dimanche
Je viens de trouver, en parcourant la livraison mensuelle de Geisha Asobi une chose, comment
peut-on appeler ça autrement qu'une chose ?) incroyable, proprement
incroyable. Je suppose que la plupart d'entre vous connaissent déjà, ou en
ont entendu parler (je suis le roi des métros en retard et des
enfoncements de porte ouvertes, je sais). C'est cette chose là. Cliquez
vous-dis-je ! De quoi avez vous peur ? Vous avez cliqué ? Vous ête
déçu(e)? Encore un gadget Google, dites-vous ? Avez- vous seulement essayé
? Je suis sûr que non. Eh bien essayez donc, et vous saurez ce que
googliser (ce n'est pas un beau mot, OK, mais je n'en vois pas
d'autres pour l'instant, bluffé comme je me trouve) votre propre
ordinateur veut dire. En tout cas, moi, ayant accédé à la chose, j'ai eu
une sorte de vertige, comme devant un gouffre de possibles. Complètement
surlecuté. Enfin, voyez par vous même, si vous ne me croyez pas. Et ne
venez pas me parler de Big Brother ou autres fredaines de ce genre, on a
changé de monde depuis un petit moment, savez-vous ? posted by grossmann | 10/31/2004
Je viens de m'escrimer trop longtemps sur CISCORADIO dont vous pouvez
voir une "maquette" non fonctionnelle dans la colonne de droite. Tout
paraît en place, j'ai vérifié la moindre virgule des codes, mais rien ne
marche. Il y a des soirs comme ça... posted by
grossmann | 10/31/2004
samedi
Une traduction originale, si je puis dire, du texte de la dernière
vidéo de Ben Laden, par Phersu posted
by grossmann | 10/30/2004
je me souviens
des chansons d'Anne Sylvestre. Non
pas parce qu'elles ont bercé l'enfance de mes enfants, elle avait déjà son
côté grand-mère baba à la guitare reconvertie, mais parce qu'elles ont
bercé mon adolescence et ma jeunesse à moi. Et où est-vous donc passé,
vous, les amis d'autrefois ? J'ai soudain repensé à Anne Sylvestre en
voyant - non pas en regardant - des images à la télé de mer démontée et de
gardiens de phare (la Jument, précisément à l'Ouest d'Ouessant) extraites
d'un un film avec Torreton et Bonnaire ("L'équipier" ?) qui est censé
sortir cette semaine et que je n'irai probablement pas voir. Il y avait un
plan pris au pied d'une vague en pleine mer avec la dentelle d'écume et le
gris du ciel qui change sans arrêt de dimensions et l'échappée
intermittente, au gré du flot, sur la vague suivante et le mince paysage à
l'horizon qui m'a fait irresistiblement penser à l'été de soixante sept
aux Glénans quand, sous le vent de Drenec et sur le cotre aux voiles
auriques aurores et écrevisses, j'ai vu le tee-shirt trempé par l'embrun
et la forme délicieuse des seins de ma coéquipière. posted by grossmann | 10/30/2004
vendredi
Quelques nouvelles, depuis mon récent retour (ce matin encore les
montagnes et les nuages se transformaient les uns en les autres comme dans
les peintures chinoises anciennes) : François Bon a son blog, je ne suis pas
le premier à l'annoncer mais ce n'est pas une raison pour que Ciscoblog
n'en parle pas. Ca promet, donc. J'ai enfin compris comment mettre en
ligne une "playlist" !(j'ai lu un mode d'emploi de "radioblog"
particulièrement bien fait dans le SVM d'Octobre et dans le TGV): vous
allez donc pouvoir prochainement consulter ce site en musique (gare a Bach
et à Coltrane !) Je suis aussi tombé sur ce café du commerce qui n'en n'est pas un
chez "Feuilles de
route" qui manque encore en LCD mais qui ne saurait tarder. That's
all, folks for this night ! posted by grossmann
| 10/29/2004
Un dernier petit "Paris au volant" et une dernière petite "Pensée de la
nuit" pour la route avant de me téléporter là. De retour
vendredi prochain, 29 octobre posted by grossmann
| 10/22/2004
Paris au volant 8

posted by
grossmann | 10/22/2004
Pensée de la nuit N°74 "Un jour un homme le fit entrer dans une
maison richement meublée et lui dit :"Surtout ne rache pas par terre".
Diogène, qui avait envie de cracher, lui lança son crachat au visage en
lui criant que c'était le seul endroit sale qu'il eut trouvé où il put le
faire" DIOGENE LAERCE VIE,DOCTRINE, ET SENTENCE DES PHILOSOPHES
ILLUSTRES posted by grossmann | 10/22/2004
jeudi
J'ai la réponse - de Steve, super rapide, merci Steve - mais pas encore
la solution. Les accents n'ont pas disparu de mes archives. Ils sont
toujours là mais mal encodés. Bon... J'ai la réponse, dis-je, mais pas
encore la solution : quand je change d'encodage, toutes les archives
d'avant octobre 2003 deviennent lisibles mais c'est tout ce qui est récent
qui est illisible...Je réinstalle tout comme avant. Mais mes archives sont
toute chavirées...Y'a quelque chose qui cloche la dedans, j'y retourne
immédiatement. posted by grossmann | 10/21/2004
mercredi
Je viens de m'apercevoir avec horreur que Blogger a renouvelé son bug
de l'année dernière : toutes les archives de CISCOBLOG dantant d'avant
octobre 2003 ont perdu leurs accents graves, aigus, circonflèxes. Ils ont
été remplacés par de petits carrés rendant les textes quasiment
illisibles. Je vais e-mailer tout de suite à Blogger un message
d'indignation et une demande de dé-bug qui avait marché la dernière fois.
Je vous tiendrai au courant. Don't panic, CISCOBLOG a plus d'une ressource
dans son sac ! posted by grossmann | 10/20/2004
dimanche
Un petit lien très utile découvert ce
soir. Quand je dis petit... Il semblerait que ce soit une coproduction
Google - Amazon ! Tapez Marilyn + Monroe, rien que pour voir. Je sens que
vous ne pourrez bientôt plus vous en passer (pour moi, c'est déjà
fait) posted by grossmann | 10/17/2004
jeudi
Pensée de la nuit N°73 : "Non, non ce n'est pas de me "détacher
d'une image de moi" qui m'est "demandé". C'est de passer de moi - image de
moi, peut être, mais tellement plus - de moi en cet instant, en train de
vous écrire, assise là, regardant le soleil d'automne sur les peupliers
devant ma fenêtre quand je lève la tête, pensant déjà à la phrase
suivante, et, marginalement, à ce que vient d'être la journée, moi sans
cesse en projet et en souvenirs, passer de moi au noir absolu. Il s'agit
bien d'une image ! Il s'agit de cet "étroit passage" et rien d'autre.Être
morte, soit, je veux bien, mais mourir..." Colette audry, Rien
au-delà posted by grossmann | 10/14/2004
Après la guerre, Mongrandpère, revenu de l'Exode, trouva sa
maison vidée et pillée. Fataliste et sans rancune, il fit, dans le même
village, l'acquisition d'une grande maison de deux étages avec une cour
nue et caillouteuse, territoire insécure d'une basse-cour toujours sur le
qui vive. Il y avait une pompe en fonte cannelée sur l'unique bras de
laquelle nous pesions de tout notre poids pour faire couler, dans une auge
qui ne servait plus depuis longtemps, un filet d'eau glacée et claire.
Tout autour, de nombreuses dépendances, granges, ateliers divers. Au fond,
un appentis, salle aux trésors obscure, à l'odeur de champignons, où nous
ne pénétrions que sous la tutelle de Mongrandpère, où rouillaient les
boites en fer blanc emplies des choses qu'on ne jette jamais à la
campagne, clous, vis rouillées, boulon grippés, vieux joints de caoutchouc
cuits, et où les planches et découpes d'agglo empilées contre les murs
noirs pourrissaient en silence. J'ai le souvenir de l'éclat de la lumière
à travers les carreaux d'une porte vitrée qui donnait directement sur un
gros ruisseau et des herbes folles. C'était comme la porte des étoiles :
on franchissait le seuil et son retrouvait en pleine nature. Le chant
guilleret du ruisseau, la fraîcheur, le verger, les cerises et les
mirabelles, contrastant avec le décor austère et désertique de la cour,
nous impressionnaient. Mongrandpère n'était pas ce qu'on appelle un vrai
pêcheur, mais de temps en temps, il jetait dans le ruisseau une bouteille
de lait vide retenue par une ficelle nouée au goulot. Il la retirait
quelque temps après, grouillant d'un banc scintillant de petits poissons
qui étaient entrés et n'avaient pas su retrouver la sortie, disait-il. Ce
que nous faisions des poissons, je ne m'en souviens plus, certainement pas
une friture. Mais les poulets de la cour finissaient bel et bien à la
cocotte, ce expliquait leur air toujours inquiet. Nous ne mangions pas du
poulet un jour particulier, pas forcément le dimanche, ni le samedi. Nous
mangions les poulets quand les poussins avaient assez grandi. Quand le
temps était venu, Mongrandpère se mettait alors à se promener, mine de
rien, les mains derrière le dos, au milieu de la basse cour. Les poules se
poussaient, avec ce gloussement réprobateur qui leur donnerait presque un
air intelligent. Mongrandpère se baissait soudain. Les poules s’écartaient
tout ensemble comme une vague, dans un grand et bref froissement. Quand il
se relevait, il tenait un volatile à peine étonné entre ses mains.
Mongrandpère prenait le couteau de cuisine posé sur un bord de l’auge et
lui coupait la tête, d’un coup sec avant qu’il ait compris quoi que ce
soit. Le
geste n’était pas si facile. Il arrivait que le poulet, la tête déjà
tranchée, tombe en se débattant sur le sol sur ses pattes, comprenant
alors trop tard, comme à retardement, qu’il allait mourir mais en étant
déjà mort, et se mette à courir tout droit, laissant là sa tête, mais sans
succès durable. Sur l’instant, nous riions, mais n’en parlions plus jamais
après. La cour était ce qu’on appelle aujourd’hui un véritable parc à
thème Ainsi, une autre grange était bondée de sacs de grains, sentait bon
et donnait envie d’éternuer. Il y avait là aussi de majestueux tas de blé
attendant d’être ensaché dans lesquels nous nous vautrions comme le font
les enfants dans les piscines à bulles modernes, et une énorme machine aux
rouages compliqués, l’ensacheuse, qui fonctionnait de temps en temps en
faisant trembler tout le bâtiment. Nous y pénétrions, en secret bien sûr,
dans le noir, en suivant les maigres rayons blancs du soleil filtrés par
les planches disjointes. A combien de noyades et de suffocations
avons-nous sans le savoir alors échappé ? L’activité du village n’était
pas principalement agricole. C’était un village ouvrier. Il y avait
surtout les mines de potasse d’Alsace. Les puits Rodolphe 1 et Rodolphe 2.
Beaucoup de maisons du village étaient des maisons ouvrières avec petits
jardins ouvriers et nains en céramique ouvrieux venus de l’Allemagne toute
proche où ils étaient encore plus populaires. Souvent, Mongrandpère nous
emmenait promener vers les puits au moment des changements de poste et
nous regardions les grandes roues des molettes tourner dans le paysage
immobile. Des wagons-trémies attendaient placidement la « recette » du
jour et les motrices qui les emmèneraient à Mulhouse ou encore plus loin.
Puis nous revenions par la gare où passait aussi la micheline jaune et
rouge avec ses bruits de clochettes. Nous essayions d’apercevoir les deux
petits cochons Gaston et Joséphine, héros du livre d’images que nous
parcourions le soir avant d’éteindre, qui partaient pour Paris, penchés à
la fenêtre agiter leurs mouchoirs pour nous faire au revoir. Mongrandpère
avait la vue perçante : il ne les ratait jamais et leur rendait leur salut
en agitant la main. Nous, hélas, nous étions trop petits mais avions la
foi du charbonnier. Nous n’avons jamais désespéré. posted by grossmann | 10/14/2004
dimanche
26 (titre provisoire), XIII, suite
On
appellerait ça une équipe de choc. On pourrait dire que Lucien Bonnafé
avait eu de la chance, et en même temps non. Une douzaine de jeunes
infirmiers, sans compter les médecins et les psychologues, tous moins de
trente ans, enthousiastes, motivés comme des meurt-de-faim, atypiques
voire déclassés, ils ne descendaient pas des lignées familiales des
gardiens d’asiles d’alors, avec une grande expérience de la souffrance
pour l’avoir pour la plupart vécu dans leurs âmes et dans leurs chairs,
autonomes, révoltés juste comme il l’avait rêvé, formaient sa phalange, sa
garde rapprochée turbulente, son vol, sa horde sauvage et pure. Il y avait
Cathy Tassoni, Cathy - elle s’était mariée avec Florent, entre temps),
Cathy Charles (on les appelaient les « deux Cathy », quand on parlait
d’elles on disait Cathy « T. » ou Cathy « C. »), la jolie boiteuse, comme
dans les romans d’Alexandre Dumas,Véra Précourt, antillaise joyeuse,
confiante, patiente et timide mais pas avec les patients. Félix Durand
avait des cheveux longs et raides qui lui encadraient le visage comme des
oreilles de Cocker, l’humour de Clown triste et froid. Il apportait la
presse (de gauche) tous les matins, c’étaient les « années Libé » mais
Bonnafé préférait « le Monde », l’après midi, qu’il « achetait d’occasion
», moitié prix, un frac, à la fin des consultations à l’interne qui
l’avait amené pour sa permanence et qui l’avait déjà lu, pas l’ «Humanité
» , pourtant organe central du parti qu’il n’a jamais quitté, qu’on ne
voyait traîner sur aucune table aux « Mozards». Félix était encore à la
Ligue, à cette époque. Bonnafé n’aimait pas les gauchistes, il les
tolérait pourtant comme une maladie infantile, disait-il, (de toutes
façons les membres de son propres parti étaient bien trop conventionnels
pour travailler avec lui), mais ils étaient beaucoup plus proches de lui,
personnellement, qu’il croyait, il y avait quelque chose qui n’était pas
du tout politique qui le liait à eux, qui se figuraient de leur côté avoir
investi la place et infiltré le parti. Cette fausse alliance fut une sorte
de jeu de dupes qui tourna mal quelques années plus tard, mais en ces
temps bibliques cela n’avait pas d’importance. Cédric Furtaud était le
grand ami et néanmoins camarade comme on dit de Félix. Bien qu’ils
n’étaient pas membre de la même « orga » (Cédric était à « Révo » tendance
puis dissidence maoïste de la LCR) et que l’un était à l’autre ce que le
feu est à l’eau, ils avaient sillonné ensemble la France psychiatrique
durant l’été 1975 pour diffuser la bonne parole de l’AERLIP, premier «
syndicat » libertaire infirmier fondé un ou deux ans plus tôt au congrès
de psychiatrie d’Auxerre, dans la fièvre post soixanthuitarde et dont
Félix avait été le président à vingt ans. Cédric était un grand blond
délié, faune totalement insoumis, surdoué et exagéré en tout Toujours au
premier rang, rhéteur infatigable et intraitable, il était comme une
figure de proue que le vaisseau amiral lui-même avait du mal à suivre. Il
était à la fois rebelle et créatif. Sûr de sa force et de sa sève, il
bousculait tout sur son passage. Rien ne semblait lui résister. il faisait
même un peu peur à Bonnafé lui-même qui ne l’avait pas choisi, mais il
s’était imposé, annonçant unilatéralement un beau jour qu’il faisait
partie du service. Interloqué et séduit, Bonnafé n’avait dit mot, et avait
consenti à le prendre dans sa troupe. Il se disait basiste mais c’était
évidemment un franc tireur qui avait des rêves de chefs révolutionnaires.
Sa rencontre avec Cathy sera une d’explosion inéluctable. posted by grossmann | 10/10/2004
vendredi
J'ouvre ce soir, à titre expérimental, une nouvelle rubrique dans la
colonne de droite. Elle s'intitule "JE LIS", comme vous
pouvez voir. Cliquez ad libitum. La découverte du logiciel
"Omnipage" et mon émerveillement devant ses possibilités m'a donné envie
de faire partager certains "petits bouts" de ces livres, ce qui est
réalisable sans trop d'efforts. Il y aura aussi parfois des commentaires
persos. Mais pas tout le temps. Cette rubrique devrait être mise à jour et
archivée une fois par mois, à peu près. Encore un pas de plus vers le
"Life caching" comme dirait notre ami Google, mais don't panic. posted by grossmann | 10/8/2004
"Si quelqu'un vous dit 34% de mes foobars
sont bleutés, on peut en déduire qu'il possède au moins 29
foobars" nous dit David
Madore. Il n'y a pas à dire, ils sont forts, ces matheux (et limpides
avec ça, ce qui ne gâte vraiment rien) posted by
grossmann | 10/8/2004
mercredi

J'ai
retrouvé, en suivant un itinéraire dont je ne me souviens plus, ce site
que je croyais avoir perdu (sites perdus, sites retrouvés, sites perdus de
vue, sites séparés et sites réchauffés : le web, c'est comme le tourbillon
de la vie...) et qui est un des photologs les plus beaux que je
connaisse. posted by grossmann | 10/6/2004
dimanche
Aujourd'hui, installé à la table de la cuisine, j'ai mangé des noix
fraîches. Manger des noix fraîches, c'est faire un tour dans la vraie vie.
Combien de fois mangerai-je encore des noix fraîches ? posted by grossmann | 10/3/2004
Je me souviens
de ma rencontre avec Felfline Féerique.
J'ai rencontré Felfine Féerique. Voici comment. Je ne peux pas dire que
c'était vraiment mon actrice préférée, mais presque. C'était sans aucun
doute l'actrice préférée de beaucoup de mes copains ou plutôt copines
théâtreuses d'alors (mes copains théâtreux aimaient beaucoup Felfine en
général mais je crois me souvenir qu'ils lui préféraient tout de même
Carole Laure ou Bulle Augier, Monica Vitti, Anna Karina, voire Anne
Alvaro) mais aux temps dont je parle c'était une sacrée vedette, tout ce
qu'il y avait de politiquement correct mais on ne disait pas comme ça à
l'époque, une vraie militante féministe, et aux temps dont je parle ce
n'était pas de la gnognote, vraiment, elle était l'héroïne de l' "Année
dernière à Marienbad", c'est elle qui faisait chavirer Antoine Doisnel
dans une scène épatante de "Baisers volés", c’est elle qui tenait aux
côtés de Mikaël Lonsdale le premier rôle d'"India Song" et surtout de "Son
nom de Venise dans Calcutta désert" (qui se souvient de ce chef d'oeuvre
inoubliable et pourtant oublié de Marguerite Duras..? Pas sûr que ce soit
regardable de nos jours. Plus sérieusement je me souviens de "Jeanne
Dielman 45 quai du commerce" de Chantal Ackerman où elle est proprement
époustouflante) Bref, Felfine n'était pas Brigitte Bardot, ni Catherine
Deneuve, encore moins Sharon Stone ou Raquel Welsh qui étaient plus mon
type physique mais il ne fallait pas le dire, et plus mondialement connues
qu’elle, du temps dont je parle, mais bon, elle avait cette voix
inimitable et ce sourire vraiment extraordinaire qui avait fait fondre
Jean Pierre Léaud et les spectateurs enthousiastes de « Baisers volés ».
Je ne connais aucun homme qui à l’époque n’avait pas rêvé de se trouver à
la place de Léaud. Felfine était l’apparition faite femme. Si on pensait à
une apparition, on pensait obligatoirement à Felfine. Nous rêvions tous
d’entrer dans un magasin de chaussures, de nous asseoir en attendant un
vendeuse, et de voir apparaître Felfine son sourire d’ange aux lèvres dans
son tailleur Chanel. Il se trouve qu’aux temps dont je parle nous avions
de très bons copains qui habitaient place des Vosges. Eh oui, dans les
années soixante dix, des révolutionnaires, des vrais, qui habitaient place
des Vosges. Comme je dis. La place des Vosges est une place à coins carrés
si vous ne savez pas. C’était au premier étage dans le coin opposé à celui
de la maison de Victor Hugo. Du temps dont je parle il était fréquent de
vivre en « communauté ». Nous avions donc deux copains, B. et D. (qu’ils
soient ici salués s’ils tombent sur ces lignes, ils se reconnaîtrons) qui,
outre leurs professions d’apprenti journaliste et d’apprenti médecin,
étaient membres d’un fameux parti révolutionnaire. Aux temps dont je
parle, on disait la « Ligue », en faisant légèrement traîner le « i ». Ces
deux copains avaient d’autres copains et, à eux tous, pratiquement une
quinzaine, plus les petits amis fixes ou épisodiques, il avaient réussi à
louer cet improbable appartement de vingt pièces du dix-septième siècle
sur la plus belle place de Paris. Ils ne faisaient pas tous partie de la «
Liigue » mais tous affichaient des idées d’extrême gauche voire, pour
certains, ultragauchistes. Par exemple, parmi beaucoup d’autres inconnus
promis trente ans plus tard aux reines du pouvoir ou à faire l’opinion, il
n’habitait pas là, il venait comme nous, invité par je ne sais plus quel
membre de la communauté devenu de nos jours éditeur au Seuil ou rédacteur
en chefs d’un grand journal parisien du soir ou chef de cabinets
ministériels, je ne citerai pas leurs noms ni même leurs prénoms même
abrégés de peur qu’eux aussi tombent ici par hasard et qu’ils me demandent
des comptes après toutes ces années (ça m’est déjà arrivé (non…si !)), il
était souvent accoudé au manteau de la cheminée où ne brûlait aucune
bûche, les cheveux longs gras et sales, un verre de rouge à la main, sans
jeu de mot, et tentait de se faire entendre des dîneurs de quelques pâtes
(oui mes des Panzanis) qui lui lançaient de temps à autres, des « arrête
un peu de déconner, laisse nous manger tranquille, Jean Hedern », c’était
un peu avant qu’il fonde l’ « Idiot International », nous le trouvions
risible et prétentieux, tout le monde se moquait de lui. Ainsi va le
monde. Par exemple. Ces appartements parisiens du dix-septième siècle,
pour immenses et donc propices aux communautés qu’ils aient été n’étaient
pas si bien foutus que ça. Ainsi, pratiquement toutes les pièces étaient
en enfilade et il n’y avait qu’une seule salle de bain et une toute petite
cuisine. Pour vivre à vingt cinq plus les copains et les chats. Bien
qu’aux temps dont je parle, c’était beaucoup moins important
qu’aujourd’hui, il était assez difficile de préserver une quelconque
intimité puisqu’on était sans arrêt dérangé, à toute heure du jour et de
la nuit, par des gens qui passaient de chambre en chambre pour rentrer
chez eux ou voir leurs copains et qui disaient « pardon, pardon » mais
pour la forme seulement en chuchotant entre eux « tiens, ils sont à la
liigue, eux aussi. » Il y avait par exemple deux petits malins qui avaient
tenté de résoudre la question par un lit à baldaquins aux tentures grises
toujours fermées et aucun autre meuble dans leur chambre, mais ils étaient
passablement mal vus. Les plus chanceux habitaient à l’autre bout de
l’appart. Ils dérangeaient tout le monde, mais on les dérangeait moins. Il
y avait des fêtes et des « nuits blanches» mais on ne disait pas encore
comme ça, aux temps dont je parle. Nous nous installions fraternellement à
la grande table commune, mais le plus souvent nous allions dîner chez B.
et D. dans leur chambre. Après avoir fraternellement fait la queue à la
cuisine. Pour entrer dans l’immeuble il fallait pousser le battant d’une
lourde porte cochère qui donnait sur la place (pas de code, aux temps où
je parle, incroyable mais vrai), traverser une belle cour pavée,
dix-septième elle aussi, et prendre l’escalier de droite. Le fond de la
cour était occupé par un splendide hôtel particulier, avec de grands
arbres derrière un mur et une autre porte cochère plus petite. Cet
immeuble abritait, figurez vous, et c’est la que je reviens à mon sujet,
Felfine, qui vivait alors avec Samy Frey mais nous lui pardonnions, car
nous aimions beaucoup Samy Frey aussi. Bien entendu, tous les «
communautaires » s’entendaient très bien avec le couple de vedettes qui,
grosso plutôt que modo partageaient leurs idées, pas tout à fait sur le
même pied, bon. Ils allaient par exemple sortir les poubelles ensemble.
Pas tous les jours, mais souvent. Ah, comme j’aurais aimé sortir mes
poubelles en compagnie de Felfine. « Alors, comme ça, » disais-je, rêveur
et éperdu de jalousie à B., « tu vas sortir les poubelles et tu rencontres
Felfine ! » « Eh, oui, mais seulement quand c’est mon tour » me
répondait-il en se recarrant avec satisfaction sur son coussin indien.
J’avais donc formé le rêve de rencontrer un jour Felfine dans la cour
pavée, alors qu’elle émergeait de chez elle ou sortait les poubelles mais
ça je n’y croyais pas trop. Je me plaisais à imaginer qu’elle me tenait la
porte cochère en robe du soir et s’effaçait avec son inoubliable sourire
pour me laisser passer. Cela n’allait jamais tellement plus loin. Parfois
j’imaginais deux ou trois mots, convenus, ou alors une scène à la «
Baisers volés » toute en retenue. Mais surtout j’imaginais de lui rendre
son sourire dans une rencontre unique éphémère et absolument sans
lendemain. Un bref et réel échange, pur, comme dans le film de
Truffaut.C’était un beau rêve, bien que réalisable. Une belle histoire à
raconter, si elle arrivait. Mais les beaux rêves sont faits pour ne jamais
arriver. Je finis par l’oublier et surtout penser que si cela arrivait je
n’aurais droit à strictement aucun sourire, juste des yeux baissés et un «
bonsoir » machinal et décourageant. J’avais donc enfoui le rêve on fond de
moi et il ne me taraudait pas du tout. Il me revenait, devant ma télé ou
au cinéma,quand on y voyait Felfine, mais plus jamais en poussant la porte
cochère de la place des Vosges. Un soir donc, venu dîner avec C. chez B.
et D. je la pousse, la porte cochère, pour entrer. Elle résiste moins que
d’habitude puisque quelqu’un qui sort la tire et s’efface pour me laisser
passer. C’est une femme blonde très chic qui me tient la porte avec un
grand sourire, sur lequel glisse mon regard. Après quelques pas dans la
cour, C. me dit simplement « C’était Felfine ». Je me rends compte alors
que, distrait comme je le suis souvent je ne l’avais pas reconnue.
Pourtant c’était exactement comme dans mon rêve réalisable. Elle avait
tenu la porte avec son grand sourire radieux rien que pour moi. Rien que
pour moi, dis-je, j’ai un témoin : C. Et moi je l’ai regardé sans le voir,
ce sourire, et je l’ai détaillée distraitement, cette femme faite pour
apparaître, moi qui en rêvait. Je me donnais un coup de poing dans la
paume et me tapait le front de cette même paume en me retournant sur la
porte qui n’avait pas tout à fait fini de se refermer derrière nous.
Felfine avait évidemment disparu. Trop tard pour lui rendre son sourire.
Impossible de courir derrière elle pour lui sourire bêtement sur le
trottoir. J’avais raté l’échange très possible auquel j’avais rêvé. Elle,
Felfine, fidèle en tout à son personnage et à sa personne, avait joué le
jeu de l’apparition, elle avait fait ce qu'elle avait du, elle et son
sourire, elle était vraiment apparue devant moi et moi je ne l'avais à
peine regardée. Si j'avais pu lui rendre son sourire, j'aurais pu me dire
: "j'ai rencontré Felfine Féerique et elle m'a souri" mais je ne peux pas
le dire. Pour une apparition c'était une apparition ratée, par ma seule
faute. Aux temps dont je parle, je m’en voulus toute ma vie. Mais sans
plus. Je n'eu aucune autre occasion de rencontrer à nouveau Felfine en
poussant la porte cochère : La "communauté" fut dissoute, B partit à
l'armée. Ils habitèrent toujours avec D. au onzième étage dans une tour du
treizième du côté de l'avenue de Choisy où aucune femme blonde en robe du
soir ne me tint jamais la porte pour entrer.
posted by grossmann | 10/3/2004
samedi
R5,
Une nuit passée dedans sans dormir
du côté de Lisieux avec C. au cours d’un week-end en Normandie aux hôtels
bondés dans les années soixante dix. Souvenir nauséeux de la matinée du
lendemain dimanche à se traîner au radar sans but dans les rues étranges
et désertées de Benerville sur mer. Garée au bout de la route sur les
falaises de la Vache Noire avec le précipice en dessous. Pour la première
fois, la peur d’avoir envie de se jeter dans le vide. Un autre jour,
coincée sous un ciel d’encre oppressant sur la falaise d’Amont et la
petite chapelle qui surplombent la ville d’Etretat. Les vendeurs de
cigarettes de contrebandes sur les aires d’autoroute italiennes qui ne
vous laissaient pas aller pisser tranquilles. La route qui monte de
Fiesole à Florence bordées de cyprès centenaires et des riches villas des
films de Comencini, le camping en pente avec la tente plantée juste à
côté, pas un poil d’ombre mais la beauté plein les yeux. Escaladant de
Vieste à Peschici les petites routes du Gargano au crépuscule après la
traversée brûlante de Foggia à midi. Faisant la vidange dans un tout petit
garage de la banlieue de Naples où les gosses de dix ans prenait C. pour
une américaine à cause de ses cheveux blonds. Arrivés au camping à la nuit
et se réveillant cuits par le soleil sur la toile de la canadienne à huit
heures en plein terrain vague au milieu de l’hostilité et de l’envie.
Piqué le même jour par un scorpion dans le sac de couchage, le bras enflé.
Dans les rues ocre de Pompéi presque déserte sous les rayons d’un soleil
oblique juste avant la fermeture. Souvenir du souvenir d’une photo « qui
ne rendait rien » de la côte amalfitaine. Le bleu inouï de la Grotta
Azzurra et les barques pleines de touristes à la file indienne. Les
collines d’Anacapri. Tombant en panne quelques jours après sous une pluie
battante dans le Nord vers Pavie ou Plaisance et se souvenant de cette
vidange à Naples qui n’avait probablement pas été faite. En 74, des virées
chez les vignerons de la côte de nuits. Des Chambolle-Musigny des Volnay
et des Pommard à presque tous les déjeuners au mess des officiers de
Dijon. Un collègue aspirant, du cru, qui faisait de la magie et avait des
faux airs de Thierry Le luron. Il emmenait ses anneaux magiques dans les
caves de Chambertin et se taillait un franc succès auprès des
propriétaires. Nous étions bons enfants : nous réformions, avec la
bénédiction de notre médecin colonel, aussi bien leurs fils que les
membres des comités de soldats qui n’en pouvaient plus. Deux caisses de
Charmes 69 ramenées rue Jonquoy et bues dans l’année, souvenir
impérissable et jamais renouvelé. Mais la plupart du temps le trajet Paris
Dijon en train : billet de première au prix militaire et petit déjeuner
dans le wagon restaurant de la compagnie des wagons lits avec les
cafetières en argent, les nappes amidonnées et les serveurs en gants
blancs, souvenir aussi irrémédiable que celui du
Chambertin.
posted by grossmann |
10/2/2004
vendredi
Laisser tranquillement le site se télécharger et déguster... (via
Meslubies) posted by grossmann | 10/1/2004
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