mardi
Douze lunes, c'est l'homme qui marche mais on pourrait l'appeler aussi "Blog en fuite"...
posted by grossmann |
11/30/2004
Tentative d'épuisement d'un week-end, 2
[
-2 -Vais direct aux urgences. Mme P. Malaise 39 ans tombée amoureuse
coup de foudre de Pascal quitte Alain vécu 20 ans avec 3 enfants de 18
à 6 ans. Factrice, travaille avec Pascal tout le monde pleure je lui
propose de passer aux LP - Les infs des urges en rose (rayé) - Mr C Q
Emmanuel psychotique débile travaille au CAT espaces verts injection
retard fatigue, va + travaille, picole, sa mère veut plus de lui, etc.
- Mme B. mémé 70 ans. Elle a toutes les maladies. vient toujours par
les pompiers, pas remise de la mort de son père (histoire de la canne)
- Les parents de monsieur R. qui vient de faire une TS médic + alcool
père coupable mère à bout. Père alcool mère cordon ombilical voit le
docteur X, ça ne passe pas avec elle ]
Les services
d'urgence sont rarement agités en début de matinée. A cette heure, on
fait le ménage. Les chariots des ASH prennent, dans les couloirs, la
place des brancards. On achève de chasser les derniers ivrognes
dégrisés et hébétés. On retape le décor à la va vite pour la prochaine
représentation. C'est comme au cirque, quand on ratisse la piste. Le
spectacle est permanent. On jette les draps pleins de sueurs de sangs
et de larmes dans les conteneurs réservés à cet usage. On recharge les
dévidoirs, on envoie le matériel souillé à la stérilisation. On fait
place nette. Les premiers arrivants, en fin de matinée ou début d'après
midi auront cette impression d'ordre de calme de propre et de froideur
qu'on prête toujours aux hôpitaux. Ceux de la soirée et de la nuit
auront cette vision d'horreur de souffrance d'étouffement et de cour
des miracles qui en est l'image inverse et tout aussi vraie. Les
infirmières, vêtues de blouses aux rayures roses, prennent le petit
déjeuner dans une petite pièce à la porte entrouverte en faisant les
transmissions et en échangeant des plaisanteries. C'est une heure
chaleureuse, joyeuse. Aux lits-porte l'atmosphère est plus laborieuse.
Les médecins font la "visite". La veille passe le relais à la garde. Ou
l'inverse. Les lits-porte c'est un peu la consigne de l'hôpital. Les
patients sont en souffrance : ils attendent de savoir ce que l'on va
faire. Les garder ou les renvoyer chez eux. Mais pour ce matin c'est
une petite dame qui m'attend, blottie seule au fond de la salle
d'attente. Elle a un visage de petite fille tout rougi d'avoir trop
pleuré, encadré de mèches blondes comme les blés. Elle me suit dans mon
bureau. Elle est comme sidérée, confuse de chagrin. Entre hoquets et
sanglots, elle me raconte cette histoire extraordinairement triste :
Elle est mariée avec Alain depuis vingt ans. Elle a trois enfants : une
grande fille de dix-huit ans et deux garçons, un grand qui a treize ans
et un petit de six ans. Elle, on lui en donne tout juste vingt-cinq,
mais sa fiche d'entrée m'apprend qu'elle en a trente-neuf. Elle
travaille à la poste, avec Pascal. Elle est tombée amoureuse de Pascal.
Depuis deux mois. Un coup de foudre terrible. Elle a été emportée comme
par une crue. Elle est éperdue d'amour. Pascal aussi. Il est marié et a
lui aussi des enfants. Elle vient de quitter Alain, c'est une décision
irrévocable, elle ne peut plus vivre avec lui. Il est resté effondré à
la maison. Mais elle ne veut forcer Pascal à rien. Elle est partie tout
droit sans rien emporter et elle est arrivée dans cet état d'hébétude
aux urgences, accompagnée par une dame qui n'a pas pu la laisser comme
ça, seule dans la rue. On pourrait dire que c'est comme au cinéma ou
comme dans les livres, mais pourtant ça se passe à Chilly-Mazarin par
un matin d'hiver gris et ça n'a rien de romantique. Elle se croit
folle, elle se demande ce qui lui arrive, pas le coup de foudre, pas
son amour pour Pascal, qu'elle accepte comme son destin, mais là, çà,
cette douleur insoutenable qui l'étreint et qui la rend incapable même
d'embrasser ses enfants. Elle dit qu'elle sait bien qu'elle n'a rien à
faire à l'hôpital, qu'elle n'est pas malade, que c'est juste une
tragédie qui lui arrive, mais elle reste là, droite sur sa chaise, la
tête vide, et les larmes qui dégoulinent sur ses joues, comme si, quand
même, elle attendait quelque chose de moi. Et moi, à qui ses larmes
donnent envie de pleurer aussi, qui aurait envie de lui dire que cette
douleur de partir, je l'ai déjà ressentie, comme elle, et qu'on ne peut
vraiment rien y faire mais elle le sait déjà, et qui, malgré tout, me
doit rester un minimum professionnel, comme on dit, je lui dis
doucement que tout ça n'a rien à voir avec une maladie, mais avec ce
qu'on nomme la passion et que je ne connais rien qui fasse plus mal que
la passion. Je lui dis que si elle voulait rester un moment à
l'hôpital, cela n'aurait rien d'illégitime. Elle cesse alors de
pleurer, me regarde et me dit qu'oui, elle veut bien rester à
l'hôpital. Je la laisse un instant pour aller chercher une infirmière
des lits-porte à qui je raconte rapidement toute l'histoire et qui la
prend tout à fait au sérieux : les infirmières des lits-porte préfèrent
largement ce genre de psychiatrie de courrier du cœur à celle de la
page des faits divers. Le chagrin d'amour est une folie qui garde un
visage humain, pour ainsi dire. On a tous connu ça plus ou moins, un
jour ou l'autre, on se sent capable d'aider. On peut comprendre, ce
n'est pas comme la schizophrénie ou la paranoïa, radicalement
étrangères, qui font salement peur. Je reviens avec l'infirmière. Elle
emmène la femme qui pleure vers une chambre, au fond des urgences. Je
me souviens, quand je suis revenu prendre des nouvelles un peu plus
tard, de son visage posé sur la blancheur de l'oreiller, toujours aussi
juvénile, toujours aussi désespéré. Après j'ai fait ma visite aux
lits-porte. Il y avait une vielle dame qui était ravie de se retrouver
là, qui connaissait la médecine par cœur pour lui avoir donné son corps
de son vivant, et qui était venu là la veille "par les pompiers" à
cause de je ne sais plus quel malaise, imaginaire, comme d'habitude.
Elle ne s'était jamais remise de la mort de son père, il y a trente ans
au moins et c'est pour ça qu'elle avait donné son corps à la médecine,
pour ne jamais le donner à un autre homme. Elle parlait de son père
comme si elle avait vu son cadavre la veille, avec des sanglots
retenus. Et puis il y avait le jeune Emmanuel, qui avait pris une
grosse cuite. Il habitait avec sa mère parce qu'il n'était pas capable
de se débrouiller tout seul. Ils ne s'entendaient plus, il disait que
sa mère l'avait mis à la porte parce qu'il buvait trop. Il travaillait
dans un CAT, un Centre d'Aide par le Travail, il collait des étiquettes
sur des enveloppes mais ça ne semblait pas l'aider beaucoup.
D'habitude, ce genre d'ivrognes on les renvoie chez eux le lendemain
matin, mais là, comme il n'avait pas l'air intelligent du tout et qu'il
avait parlé de son injection mensuelle de neuroleptiques retard, on ne
savait pas quoi faire de lui, il fallait l'avis du psychiatre. Comme il
avait tendance à rester debout, en pyjama, au milieu du couloir sans
savoir quoi faire de lui-même, ce qui, outre le fait qu'il gênait,
commençait plutôt à inquiéter les infirmières, on s'apprêtait, comme il
ne pouvait pas retourner chez lui, à l'envoyer à l'hôpital
psychiatrique en anticipant ma bénédiction. Je ne voyais pas trop ce
que l'hôpital psychiatrique pourrait faire pour lui. J'ai appelé sa
mère et lui ai demandé de venir chercher son fils, ce qu'elle a trouvé
tout naturel nonobstant le calvaire qu'il lui faisait vivre, mais bon,
c'était une mère de psychotique, elle l'emmènerait revoir son
psychiatre avant la prochaine injection. Lui, il n'avait pas très envie
de retourner chez sa mère, ni au CAT, mais je ne cédai pas d'un pouce,
ce qui soulagea les infirmières : du moment qu'il ne restait pas dans
leurs pattes, l'hôpital psychiatrique ou la maison, c'était du pareil
au même, ça me regardait. Aux lits-porte, à Longjumeau il y a deux
chambres spéciales : l'une, reléguée au fond, sans fenêtres, à un lit
mais sans autre meuble, qui ne ressemble que d'assez loin à une chambre
d'hôpital, d'ailleurs ce n'en est pas une à vrai dire, on l'appelle le
"cabanon", on y met les ivrognes à dégriser ou tout patient à qui on ne
souhaite pas faciliter le séjour (SDF divers, toxicos en manque, etc.)
on peut la fermer à clé. L'autre, située tout près du bureau des
infirmières, est au contraire une pièce de soins intensifs suréquipée
d'appareils de tous genres, avec de l'espace pour s'activer autour du
lit, prélude à la réanimation. On y met plutôt des comateux, des
insuffisants respiratoires aigus, rarement les patients qu'on me
demande de voir. Ce matin là, c'était le monde à l'envers : le cabanon
était vide et la chambre de soins intensifs occupée par un beau bébé
qui s'était tellement agité la veille qu'il avait fallu pour le calmer
lui injecter un traitement quasi anesthésique, ce qui justifiait la
surveillance spéciale, puisqu'il était dans le coma. C'était d'ailleurs
un patient de cette chère Docteur X, un psychopathe alcoolique violent,
connu des urgences, qu'il ne fallait surtout pas réveiller trop
brutalement, selon les infirmières et même ses propres parents, qui se
tordaient les mains dans le couloir. Les parents, comme d'habitude,
étaient de braves gens tout à fait dépassés. Ils s'étaient séparés
quand leur fils était tout petit et avaient gardé de bonnes relations.
La mère avait quitté le père parce qu'il buvait. Ça avait marché.
Depuis, il avait arrêté de boire, il avait refait sa vie. Pas la mère :
elle avait continué de s'occuper des enfants, les avait gardé comme des
bouts de son propre corps. C'est à eux qu' elle reprochait de ne pas
couper le cordon ombilical. Le père était pétri de culpabilité et la
mère à bout. Son fils l'étouffait avec le cordon pas coupé. Ils
n'étaient pas d'accord avec la façon dont le docteur X s'occupait de
lui. Quand il ne buvait pas, c'était un ange, mais ça lui arrivait de
moins en moins souvent, quasiment plus, pour ainsi dire. Ils étaient
dans l'impasse et dans l'angoisse. La mère s'inquiétait pour la survie
de son fils. A mon avis, il y avait de quoi, surtout si c'était le
docteur X qui continuait de s'en occuper, avais-je envie d'ajouter,
mais, bien sûr je ne le fis pas. Les parents ne demandaient pas qu'on
les rassure, ils demandaient qu'on écoute leur souffrance. Ce que je
fis, parce que c'est mon métier. Pour ce qui était du bébé, vu les
doses, il semblait fort probable qu'il ne se réveillerait pas de sitôt
et qu'on avait largement le temps de patienter jusqu'à la fin du week
end où il pourrait, dessaoulé, revoir le docteur X si bon lui semblait.
Je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus. Les parents en
convirent. Ils reverraient le docteur X.
posted by grossmann |
11/30/2004
samedi

trouvé sur écholalie ainsi que cette liste très instructive.
posted by grossmann |
11/27/2004
vendredi
J'ai lu ça ce matin dans libé (si vous l'avez lu aussi, pas la peine de cliquer (sic))
posted by grossmann |
11/26/2004
Tentative d'épuisement d'un week-end,1
Je
m'étais assez rapidement rendu compte que le premier projet (qui
pourtant paraissait simple et modeste ) était irréalisable (le voici,
pour mémoire : 1 - tenir un journal précis, le plus exhaustif possible,
écrit à la main sur un petit carnet toujours en poche : ce que je fais,
ce que je vois, ce que j'entends, ce que je lis, ce dont je me souviens
et les associations qui m'y ont amené, bref, l'ordinaire,
l'extraordinaire mais aussi et surtout l'infra- ordinaire ; tout ça
pendant dix jours de suite pris arbitrairement quelques fois dans
l'année. 2 - ne rien remettre au propre pendant au moins une semaine,
laisser décanter. 3 - mettre en forme, donner un tour littéraire tout
en gardant le fourmillement des faits et des pensées, en faisant sentir
la longueur et la plénitude des heures. 4 - exécuter la mise en forme à
l'ordinateur le plus vite possible). Ce qui le rendait irréalisable
n'était pas le principe d'exhaustivité ou d'"épuisement", comme dit
Perec, qui reste un principe, un moteur de l'écriture, mais le laps de
temps que je m'étais donné pour l'appliquer : plusieurs fois dix jours
de suite dans l'année, à peu près un mois ou un mois et demi au total,
presque le dixième du temps de ma vie sur un an. C'était plus que
beaucoup trop. Je m'étais vite aperçu, au bout de même pas trois jours,
de l'énormité de la tâche pour un graphomane somme toute modeste comme
moi. Je l'ai donc remplacé par ce que j'ai cru être une consigne plus
raisonnable : Il s'agissait, comme dans le premier projet, de noter
dans un petit carnet Clairefontaine tous les événements et les petits
faits d'un week-end pris au hasard, le plus précisément possible, mais
d'un week-end seulement, ce qui était (très) largement suffisant, comme
la lecture des prochaines pages va le montrer, puis d'oublier un ou
deux mois le carnet dans la poche intérieure de ma veste. Il s'agissait
alors de reprendre ces notes et de les "mettre en forme", en vue
d'écrire à partir "du matériel brut", mais aussi à partir du souvenir
"réel" qui m'en restait ou pas, quitte à combler les trous ou les flous
de la mémoire avec un peu d'imagination. L'hypothèse étant justement
que le texte ainsi obtenu serait une sorte de sauce qui prendrait son
onctuosité en fonction même du mélange de relecture, de souvenir en
point de "capiton" et d'imagination "romanesque" induite par la
mauvaise mémoire. On aura compris qu'il s'agit encore de rendre hommage
au cher Georges Perec et à sa pathétique tentative d'"épuisement" de
lieux parisiens intitulée "Soli loci", d'un exercice "d'admiration",
comme ces sorte de "Passions", ces spectacles religieux un rien
morbides mais qui ne doivent pas l'être du tout pour leurs acteurs, qui
doivent au contraire les combler de joie, et qui reconstituent le
chemin de croix dans tous ses détails et surtout la lourdeur de la
croix. Pour l'anecdote, le week-end en question est celui du 19 et 20
janvier 2002. Trêve de prolégomènes : Allons-y ! (on peut sauter les
passages en italique et entre crochets qui sont la retranscription
exacte de ce que je notai sur le calepin Clairefontaine : ce sont à la
fois des balises et des inducteurs)
[
-1 - 19 janvier 2002. couché la veille 02h 30 - réveillé sans réveil
mais somnole - CT H de LGM à 8h 30 (je pense que c'est L.)]
La
veille, le vendredi soir, donc, après avoir regardé sur Mezzo (vive le
câble ! ) ce chef d'œuvre absolu qu' est le Ballet "La belle au Bois
Dormant", oui je dis bien le ballet de Piotr Illich Tchaïkovski, celui
qu'on peut voir chaque saison à l'Opéra de Paris, en payant très cher,
avec les tutus et les ballerines montées sur pointes, mais dans une
chorégraphie et une mise en scène époustouflante, complètement
revisitée par un chorégraphe suédois que je ne connaissais pas, Mats
Eck, par une compagnie de jeunes danseurs épatants (la compagnie
Guliberg), je m'étais couché à deux heures trente du matin selon une
mauvaise habitude récemment acquise : André Tardieu appellerait ça
"bredouiller dans les garages", on pourrait dire "foirer dans la
semoule", "bistrouiller" ou "tournicoter", ma copine dit "rondouiller".
C'est une sorte d'activité molle et désordonnée, très peu efficace et
malgré tout génératrice d'un certain plaisir, faite de bribes d'actions
plus ou moins vite interrompues faute d'enthousiasme, d'intérêt, ou par
manque d'un ingrédient (une information, un objet) qui empêche de la
mener à bout, avec la flemme frelatée que distille un marchand de sable
peu optimiste. Je zappe sur le câble à la télé, entre le tennis à
Rotterdam sur Eurosport et "le Port de l'angoisse", avec Loren Bacall
et Humphrey Bogart revu pour la quinzième fois sur Cinéclassic, je
zappe sur mes favoris d'Internet où les webmestres ne se sont pas trop
foulés ce soir pour les mises à jour, j'écris trois lignes de "1200
signes par jours", cinq lignes d'une expertise en retard (les
expertises sont toujours "en retard" par définition) et je recommence.
Je numérise une ou deux vieilles photos, je me plonge dans
"Photoshop.6.0 pour les nuls" parce que j'ai fait une fausse manœuvre
dans le choix du format de numérisation, je refais mes comptes pour
tenter d'expliquer, toujours vainement, mon découvert mensuel à la
banque, je me verse un petit whisky, je mange une pomme, je lis
quelques pages du roman en cours ou je prends des notes sur mon Psion.
Je branche Bud Powell sur la minichaîne en même temps qu' Ivo
Pogorelitch interprète Chopin sur Mezzo à la télé, je vais me cuisiner
des aiguillettes de poulet à la sauce Kikkoman et au muscat en écoutant
le tout. Je les déguste à même la poêle, assis à mon bureau, devant
Word 2000, en relisant ce que vous lisez précisément, là, en ce moment,
et en écoutant toujours Bud Powell à la sauce Chopin ( parfois c'est la
sonate D960 de Schubert par Serkine avec les commentaire
d'Auxerre-Lille en quart de finale de la coupe de la ligue par Charles
Biétry et d'autre fois les infos en boucle sur France info et le son
sans les image du "Mépris" de Godard.) Toutes les demi-heures, je me
dis que, ce soir, enfin, je vais pouvoir aller me coucher tôt, parce
que je me suis couché la veille à deux heures trente du mat et que je
suis complètement crevé. Toutes les demi-heures je consulte l'heure
pour me dire que, finalement, il n'est pas encore si tard que ça, que
je ne me sens pas encore prêt de dormir et, que si ça continue, il va
falloir que je prenne un demi Stilnox, et, finalement, je me retrouve à
deux heures trente du mat, éveillé dans mon lit, le roman en cours
refermé, à me dire qu'il est trop tard pour prendre le Stilnox parce
que je ne pourrai pas me réveiller le lendemain. Juste quelques minutes
après, semble-t-il, il y a un rêve, dont je ne me souviens qu'un
instant, qui me réveille et qui s'enfuit comme un malfaiteur. Il est
six heures et demie, voire sept heures et quart dans le meilleur des
cas. Dans deux heures, il faudra se lever pour la garde à Longjumeau.
J'ai tout le temps de me rendormir, ce que je ne fais pas, cloué sur le
dos comme un scarabée dans une sorte de coma vigile. A huit heures
trente le téléphone me réanime trop brutalement. Comme à chaque fois,
je me maudis d'avoir fait installer la prise du côté du bureau, par
souci d'activité et non de celui du lit, par souci de paresse. Mais je
me lève avec tout l'entrain dont je suis capable pour répondre car
c'est l'heure où L., "de matin" à Vigneux, me fait d'habitude son petit
coucou. Au lieu de la douce voix de ma bien aimée, retentit, celle,
professionnelle, de la standardiste de l'hôpital de Longjumeau :
"Docteur Grossmann ?" - "Mouii ?..." - " Je vous passe les urgences !"
- "Holà, vous avez vu l'heure ? La garde ne commence qu'à dix heures !
" - "Oui, mais j'ai appelé le Dr X, votre prédécesseur qui m'a dit de
vous appeler" - " Elle est gonflée, celle-là ! Elle n'est pas à
l'hôpital ? - " Ah, çà! j'en sais rien, vous devriez régler vos
histoires de garde entre médecin, je n'y suis pour rien moi !" -"Vous
avez raison, rappelez le docteur X et si elle ne se déplace pas, j'irai
aux urgences pour dix heures. " Je raccroche. J'enrage contre cette
flemmarde de Dr X qui prend ses gardes à domicile et qui en plus ne
veut même pas se déplacer. Parce qu'elle ne se déplacera pas, j'en suis
sûr. Pas question que moi, je bouge d'ici avant neuf heure et demie
pour arriver à dix heures à Longjumeau. Marre qu'on me prenne pour une
poire. S'il se passe quoi que ce soit, ce sera de sa faute ! Mais voilà
: je suis une boule de nerf et il n'est plus question de tirer une
quelconque flemme au lit. Finalement, aprèsune minute de relaxation, je
décide que nous n’allons pas être deux irresponsables : Je passe un
coup de fil aux urgences pour avoir de quoi il s'agit. Il n'y a pas
l'air d'avoir beaucoup d'affolement, ça peut attendre. Mais le docteur
X, elle, elle ne perd rien pour attendre, elle va voir comme je vais la
sécher au prochain choix de garde. Je pourrais l'appeler chez elle,
pour l'engueuler, tout de suite, lui apprendre la politesse, les bonnes
manières et la confraternité mais je ne vais pas m'abaisser à çà. De
toute manière, elle se fout de la confraternité et des patients qui
attendent des heures aux urgences. Je me désembrume à vitesse V : On ne
va tout de même pas faire attendre un pauvre patient en salle d'attente
pendant des heures parce qu'une psychiatre pas polie a décidé de ne pas
jouer le jeu, et puis, vas, allez, ta grasse matinée est foutue, de
toute façon, me souffle un surmoi sermonneur. De fil en aiguille et de
mauvaise conscience en culpabilité, me voilà donc dans ma petite auto
sur l'autoroute A6 qui file vers les urgences de l'hôpital de
Longjumeau. Il est neuf heures. Je me suis fait avoir. la rouerie des
hommes et des femmes surtout quand elles sont psychiatres de garde n'a
pas de limite.
A suivre....(lire dès maintenant le texte entier)
posted by grossmann |
11/26/2004
jeudi
Beaucoup
de travail invisible sur CISCOBLOG ces derniers temps : bientôt sur cet
écran, donc, si Dieu le veut et dans le désordre, un radioblog ( si,
si, je finirai bien par y arriver un jour ), un rafraîchissement de
l'habillage de certaines rubriques, 26 (titre provisoire) par exemple,
et quelques autres surprises qu'on ne peut pas voir maintenant, par
définition. Je vous préviendrai quand tout sera prêt... et visible.
(astucieux, le teasing, non ?)
posted by grossmann |
11/25/2004

Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas mis plus tôt "dayly dose of imagery" en LCD, c'est mon deuxième photolog favori (après "impressions fugitives").
Peut-être parceque malgré la beauté incontestable et parfois
époustouflante des photos il ne me donne toujours pas envie d'aller à
Toronto ? En tout cas, maintenant c'est fait.
posted by grossmann |
11/25/2004
mercredi
Un des coups les plus durs qui m'ait été porté ces derniers temps.
posted by grossmann |
11/24/2004
mardi
Pensée de la nuit N°75 : "..Et
cependantse pourrait-il, cependant entrevoit-on même une vague
possibilité que dans l'autre côté de la vie nous nous apercevons des
bonnes raisons d'être de la douleur qui vue d'ici occupe parfois
tellement tout l'horizon qu'elle prend des proportions de déluge
desepérant ? De ce la nous en savons fort peu, des proportions et mieux
vaut regarder un champ de blé, même à l'état de tableau" Vincent Van Gogh, lettre à son frère Théo, juillet 1889
posted by grossmann |
11/23/2004
lundi
Ce que les autres ont fait quand ils avaient votre âge : voyez, rien n'est perdu ! (via Mes Lubies qui est redevenu une mine !)
posted by grossmann |
11/22/2004
dimanche
Paris au volant 9

posted by grossmann |
11/14/2004
samedi
26 (titre provisoire), XIV
Elle
lui manquait. Cathy et Haltman avaient été très proches. Haltman
n’aurait jamais laissé dire qu’il s’était agit d’une amitié amoureuse.
Mais, après tout ce temps, il aurait du mal à décrire ce qui l’avait
ainsi lié à Cathy. Cela avait probablement été le travail. Ils avaient
travaillé tous les jours ensemble, pendant plus de quinze ans. Haltman
se souvenait par exemple qu’ils étaient tous les deux en visite chez
madame C. qui ne se levait plus, qui ne se lavait plus, qui ne mangeait
plus qui ne parlait plus juste quand on l’a averti que sa femme se
mettait à accoucher. Il avait laissé Cathy chez madame C. pour
retourner en toute hâte à Paris. Ils se parlaient de leurs amours. Ils
s’étaient racontés leurs enfances et leurs blessures secrètes. Dans les
coups de tabac qu’avait subi le 26, ils avaient écopé ensemble, sans
jamais de vrais désaccords. Sa vie tumultueuse, ses souffrances
éperdues, son engagement, son don d’empathie exceptionnel, il les avait
tant aimés. Ils se faisaient une confiance absolue. Ils avaient échangé
des livres, souvent, elle lui avait fait lire « Comme un Roman » de
Pennac et tout Sandor Marai, il lui avait passé René Fallet et Louis
Calaferte: Haltman se souvenait que quelques semaines avant sa mort,
elle lui avait donné une photocopie de deux pages des « Braban » de
Patrick Besson dont il avait cherché longtemps le livre entier (il ne
l’avait trouvé que dix ans plus tard, enfin réédité en poche) où se
trouvait l’explication définitive de la vieillesse. Cathy, elle,
n’était jamais devenue vieille, ou bien peut être avait-elle su qu’elle
l’avait été de tout temps ? Mais malade elle avait su l’être. Pas de
ces maladies vaguement psychosomatiques dont on ne sait jamais par quel
bout elles vous prennent et si elles ne sont pas que des maladies de la
tête, mais de vraies maladies graves, mangeuses de corps, comme si elle
avait attrapé tout ce qui se faisait de mieux dans le genre. Un ou deux
ans après le début du 26 elle avait fait une paralysie faciale dite « a
frigore », c'est-à-dire sans cause, ce qui n’était pas du tout une
consolation : elle lui avait détruit tout un côté du visage et n’avait
jamais régressé. Elle ne s’en plaignit jamais. Curieusement, pour ainsi
dire, elle ne perdit rien de sa beauté ; Son sourire était devenu
encore plus douloureux et l’un de ses yeux s’était un peu voilé. Puis
en pleine fleur de l’âge, à peine à trente cinq ans, elle eut un cancer
de la gorge. Elle se soigna longtemps, fut opérée et évita pour cette
fois la trachéotomie. On la crut guérie. Elle n’arrêta pas de fumer
mais ne pouvait plus boire de whiskies cocas. Elle reprit sa vie et le
26, éleva une fille. Ils échangèrent à nouveau des livres et des
soirées au bord de la Seine. Sept ans plus tard, il y eu récidive. Ce
qui était proprement impensable. Elle passa trois ans entre l’hôpital,
les tentatives impossibles de reprendre le travail, avait la sensation
d’étouffer lentement. Elle ne pouvait plus se passer de sa canule,
croyait que c’était une drogue, mais n’y pouvait rien. Haltman allait
voir Adam, son ORL, qui était aussi leur ami et qu’Haltman tenait pour
le chirurgien le plus humain qu’il ait connu, et le supplia de la
sauver. Il lui promit de faire l’impossible. Il lui fit une opération
de la dernière chance. Aucun d’entre eux ne crut jamais, pas même Adam,
qui en avait vu pourtant beaucoup, qu’elle allait bientôt mourir. Un
jour, elle dit à Haltman qu’elle voulait se reposer un peu à l’hôpital.
Adam la prit dans son service. Il assura que la tumeur ne progressait
plus, qu’il ne savait pas ce qui se passait. Il allait voir Cathy dans
sa chambre et avait de longues conversations avec elle. Haltman passait
la voir plusieurs fois par jours. Elle ne pouvait plus se lever. Adam
ne voulut jamais admettre que le cancer avait gagné. Il ne l’admettait
jamais, d’ailleurs. Cathy ne luttait plus. Elle était dans les limbes.
Un soir, ils étaient tous dans sa chambre, Jacques, Renée, Vera, Dany
et Haltman. Elle souriait. Elle les renvoya et leur dit « à demain,
dodo maintenant », comme on dit aux enfants, pour qu’ils aillent se
coucher. La surveillante leur dit qu’elle appellerait si quelque chose
devait arriver. Elle n’appela pas. Le lendemain matin, Haltman passa
comme à son habitude dans le service d’ORL avant de faire sa visite aux
lits porte. Il entra dans la chambre de Cathy. Son lit était nu, sans
draps, ouvert comme une gueule. Cathy leur avait faussé compagnie
durant la nuit.
posted by grossmann |
11/13/2004
vendredi
J'ai trouvé ce lien dans
ma boite à lettre. Je le fais suivre ici. C'est inspiré de Escher (mais
en moins bien tout de même. Qui sait ce qu'il aurait fait s'il avait
eu, lui des ordinateurs à sa disposition.) Mode d'emploi : attendre le
telechargement (ce n'est pas très long, mais ce n'est pas une connexion
rapide) ensuite cliquer en haut pour avancer et en bas pour reculer.
posted by grossmann |
11/12/2004
jeudi
Je me souviens
qu'au temps de mes dix ans, URSS signifiait : Union Ratatinée des Saucissons Secs.
posted by grossmann |
11/11/2004
Une très interessante liste de papes (commentée), via Echolalie...bien sûr
posted by grossmann |
11/11/2004
dimanche
Merveilles, 14
On
ne peint ou ne photographie jamais qu’une seule chose : la lumière.
Claude Gelée, dit Le Lorrain a été le premier à peindre le soleil en
face. C’étaient des images d’aubes, de ports tournés vers l’Orient. Les
choses sont parfois touchées par la lumière comme les hommes par la
grâce. Rien n’est plus froid et plat que la lumière de midi qui
blanchit tout. Je me souviens, à Sauzon, des crépuscules sur la pointe
des Poulains. C’est la que la terre finit à Belle Île en Mer. Nous nous
y rendions gravement comme à un office. Nous suivions presque chaque
soir le sentier des douaniers au-delà de la jetée et les rochers des
pêcheurs de bars de ligne et le quai pour le bateau qui revenait
d’Houat. Nous marchions dans la lande rase, les yeux au sol et les bras
croisés sur la poitrine. Les lapins détalaient sous nos pas. Nous nous
asseyions pour regarder le ciel et la mer en feu et les premiers éclats
du phare.. Octobre rend Paris à ses habitants. Il y a comme une pause
dans l’agitation de la ville, les choses ralentissent dans la mollesse
de l’air. Les ombres se font obliques donnent à l’indulgence encore une
chance. Il y a toujours au moins un dimanche après-midi béni où les
choses resplendissent dans leur modestie même.
posted by grossmann |
11/7/2004
mercredi
Reveil
brutal à cinq heures : je fonce devant la télé. l'Ohio hésite mais tout
est perdu : l'histoire ne se répète pas, dit Marx, elle bégaie.
posted by grossmann |
11/3/2004
01
heures 30 : Les sondages sortie des urnes donnent Kerry gagnant, je
n'ose y croire. Keep it tight ! (excellente animation dans "Le
Monde.fr" : Kerry for president !)
posted by grossmann |
11/3/2004
|
 |
|
 |
 |