| CISCOBLOG LE SITE D'UN GRAPHOMANE IMPENITENT ET INTERMITTENT |
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lundi Halloween, "Dayly dose" ne met pas ses photos sur Flickr. Elle a raison, c'est une très grande photographe (thanks to JR)
posted by grossmann |
10/31/2005
Selon
le compteur de "Blogger", ceci est la huit centième entrée de
CISCOBLOG. Bonne anniversaire à toutes les entrées ! (en général, je
n'ai rien contre le franglais, mais le mot "post" est vraiment
détestable dans notre langue : son manque d"e"final en fait une syllabe
totalement dénuée de douceur)
posted by grossmann |
10/31/2005
dimanche Aujourd'hui,
changement d'heure. Vers cinq heures tout s'assombrit. C'est pourtant
un jour où on aurait voulu retenir la lumière. C'est peut être le
dernier Dimanche d'un été indien qui ne veut pas mourir. C'est un jour
de fête. C'est un spectacle qui s'achève, un baisser de rideau. On
dirait que personne ne veut manquer ça. La ville resplendit, sereine et
sûre d'elle. Il y a comme une gravité dans l'air, une plénitude. Paris
tout entier est dehors. Sur le boulevard Saint Michel, comme à la
"passagietta", Les filles aux épaules nues toisent les garçons en bras
de chemise. Et la ville est comme ces filles qui passent. La ville se
caresse des yeux, fait mine de s'offrir aux passants. La terrasse du
"Rostand" est bondée. Le ciel est rose au-dessus des grilles du
Luxembourg. "Le soleil majestueux de l' automne jette ses derniers
feux", dit la phrase consacrée. Quels feux ! On en redemande, on crie
"bis !", "Encore, encore !" On s'installe aux terrasses pour jouir du
spectacle . En sirotant mon Coca et emplissant mes yeux du spectacle
des gens qui passent, je ressens cette étrange étreinte au fond de moi,
qui, selon Clément Rosset, est le signe imminent de l'irruption du
réel. Nathan me dit qu'il ne pourrait pas vivre ailleurs que dans une
grande ville, à cause du monde dans les rues. Il veut voir la beauté en
marche. Vivre sensuellement la ville. Au coin de la rue, l'aventure. La
ville lui procure un sentiment océanique. C'est vrai, c'est la mutitude
agitée qui nous exalte. On n'aspire pas au calme à dix huit ans.
posted by grossmann |
10/30/2005
![]() Au café "La Bourgogne" jeudi C'est
un de ces jours où la tièdeur de l'air vous donne pour la première fois
de l'année la certitude que le printemps est arrivé. C'est une nuit à
jeter votre veste sur l'épaule. C'est une nuit de mai. La ville est
déserte et noire. Je ne sais plus pourquoi, je me retrouve sur le pont.
Dix mètres sous moi, la Seine roule des eaux noires. Il neige. Mais ce
n'est pas possible qu'il neige, il fait chaud. Ce sont des pétales de
fleur. Des centaines de milliers de pétales de cerisier virevoltent
dans l'air. Ils ne tombent pas dans le fleuve. Il en émergent. Il y a
un brouillard, une fumée, qui s'élève au dessus de l'eau, lentement,
comme une aube. C'est un étrange phénomène, les pétales ne chutent pas,
ils montent. On s'aperçoit même que ce tourbillon, qu'irise la lumière
rosée des révèrbères, naît du fleuve. Le pont et les quais commencent à
se couvrir d'un fin linceul blanc. Sous mes pieds, les pétales
crissent, ils se posent sur mes vêtements, sur mon visage. Ma main les
chasse. deux ou trois me collent aux doigts. Je les regarde. les
pétales ont des pattes. De fines pattes de moustiques. Les pétales sont
des ailes. Le tapis blanc que mes pas écrase est fait de millions
d'insectes tombés sur le pavé. Et il en tombe encore et encore, les uns
après les autres, comme des flocons déposés par la brise. De l'eau, il
en émerge sans cesse. A chaque instant, il en naît une infinité, puis
une autre à la seconde suivante. Ce sont comme des successions de
nappes vaporeuses. Chacune de ces éclosions, s'élance comme un jet au
dessus du pont qui retombe lentement, inexorablement, sur les pavés des
quais. Ce n'est pas la brise qui remue le tapis blanc : si je me
penche, je peux voir les pattes entremêlées qui s'agitent, les ailes
qui battent encore faiblement, la bousculade des corps qui se tordent.
Ce sont des éphémères. Ils se précipitent, ils se pressent. Ils se
jettent les uns sur les autres, Ils viennet de naître et aussitôt ils
meurent. On dit qu'entre temps, dans un souffle d'air, ils se sont
accouplés. La corruption s'installe dès la naissance. Le tapis se
transforme vite en bouillie grise, plus dense que la boue. C'est une
nuit de mort. L'air est incroyablement doux.
posted by grossmann |
10/27/2005
mercredi Marronnier * ![]() *A
vrai dire, je ne sais pas s'il y a un marronnier sur cette photo,
peut-être y en a-t-il un au fond, en arrière plan, mais c'est plutôt
parce que je sais qu'au Luxembourg, il y a des marronniers pas loin de
cet endroit. Le titre de la notule veut seulement dire qu'il s'agit
d'un sujet de saison. Dans la presse, on appelle "marronnier" un sujet
qui revient périodoquement et qui n'est un évènement que parce qu'il
revient : la rentrée des classes, les grands magasins à Noël, Les
embouteillages du 31 juillet, etc. (cf le TLFI
: "le premier marchand de marrons, les crêpes de la Chandeleur, le
bouquet de violettes sur la tombe de Musset, sont des marronniers
(COSTON, A.B.C. journ., 1952, p.196)". Bref, un marronnier c'est
un non évenement par excellence. Ca tombe bien, il n'y a aucun
évenement ni marchand de marron dans cette photo, qui n'est rien
d'autre que de saison. Je m'en serais juste voulu de ne pas l'avoir
faite. Voilà, c'est fait et dit, mais je me demande tout de même, comme
disent Enstein et Magritte réunis, si tout évènement n'est pas un
marronnier et si toute image n'est pas une pipe...
posted by grossmann |
10/26/2005
lundi Pensée de la nuit N°90
posted by grossmann |
10/24/2005
"Je suis athée (au sens où je ne crois pas à l'existence d'un pouvoir surnaturel dans l'Univers), mais je considère que les croyants créent leur Dieu en y croyant, et que cette forme d'existence (analogue à l'existence des personnages d'un roman), si elle n'est pas scientifique (ou physique, en tout cas pas matérielle) n'est pas pour autant inférieure ou illusoire : le Bien et le Juste sont aussi des créations humaines (selon moi ou selon tout matérialiste) et ce ne sont pas pour autant des créations mineures. Si, comme l'a suggéré Nietzsche, Dieu est mort et c'est nous qui L'avons tué, alors sans doute chacun d'entre nous a le pouvoir de le ressusciter ou de le faire naître. L'erreur serait de se dire que, parce que ce Dieu est issu de notre croyance, il est illusion, il est fantasme, il est un faux dieu. Au contraire : parce qu'Il est issu de la croyance de celui qui croit en Lui, Il est réel, Il est tout-puissant — celui qui ne croit pas ça ne Lui donne pas vraiment naissance". (David Madore, blog) ![]() Il y a un joli jeu de mot anglais : "Bodyscape". C'est une image du détail du corps. Je ne suis pas assez bon en anglais pour dire s'il est passé dans le langage courant ou s'il a seulement été forgé par des photographes astucieux. En anglais, un "paysage" est toujours un détail du pays, ce que le français ne rend pas, laissant plutôt voir comme un brouillage. Quelle pourrait être la traduction de "bodyscape" ? "Corpsage", par exemple ?.. dimanche Je m'aperçois que je vais assez souvent faire un tour sur le blog de Lionel Dersot.
Je m'aperçois par la même occasion, en tapant ces lignes, que je ne
fais plus beaucoup entrer de nouveaux sites dans La Colone de Droite
(LCD pour les intimes), ces derniers temps. Je me suis déjà fait cette
réflexion, of line, il y a un moment. Est-ce parce que je trouve qu'il
y a de moins en moins de "bons" sites ou bien parce que, au contraire,
il y en a de plus en plus et que je ne sais plus lequel choisir ? C'est
une question metaphysique. Mais je crois que la réponse est dans la
question : c'est de créer des liens qu'il s'agit. Au sens propre. Je
vous donne donc ma recette : Quand je tombe sur un site interessant, je
l'insère dans mes "favoris" dans un premier temps, puis, quand il a
résité, j'en fais un lien sur la page principale de CISCOBLOG dans un
deuxième. C'est en général plusieurs semaines après , voir plusieurs
mois, après décantation, qu'il passe en LCD. Beaucoup d'appelés, peu
d'élus, donc et beaucoup d'arbitraire. Un blog sans "liens" c'est un
peu comme un blog secret. Dis mois qui tu lies, je te dirai qui tu es !
posted by grossmann |
10/23/2005
vendredi ![]() Deux pages de mon petit carnet à dessin (auquel je n'ai pas touché depuis douze ans...) Il y en a d'autres ici
posted by grossmann |
10/21/2005
J'aime beaucoup cette page de David Madore
posted by grossmann |
10/21/2005
jeudi ![]() Un type comme moi ne devrait jamais mourir posted by grossmann | 10/20/2005 lundi ![]() Je
vous ai déjà dit que j'étais un "Flickraddict". Je suis aussi un fana
du viaduc de Millau. Quel rapport me direz-vous , Eh bien cliquez ici
et reglez la vitesse de défilement sur une seconde (en haut à droite),
vous verrez qu'il est vraiment très très beau, le rapport ! (via "Laughtomb" via l'homme qui marche")
posted by grossmann |
10/17/2005
Pour mieux flipper, cliquer ici
posted by grossmann |
10/17/2005
dimanche Douze, 2
posted by grossmann |
10/16/2005
C'était la clé sur la porte. Comme dans le roman de Marie Cardinal, qui avait été le miroir de cette époque. Un lieu de passage, des habitués au dîner, un piano collectif, un poste de télé noir et blanc pour quinze les soirs de coupe de monde, des bouteilles de Chambertin 69 fraternellement partagées vers 1976 (année caniculaire, passée nus sous la douche, qui elle aussi deviendra une grande année dans les années 80) - je n'ai plus jamais bu la moindre goutte de Chambertin depuis - des soirées entières à faire tourner les tables à la lumière des bougies, de vrais et de faux drames, des histoires d'amour gaies et des tristes aussi. Il suffisait de monter un étage ou d'en descendre deux pour que les vies bifurquent ou tournent en rond. Le soir, parfois, l'escalier était plein comme un couloir de métro. Des piques -niques improvisés sur les paliers, des amourettes dà l'abri des rampes, des passions sur les marches. Un jour, il y eut une grande fête dans l'immeuble. Ou plutôt dix en même temps. Un thème par palier. Vin blanc au second, vin rouge au cinquième, alcools au troisième, pareil pour la musique et les herbes à fumer. L'escalier se couvrit de serpentins et de confettis. La concierge, digne mais impuissante ne voulut pas participer, elle se claquemura dans sa loge. Cela finit par un grand déjeuner, le dimanche midi, au rez de chaussée (plus tard ce furent les dîners dans la rue). vendredi trente
troisième album d'"Asterix le gaulois". Uderzo sans Goscinny c'est
comme Erckmann sans Chatriand , Roux sans Combaluzier, Vautrin sans
Frank et Michard sans Lagarde. Ce soir, je me suis perdu là, à la recherche de souvenirs oubliés...
posted by grossmann |
10/14/2005
jeudi ![]() Ah les affichistes polonais !... (dans la "Boîte à Images")
posted by grossmann |
10/13/2005
Philip Roth a encore raté le Nobel.
posted by grossmann |
10/13/2005
mercredi A cause de Jean Claude Bourdais je me suis perdu des heures sur le plus que remarquable "Picasso on line project" (c'est beau, internet)
posted by grossmann |
10/12/2005
dimanche ![]() Tiens, il faudra que je pense à mettre à jour la rubrique "j'ai lu",
sur la colonne de droite. Je viens de refermer, l'un après l'autre,
"Les Abeilles et la Guêpe", de François Maspero et "Rencontre avec
Roger Gentis", entretien avec Patrick Faugeras. Il est rare de tomber
ainsi, coup sur coup, plutôt par hasard , sur deux livres qui collent
aussi bien à votre histoire personnelle. A la toute fin des années 60,
il arrivait qu'on vous réponde avec un sourire condescendant, quand
vous demandiez où on avait acheté tel ou tel livre : "Ca ne s'achète
pas, ça se vole chez Maspero !" C'était à la mode chez les gauchistes,
vu qu'on ne portait jamais plainte, chez Maspero. D'ailleurs "si vous
ne pouvez pas acheter Hara kiri, volez le !" disait le journal. On dit
que c'est ce qui a coulé la Librairie. Quand je n'achetais pas de
livres rue Saint Séverin, je furetais ou lisais sur place les passages
qui m'interessaient. Je n'ai jamais volé de livres chez Maspero. Je le
jure. C'était l'endroit où l'on trouvait l'indispensable "Lettre au
parti communiste polonais" de Huron et Modlesewski, le "Staline" de
Souvarine, les manuels militaires de léon Trotski, ceux du président
Mao, "Rouge", le journal qui "annonçait la couleur", la revue
"Partisans", "Aden Arabie" de Nizan, mais aussi les "Voies de la
crétion théâtrale", les textes de Tadeuzs Kantor, les livres de Fernand
Deligny et l'"Ordinaire" du psychanaliste. En 1970, en quatrième année
de médecine, j'y découvris "Les murs de l'Asile" de Roger Gentis qui
reveilla définitivement mon ancienne vocation pour la psychiatrie. Pour
la première fois on parlait de la folie et de la psychiatrie en langage
"ordinaire" avec des mots de tous les jours. Ce n'était pas la fameuse
"image romantique" de la folie, mais une image qui donnait envie de se
mettre au travail, simplement. Un tout petit peu plus tard, je croisai Gentis à l'hôpital de Moisselles,
quand il venait participer aux groupes de travail de Jean Ayme. Je le
revois calé dans son fauteuil, posé, ne collant pas tout à fait à
l'image d'iconoclaste qu'on attendait de l'auteur du livre. Cela me
fait penser à un collage. Comme celui de Picasso qui orne cette entrée. On dirait que Picasso et Braque
(plus que Matisse, pour qui c'était surtout une question de forme)
auraient inventé l'hyper texte : Il y a des formes, donc, des lignes,
des couleurs, des "textures", comme on dirait maintenant, le linoléum,
le papier journal, mais il y a aussi une guitare.
Enfin, "il y a" ... Tout cela dessine une guitare. Mais aussi, va
guement, un personnage. Il y a comme une guitare, plutôt. Ou un
personnage. Ou les deux, l'un jouant de l'autre. On n'en est pas
complètement sûr, d'autant qu'il y a aussi une espèce de commode
à tiroirs, qui vient tout brouiller, on ne comprend plus très bien.
Finalement, sont-ce bien une guitare, un personnage, ou seulement la
juxtaposition d'un bout de lino et de papier journal ? (C'est le
vacillement du sujet, en voie de disparaître, la naissance de
l'abstrait, mais Picasso ne lachera jamais). Maspero, Gentis. Maspero,
Gentis, Picasso, Braque. Maspero, Gentis Picasso, Braque, guitare, commode :
des liens qui flottent au dessus du texte, des textures sur une image,
des images juxtaposées dans ma mémoire. Le collage incertain qui
dessine un bout de ma vie.
posted by grossmann |
10/09/2005
samedi Un haïku par bain, 25 Aux derniers rayons Du fragile soleil d'automne la fatigue infuse mercredi Fin du ravalement de Archives. Ouf, tout marche !
posted by grossmann |
10/05/2005
mardi John Doe. Dans le Tumulte
qui est vraiment, mais vraiment, un bon titre (quand je pense qu'au
moment même où je frappe ces lignes (qui vont, dans une minute, être
envoyées dans l'espace intersidéral et rejoindre des milliards d'autres
lignes errantes) des millions d'autres personnes frappent, elles aussi
des lignes qui, dans une minute, vont, etc...)
posted by grossmann |
10/04/2005
lundi Je relaie, via Parisist, ce lien vers le parquet de Jeannot
qui est actuellement exposé à la BNF. Psychiatre et amateur d'art,
comme on dit, je devrais me considérer comme un amateur d'art brut,
sinon comme un spécialiste. Je ne le suis pas, spécialiste, ni même
amateur, ou du moins très peu. J'ai quatre ou cinq tableaux dans mon bureau
que j'ai achetés (oui, achetés, pas à prix d'or, certes, mais à un
"vrai" prix) à des patients qui fréquentent le CATTP (Centre d'Accueil
à Temps Partiel) du service dont je m'occupe. D'autres, assez peu
nombreux, m'ont été offerts. J'ai aussi une sculpture. Je me suis
toujours refusé à en faire une collection, comme certains de mes
illustres confrères ou maîtres (Bonnafé, entre autres), j'ai déjà parlé
dans ces pages de "mon" tableau de Mary Barnes.
Mais il y a moins d'oeuvres d'art brut dans mon bureau que d'oeuvres
d'art tout court (ce sont toutes des reproductions, évidemment :
Matisse, Rembrandt, des antiquités egyptiennes du musée du Louvre et
j'en passe.) J'adore Gaston Chaissac. Je suis abassourdi par le facteur Cheval et nombre de ses émules (sans jeu de mot), comme le petit Pierre et son manège à la "Fabuloserie"
de Dicy sur Yonne. La folie de Van Gogh m'a passionné il y a très
longtemps. J'avais adoré "l'enterrement dans les blés" de Vivianne
Forester, qui a longtemps été mon livre préféré (ce qui me donne
l'occasion d'éditer la Pensée de la nuit N°90,
en passant). Mais je ne pense pas vraiment que tout ça s'appelle de
l'Art brut, encore moins Van Gogh, bien entendu. C'est de l'Art tout
court. Un point c'est tout. La folie, malgré toute la fascination
qu'elle peut inspirer, reste secondaire. Souvenons nous, par exemple,
que la maladie mentale et les artistes maudits ont été inventés à la
même époque, au XIX° siècle. L'art et la folie n'ont qu'un seul point
commun : l'humanité. Ce qui revient à dire qu'il y a pas mal de
patients qui dessinnent ou barbouillent un peu partout dans les CATTP
ou dans les ateliers d'Art-thérapie et qui ne sont pas des artistes.
Excusez moi. Le pourcentage de vrais artistes y est aussi infime que
dans la population générale, pour employer l'expression consacrée. Je
suis tout à fait pour qu'on s'exprime. Et c'est très bien qu'il y ait
des ateliers de poteries et des groupes de peinture dans les CMP, c'est
très bien aussi qu'on ne passe pas son temps à "interprêter" les
productions des patients dans leurs moindres détails, ça n'a jamais
mais au grand jamais eu à voir avec des dessins d'enfants. En publiant
cette notule, au fil du clavier, j'en viens à me dire que CISCOBLOG
est, peut être, au même titre que tous les blogs, un bel exemple d'Art
brut contemporain. Comme les "artistes" de l'Art brut (les
"artbrutistes"), les blogs posent la question du rapport à la publication.
Pour aller vite, j'y reviendrai peut-être un jour, internet permet au
"blogger" l'économie de la critique, puisqu'il s'autopublie
pratiquement sans le moindre frais. Un "blogger", même s'il s'implique
dans le processus de l'écriture, n'y met pas son existence en jeu. A
celui de l'édition réelle, il n'aurait jamais été publié. Il n'a donc d'existence que virtuelle, à moins, évidemment, qu'il ne soit écrivain par ailleurs. Cela ne fait que sourdre de lui. Pour moi, par exemple, "le Tumulte"
de François bon, qui n'est pas un blog contrairement aux apparences,
mais une vraie entreprise littéraire, est beaucoup plus un OVNI que
n'importe quel blog à prétention littéraire (je ne veux evidemment
citer personne). Le blog flotte au hasard sur le net. S'il rencontre un
public, c'est seulement grâce à la statistique ou à la loi des grands
nombres, pas grâce aux vrais efforts de son gestionnaire. A l'Internet,
qui n'est rien d'autre qu'une juxtaposition infinie de solitaires
devant leurs écrans, il manque la société, le risque. Deux choses,
donc, au moins sont nécessaires dans l'Art : l'oeuvre, ce qui est fait,
et le public, ce qui le regarde, l'écoute, en jouit. Pas d'Art sans
public. Pas d'Art sans collectif, sans société, pas d'Art sans risque.
Il y a toujours eu des artistes "fous", mais ils avaient leur propre
idée du public, au moins dans leur tête. Ils ont eu droit, malgré leur
folie et leur insuccès, voire même à leur médiocrité, à l'appellation
d'artiste tout court. Mêmes incompris, ou justement à cause de cela,
ils ont desespérément cherchés à ce qu'on les voie, les entendent, les
lisent, quitte à en crever. Dès qu'un "arbrutiste" (Gaston Chaissac en
est le meilleur exemple) pense à un public, c'est à dire une oeuvre, et
non plus un simple produit, dès qu'il pense à faire éprouver à un autre
ce qu'il exprime, il quitte le statut d'artiste brut et prend celui
d'artiste tout court. Un artiste brut est un artiste qui ne pose pas lui-même
la question de son public. C'est toujours l'autre (galériste, amateur,
curieux ou scientifique) qui désigne l'artiste brut. L'artiste se
désigne toujours lui-même, par son désir de montrer son oeuvre qu'il
fait oeuvre en le montrant. Il manque à la production de
l'"artbrutiste" qu'elle ne se définisse pas avant tout par rapport à
l'autre. C'est en cela qu'elle n'est pas oeuvre. Pur produit du corps,
voir déchet, excretion, sécrétion, encore le corps lui-même, pas
déplié, invaginé dans lui-même, pour ainsi dire, elle ne défie pas
l'autre. Que ce "produit" soit essentiellement humain, aucun doute.
Mais qu'il soit artistique, c'est une autre histoire. Il peut y avoir
des artistes qui ne trouvent jamais leur public, ce qui veut dire que
la possibilité d'un "mauvais" artiste, ou bien celle d'oeuvre nulle,
existe. L'Art brut échappe toujours à cela. Il n'y a pas de bon ou de
mauvais artiste brut. Cela n'a pas de sens, cela ne se "donne" pas, en
tout cas pas comme oeuvre. l'artbrutiste marche sur une seule patte,
celle du Corps, et jamais sur celle de l'Autre. L'artbrutiste a
probablement pris d'autres risques. Mais dès qu'il en forme le désir,
dès qu'il se met à produire une oeuvre, il devient sans délai un
artiste tout court. Exit l'artbrutiste et le folklore. C'est dire si
l'Art brut est un oxymoron, ou bien les blogs, c'est le même.dimanche Tetracapillotomie pseudosociologique, 3 (ou 4 ?) Bill
Murray était déjà très connu avant "Lost in Translation". Mais ce film
en a fait un véritable grand du cinéma mondial et l'a hissé, à juste
titre et vu son âge, au niveau des derniers colosses hollywoodiens, de
la trempe de Sean Connery ou de Clint Esatwood (juste un degré en
desous de Robert Redford et de Paul Newman.) On se met à construire des
films entièrement autour de son personnage de grand Duduche pas
nunuche, déprimé comme il faut devant l'absurdité du monde, democrate
un tantinet schizophrène. "Broken Flowers", de Jim Jarmuch serait juste
un bon petit film s'il n'y avait pas Bill Murray. Grâce à lui, il passe
dans la catégorie des très bon films. "Lost in Tranlation" et "Broken
Flowers" son de relativement petites productions, des films dits
d'auteurs. D'ailleurs "Broken Flowers" est dédié à Jean Eustache. Qui
connaît Jean Eustache aux Etats-Unis ? (qui y connaît d'ailleurs Jim
Jarmuch, se risquera-t-on à demander ? (et qui connaît Jean Eustache en
France, par la même occasion ? )) Dans une "grande" production, le
personnage de Bill Murray serait cantonné à des seconds rôles, il
aurait même des chances d'obtenir un Oscar du meilleur second rôle,
mais il resterait un honnête personnage de second plan. On ne fera
jamais une "grande" production autour de ce personnage-là. Je dis le
personnage, car l'acteur Bill Murray, à condition de laisser tomber le
personnage, est probablement tout à fait capable de tenir des premiers
rôles dans de "grands" films hollywoodiens. Mais ce n'était pas pour
faire le critique de film que je voulais parler de "Broken Flowers"
(allez tout de même voir "Broken Flowers", si ce n'est déjà fait, vous
passerez un bon moment). Il y a dans ce film une scène de dîner
compassé assez drôle, où tout le monde s'emmerde et où la nourriture
n'est même pas bonne. Les trois convives (dont le personnage de Bill
Murray) sont des gens très "comme il faut", ils se tiennent très bien à
table. C'est de cela que je voulais parler, se tenir à table. Juste un
tout petit détail, pour rester fidèle à l'esprit nombrilique de
Ciscoblog, rester dans mon "personnage" à moi. Je me suis rendu compte
que personne ne tenait ses mains sur la table, dans cette scène où tout
le monde est bien élevé. Pourquoi avons nous cette impression étrange
de mauvaise conduite, d'impolitesse, voir de "saleté" ? Parce qu'ils se
touchent le corps en mangeant. Et en plus sous la table, c'est dire
qu'on ne sait pas à quel endroit ! Chez nous, quand on est bien élevé,
il faut laisser les mains sur la table. Chez les anglo-saxons, c'est
l'inverse, il ne faut pas les y poser : dès que l'on ne se sert pas du
couteau, la main libre doit disparaître, on doit la poser sur les
genoux, sous la table, ce qui est justement tout à fait prohibé chez
nous. Je pense que dans les deux cas c'est exactement pour les mêmes
raisons, tout aussi puritaines : attirer le moins possible l'attention
sur le corps. En France, il est inconvenant de le toucher en mangeant,
d'où la nécessité de montrer ses mains en permanence, et chez les
anglo-saxons ces mains mêmes ont quelque chose d'obscène, donc il faut
les cacher. Il y a une dialectique entre la table et le corps : en
Angleterre, elle ne doit pas faire corps avec le corps, elle ne doit
pas êttre en continuité avec lui, en France les mains doivent en
quelque sorte appartenir à la table, se séparer du corps, donc on doit
les poser sur la table. C'est un peu comme la circulation, à droite et
à gauche. C'est aussi une question de politesse - "je n'agresse pas, je
n'en ai aucune intention", ni physiquement, ni sexuellement - , pas du
tout une question de sécurité, ça existait bien avant les voitures. Se
croiser sur un chemin, quelle grande difficulté : par quel côté se
laisser passer (comment montrer qu'on ne va pas sauter sur l'étranger
qui vient à nous et qu'on ne va pas l'étriper) ? Il n'y a pas trente
six solutions : définir à l'avance le côté par lequel on va se croiser.
Il faut bien "trancher", assez arbitrairement entre les deux solutions
possibles, comme les mains, qu'on sépare ou non du corps. A droite,
dans le Midi, car il faut montrer sa "droiture", à gauche, dans le
Nord, parce qu'en cas de besoin on pourra toujours tirer l'épée plus
facilement... Bon, que tout cela ne vous empêche pas d'aller voir
"Broken Flowers". Bonne nuit.
posted by grossmann |
10/02/2005
Je ne suis pas parmi les 800 000 heureux élus du petit Nicolas... Tant mieux !
posted by grossmann |
10/02/2005
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