très vieux cheval il a plus de vingt ans il vient le voir tous les jours lui parler lui flatter l'encolure lui donner à manger dans sa paume le faire boire à la fontaine il ne voudrait pas qu'il meure les vignes les vendanges les amis du père Bertrand qui donnent un coup de main l'autre fois ce sera à nous de donner le coup de main pour leurs vendanges dans la plaine les vieux qui chantent des chansons provençales en travaillant cette envie d'avoir tout le temps fait partie de ça de ce paysage si beau et si serein de la fontaine en pierre pleine à raz bord d'une eau limpide et glaciale qui déborde doucement par tous les bords moussus le père Bertrand qui y fait boire son vieux cheval le père Bertrand qui m'explique comment on féconde la vigne avec son couteau de paysan notre admiration notre amour pour cet homme d'exception sa beauté ses grandes mains calleuses son pantalon de toile et sa chemises sans col à rayures délavées par les lessives la maison de Rolande et Lulu à Grimaud dans le village les fenêtres qui donnent au loin sur la baie avec la mer au fond leur professions employée de mairie employé à la coopérative vinicole et pompier volontaire le mistral qui s'engouffre dans les petites rues Christine et moi angoissés avec Jérémie qui ne veut pas prendre le sein en octobre 80 la petite fille elle doit avoir trente ans maintenant infirme motrice cérébrale née comme ça et toutes ses opérations qui court malgré tout dans la rue avec ses copines le "il l'a commandé ?" interloqué du petit garçon de Rolande il a cinq ans à l'époque devant le hochet "design" de Jérémie il se disait il faut être complètement débile pour jouer avec un machin pareil la pluie sur les vitres de la voiture qui descend de Lagarde une vision idiote d'oliviers dans un virage et rien d'autre pourquoi cette vision là et pas une autre la Galine aussi en août 73 quand j'ai revu Christine un mois après notre rencontre qui avait duré trois jours à Paris nous n'étions restés que trois jours ensemble elle était partie en vacances chez ses parents dans les Alpes on devait se retrouver à la Galine c'était la première fois que j'y suis allé j'ai fait le trajet Paris Lagarde-Freinet en une seule fois en fonçant avec mon ami 6 sur l'autoroute du Sud pas terminée on ne disait pas encore A6 sans m'arrêter une seule fois sauf pour le plein pas d'électricité pas de meubles dans les pièces nues la fontaine on s'y lavait les dents mais on crachait par terre pour ne pas troubler l'eau Laurence et Anne en chemise de nuit blanche dans l'escalier avec une chandelle allumée qui m'indiquent le chemin je n'en crois pas mes yeux et Christine un bouton de fièvre je me souviens du bouton de fièvre sa blondeur éclaircie par le soleil ses yeux si bleus elle m'attend l'histoire des louis d'or dans le mur de la maison de Grimaud c'est une histoire marseillaise c'est sûr mais on y a cru dur comme fer les propriétés de la famille de Rolande et Lulu a Saint-Tropez la sœur idiote et la mère Bertrand méchante Pagnol que ça rappelle tout ça le Gambetta limonade au café de Lagarde-Freinet plein de hippies communautaire le bruit des cigales dans les platanes du boulevard horreur plus tard la Galine aménagée défigurée par Rolande et Lulu à la mort du père Bertrand on ne pouvait pas dire que c'était nul que ça foutait tout en l'air devant toute la famille attablée qui saucissonnait sur la terrasse l'électricité le frigo la salle de bain les poutres apparentes le paysage en était comme sali souillé nous nous sommes enfuis la Galine vendue à la fin à des hollandais quand Rolande et lulu se sont séparés je me souviens avant la Galine du temps de Laurence en chemise de nuit blanche dans l'escalier c'est Jean Dausset qui la louait au père Bertrand le père Bertrand tout fier "C'est un grande et belle nouvelle" quand on a tous appris qu'il avait eu le prix Nobel de médecine cet été-là comme si c'était nous qui l'avions reçu et la joyeuse nouvelle qui avait roulé de colline en colline et de cabanon en cabanon et parcouru toutes les rues du village nous ne pouvions aller à la Galine que les années où il ne la louait pas ou en dehors des grandes vacances ce qui ne faisait pas beaucoup mais nous on ne nous la louait pas on nous la prêtait la meule de moulin sur le terre plein qui servait de terrasse parce que Jean Dausset y faisait pousser des plantes grasses les couchers de soleil encore une fois Jérémie dans le porte bébé kangourou au milieu des vendanges sur la pente douce de la colline les chênes-lièges les oliviers les arbousiers la myrte le romarin la lavande le thym et le pin parasol et toutes les odeurs qui me reviennent là maintenant avec les larmes oui les larmes. posted by grossmann francis | 8/31/2002mardi Juste un dernier petit mot, ce soir. Il faut bien se rappeller que sur Ciscoblog (et sur tous les blogs, d'ailleurs) les premiers sont les derniers. C'est à dire qu'au moment où vous lisez ces lignes, les plus récentes s'affichent au-dessus des plus anciennes, et pas au-dessous. Un blog, en ce sens, est littéralement (c'est le cas de le dire) l'inverse d'un livre. Pour ce qui est de l'empiètement de la photo sur le paragraphe d'en dessous, je n'en suis pas responsable, même par erreur. J'en suis tout surpris : c'est la faute à l'éditeur de blogs. Apparemment, on ne peut pas mettre en ligne plus d'une image par publication, mais l'effet de mise en page n'est pas si vilain, ne trouvez vous pas ? (je suis sûr qu'en fait vous n'avez cure de toutes ces considérations techniques, décarcassez-vous, tiens !) posted by grossmann francis | 8/27/2002
dimanche Ce soir, texte. Je prépare une suite en images sur ce que je racontais
des auto-portraits d'Arikha, mais comme ce n'est pas encore tout à fait
prêt, ce soir, c'est texte. Ce que vous allez lire est la deuxième partie
de l'histoire de Paulette, dont, si vous êtes un lecteur attentif de
Ciscoblog, vous avez déjà lu la première partie en juin (sinon, vous êtes
un mauvais élève, tant pis). Pour les nouveaux, et uniquement pour eux,
car ils sont attentifs, eux, les nouveaux, la première partie de
l'histoire de Paulette est dans les archives de juin, datée du 14. Interro
surprise demain ! samedi
vendredi J'ai trouvé ce roman, ce soir, en fouillant dans "ECHOLALIE". (si vous
vous sentez déprimé, ne serait-ce qu'un tout petit peu, voici une
ordonnance : prendre, quand bon vous semble, plusieurs fois par jour si
nécessaire, un comprimé d' ECHOLALIE, site anti-dépresseur)
mercredi
lundi Nous avons tous trois marché sur le pont qui traverse le Neckar et mène
au célèbre chemin des philosophes, jusqu'au milieu de l'ouvrage, au dessus
des flots couleur de métal. C'était vers cinq heures du soir, le jour
tournait insensiblement à la nuit et nous n'étions presque plus que des
ombres les uns pour les autres. Le fleuve exhalait une brume vaporeuse. En
nous retournant, pour regagner la ruelle pavée qui nous avait amenés là,
presque par hasard, nous fîmes face à la splendeur la vieille ville
surmontée des ruines de l'antique schloss. Les flèches de la cathédrale
commençaient à s'estomper sous les derniers rayons d'un soleil froid.
Heidelberg se préparait à la nuit. Je ne peux pas dire maintenant si cela
avait été le fleuve, qui s'écoulait si tranquillement, ou bien cette sorte
de douce fraîcheur de l'air provoquée par le brouillard qui tombait comme
une gaze sur la ville et en feutrait la rumeur, ou encore la fatigue
accumulée de toute cette journée et la perspective de celle du voyage de
retour, mais je fus saisi d'une sorte de long frisson, d'un tremblement
qui n'était pas seulement dû au froid. C'était comme une sensation intense
d'être, une prise de conscience presque absurde d'exister soudain, que
cette vision de la ville et du fleuve, à la fois évanescente et
intemporelle, après celle de l'internement, ne faisait qu'aggraver.
C'était comme après une défaite encore proche, au moment où l'oubli n'a
pas encore commencé son œuvre, comme le surgissement
d'un monde passé mais pas complètement révolu ni résolu - l'Allemagne
rhénane si civilisée, le romantisme, Schubert, le Chemin des Philosophes
et la montée du nazisme, Heidegger qui enseigna ici, la guerre. Je suis
retourné d'autres fois à Heidelberg, mais jamais je n'ai ressenti plus
fort cette sensation de coalescence de la nature, de la ville et de la
pensée que ce soir de novembre. Je ne me résolvais pas à quitter, sans une
sorte de nostalgie douloureuse, le pont que les limbes envahissaient de
plus en plus sûrement. Nous avions quitté les Mozards le matin même, cette
fois nous avions emmené Hélène avec nous. C'était le deuxième séjour de
Philippe à l’Unité pour Malades Difficiles de Sarreguemines, Hélène avait
été son médecin traitant dans l'intervalle de deux hospitalisations ou
séjours au vingt-six. Avec Paul, nous avions décidé de rendre visite à
Philippe une fois tous les deux mois (l'autre mois, c'était ses parents ou
sa sœur Christine et son frère Christophe.) Nous avions estimé ce nouveau
séjour à Sarreguemines à un an, un an et demi : six ou huit voyages, pour
ne pas perdre le contact. Nous avions roulé, depuis le petit matin, sur le
long ruban terne de l'autoroute A4, Paris Strasbourg. C'était le deuxième
ou le troisième voyage aux confins de l'Alsace et de la Lorraine, aux
confins du Nord et de l'Est, à un jet de pierre de la frontière allemande.
Nous étions arrivés vers onze heures à l'hôpital psychiatrique. Se faire
reconnaître, passer tous les contrôles, sas et autres lourdes portes
fermées à clé. Nous avions pénétré encore une fois dans ce monde hors du
monde, cet enfer. Bâtisses militaires, ancienne caserne allemande d'avant
la guerre de 14, ne possédant aucune des sinistres beautés habituelles des
architectures carcérales, espaces extérieurs bordés de "sauts du loup"
qu'on apercevait seulement en s'approchant. Grisaille du ciel, grisaille
de murs, des bâtisses, grisaille de la terre. Encore se faire reconnaître,
encore attendre qu'on prévienne, encore des sas, encore des portes que des
gardiens en blanc referment à clé derrière nous. Au bout de ce parcours,
Philippe, étonnamment mince, mais non pas amaigri, émacié plutôt, affûté,
encadré de deux infirmiers débonnaires mais vigilants. Il nous attend,
nous l'avions convenu à notre dernière visite. Il n'est pas en "bleu",
comme lors de son premier séjour, où il avait eu "droit" aux ateliers, il
porte un de ses propres pyjamas, signe probable que son état est encore
incompatible avec les activités occupationnelles ordinaires. D'abord le
rituel de la cigarette. Je ne fume pas. Hélène lui tend son paquet, mais
il préfère celles de Paul. Ils fument, puis nous parlons. Il est toujours
à cent cinquante à l'heure, il raconte des aventures invraisemblables, où
il est Superman, où tout a la même valeur, le bien et le mal, où rien
n'est grave. Il supporte tout, même les pires tortures, il en redemande,
ce n'est pas assez encore, c'est du sport, il est le champion du monde de
l'endurance. Il ne va pas mieux, effectivement. Il n'est toujours pas
capable de dormir, ça fait plus de deux mois, malgré un traitement
faramineux. Il nous propose une partie de Ping pour nous montrer qu'il n'a
rien perdu de son fameux revers et que tous les médicaments du monde n'y
ferons rien. Mais déjà il passe à autre chose, il parle de sang, de
bagarres et de meurtres qui n'ont jamais eu lieu dont il sort toujours
indemne et vainqueur. Les infirmiers confirment qu'il leur « en fait voir
», mais ils sont sans haine ni méchanceté. Ils l'aiment bien. Ils font un
travail impossible, ils ne sont pas pervers, c'est déjà ça, c'est
beaucoup. Les autres patients nous dévisagent, viennent nous serrer la
main en regardant au loin à travers nous. Il y a des assassins parmi eux
et cela ne se voit pas sur leurs visages. Ils sont une dizaine, seuls au
milieu des autres, confinés en un espace qu'un seul regard de surveillant
peut embrasser. Il y a une télé, inaccessible, très haut placée qui
diffuse des images muettes. Un peu plus loin, ce sont les chambres
carrelées aux lits de fer et aux nuits neuroleptisées. Il y a une bonne
odeur de soupe. C'est absurde. Philippe fabule, il nous raconte des
horreurs, il dit qu'on tue des gens ici, qu'on les laisse mourir attachés
à leurs lits, ils s'en débarrassent quand tous les traitements ont été
essayés et qu'il n'y a plus rien à faire contre leur violence et leur
résistance. Il est hanté par les massacres, les carnages, les tueries, les
corps démembrés, les torrents de sang et les langues qui pendent. Il vit
dans un monde à la Jérôme Bosch. Ici, à Sarreguemines, hormis les
chevalets de torture et les brasiers, c'est un peu ça. C'est terrible à
dire, mais ça lui convient. Ça convient à ce qu'il a dans la tête. Nous
rencontrons le médecin de l'unité, dans son bureau plein de dossiers
impeccablement rangés. Il est dans son monde, lui aussi, à l'aise. C'est
un jeune arriviste dont l'activisme intellectuel étudié jure avec le calme
prosaïque et l'humanité des infirmiers. Il est en train de mettre la
dernière touche à une grande théorie de la violence chez les malades
mentaux, ça se sent. Il nous expose sa conception du regard : la violence
ça se voit dans les yeux, et il a vu la violence dans le regard de
Philippe. C'es aussi simple que ça. Ça nous fait plaisir de voir enfin
quelqu'un de tranquille, ici. Mais, dit-il pour nous rassurer, même si les
théories sont vraies, elles n'ont pas toujours de conséquences pratiques.
Pour Philippe, ce sera Haldol et Nozinan, voire Leponex jusqu'à ce qu'il
se calme si ça arrive un jour et vogue la galère. Il nous congédie : il a
d'autres regards à examiner. Nous allons dire au revoir à Philippe qui est
déjà en train de proposer aux infirmiers un semi-marathon autour des murs
de L'UMD, ce qui ne semble pas trop les brancher, nous convenons de la
prochaine visite, l'année prochaine déjà, dans deux mois, en janvier, et
nous nous remettons sur les voies de la sortie et du salut qui, comme
chacun sait sont plutôt impénétrables. Ce n'est qu'une fois à l'air libre,
pour ainsi dire, et en nous mettant à respirer à grandes goulées, que nous
avons pris conscience de l'état de tension qui nous avait habités à
l'intérieur de ces hauts murs. dimanche Et c'est aujourd'hui le grand retour ! Bonjour à tous ! juste le temps de faire un tour sur mes sites favoris et découvrir de nouveaux liens. Si, comme moi vous êtes un fan de poésie graphique je vous conseille ce site que je vais immédiatement et rituellement ajouter à la liste de la colonne de droite (que je nommerai désormais "LCD"). Par exemple, j'aime beaucoup l'image du 29 mars 2002. (pendant que j'y suis, allez faire, de même, un tour des images du 8 et 29 mars sur "DAY OF MY LIFE") posted by grossmann francis | 8/18/2002samedi C'est aujourd'hui le grand départ ! Nous avons préparé nos sacs à dos et nous sommes montés sur nos éléphants. La caravane s'est ébranlée lentement . Nous sommes enfin en route ! A bientôt ! (fin août) posted by grossmann francis | 8/3/2002 |
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