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N* OU LE TRAJET DES CHOSES Marguerite Duras dit qu'aucun amour au monde ne peut tenir lieu
d'Amour. Pour lui, N*, tout aussi sûrement qu'une Boussole indique le Nord,
indiquait le Sud. Bien que née quelque part en Europe centrale, c'était
incontestablement une femme du Midi. Enfant, elle avait vécu en Algérie et se
souvenait de nounous aux visages tatoués et aux lourds bracelets d'argent.
Elle avait vécu plus de dix ans en catalogne, dans la région de P*, un petit
village au milieu des vignes, R*. Elle y avait élevé ses deux premières
filles. Elle l'y emmena dès leur première fugue d'amoureux. Elle y retrouva
sa belle maison de pierre, sa rue, son passé. Elle se souvint de son chien
Bakounine, et de promenades solitaires dans les vignes. Il y avait, à R*, un tout petit charcutier qui s'appelait "Chez
Francis" et qui ne payait pas de mine. On y venait, pourtant, de quinze
lieues à la ronde. On y trouvait le meilleur "fouet" de toute la
catalogne française (et peut-être même catalane). Le "fouet" est
une saucisse aussi fine qu'une lanière et aussi sèche qu'un pendu. Il y a du
fouet "nature", du fouet "à la pistache" ou du fouet au
"fromage". N* n'avait pas voulu sortir de la voiture, de peur qu'on
la reconnaisse ou que la nostalgie lui fasse venir les larmes. Il vit que
Francis était un bon gros charcutier à moustaches gauloises noir corbeau. Il
était présentement un peu entre deux vins et houspillé par sa femme. Il avait
le cœur sur la main et, à fleur de gorge, la grande fraternité des
intempérants. Pour un peu, son "fouet", il l'aurait donné au
premier venu, lui, si sa femme n'y avait veillé. Ils avaient mangé le fouet
dans la voiture en le coupant avec les dents sur la place de la mairie de R*.
N* ne voulut pas croire que Francis
s'était mis à boire. Il l'avait tant de fois dépannée quand elle s'était
retrouvée fauchée avec les filles. C'est vrai que sa femme était une peau de
vache. Ils avaient repris la route qui serpentait dans les vignes. Ils
passèrent à F*, puis à E*, dans le massif des Fenouillèdes où Jacques Henric prit plusieurs années de suite des photos de
Catherine M* nue, à T*, où il y a un hôpital psychiatrique, et B*, dans la
montagne, tout près des cheminées des fées. N* cherchait des maisons à
acheter pour démarrer leur vie commune. Le Canigou les couvait du regard.
C'est à sa manière, une sorte de Mont Fuji, géant tutélaire et bienveillant.
A la fin de la journée, ils étaient retournés à P* manger une glace avec
beaucoup de chantilly chez "Espi". Ils dormaient à l'hôtel
"Méditerranée", dans la rue qui mène à la gare où Salvador Dali
situait l'exact centre du monde. Le Sud, encore : les ruines d'E*, désertes
et blanches sous le soleil mat de fin Mars. La mer, calme et immémoriale,
juste derrière les grands pins maritimes. Il revoit N* qui marche courbée,
entre les murets et les statues, à la recherche du moindre tesson, sigillé ou
pas (c'est elle qui lui a appris ce mot : sigillé). Elle brandit, joyeuse,
ses trouvailles qu'il ne sait pas distinguer de banals cailloux. Le Sud. Le
Sud et l'archéologie. Amour, appel sans délai du Jadis pur, dit Quignard. Au
moment ou je frappe ces mots, ceux de Quignard, pas ceux de la ligne
au-dessus, je suis frappé, moi, pour ainsi dire, de plein fouet, par la
certitude absolue qu'aucune évocation du passé, telle que celle à laquelle je
me livre ici, en vain, donc, si minutieuse soit-elle, ne pourra jamais
décrire le manque (et toi, N*, si jamais tu lis ces lignes, qui sait trop
bien la nature fulgurante de ce qui
précède l'origine). Elle l'avait emmené aussi voir le musée des dinosaures, à
E* au fin fond d'une vallée aride de
l'Aude, bien au-delà de M*, de C* de F* et même de S*J*-et-le B*. Il n'y a
rien que des collines sèches, chauves, pelées, ingrates. Un seul troquet
entièrement années cinquante qui sentait la vielle bière. On les avait
regardé par en dessous depuis le bar comme des extra-terrestres. C'était le
lieu rêvé, pour un aussi improbable musée. Il ressemblait à une station de
chercheurs d'or, en Oklahoma. Il y avait des vitrines avec des dents, des
œufs pétrifiés, des fragments de vertèbres. N* s'était attardée, rivée au
moindre bout d'os et à l'ère jurassique. Mais cela n'aurait encore jamais
assez avant le commencement. Elle s'accrochait tant au passé enfoui qu'elle s'y
laissât parfois engloutir et
disparaître. Elle avait bien connu
Françoise Claustre, elle avait fouillé pour elle, il y avait dix ans, dans
des chantiers où il s'en passait de belles, on fouillait tout le jour, et la
nuit, on se fouillait les uns les autres (image d'images – télé ? - où je
revois Françoise Claustre seule au milieu du désert, enlevée par les rebelles
d'Issen Habré, des siècles avant leur histoire)
Elle la lui avait désignée un soir, parmi les clients, attablée seule, dans
une brasserie de P*, la Casa C*, où ils mangeaient des escalivades.
Trente ans après le Tibesti, elle était toujours archéologue. N* aussi, mais
à sa manière. Une autre fois, ils étaient
allés dormir dans le Vallespir ( qui sonne comme
"espoir et soupir"), à C*, gros village qui se donnait des airs de
ville, rendu célèbre - mais moins que Vauvenargues, Vallauris ou Mougins -
par Picasso qui y avait travaillé deux ou trois étés. On y accédait autrefois
par un "pont du diable" au-dessus du T*, torrent dont on pouvait
soupçonner les colères ; maintenant on n'y passait plus qu'à pied, les
automobiles empruntaient un viaduc moderne, construit juste à côté, qui
faisait double emploi. Leur hôtel était situé au bout du mail ceinturant le
cœur de la ville, bordé des deux côtés par des platanes centenaires et de
jolies boutiques. Il y avait un musée d'art moderne. À cause des peintres que
Picasso avait drainé dans son sillage, les autres cubistes, Soutine, puis Tapiès, Viallat. C'était un
vrai musée, qui n'était pas consacré exclusivement à Picasso, fonctionnel et
international, d'une taille raisonnable, correspond à celle de la ville (mais
qui n'avait rien des splendeurs de l'hôtel Salé dans le Marais, ni du charme
du palais Grimaldi à Antibes), fermé le mardi et tout, comme les musées
nationaux. Et c'était un mardi. Ils ne le visitèrent que l'été suivant, avec
la foule. Il se souvenait d'un dîner d'amoureux, seuls dans la salle vide de
chez V* une "vielle maison" de la ville, dont N* avait connu le
fils du propriétaire au temps où elle habitait la région. Ils avaient bu un
vin de Maury, tuilé, délicieux, et mangé des parillades
de poisson. Un peu ivres, juste ce qu'il faut, ils s'étaient embrassés sous
les porches, au son des fontaines. Il lui avait murmuré à l'oreille qu'à eux
deux ils formaient une jolie "parillade".
Les rues pavées et les places désertes, qui s'ouvraient les unes sur les
autres, où leurs chuchotements résonnaient, leur appartenaient. ils rêvèrent
d'y vivre. Un autre jour encore, elle l'avait emmené à la maison de Maillol, toute perdue au
fond d'un vallon recouvert de vignes (le pays tout entier est recouvert de
vignes) sur les hauteurs de B*. Dina Verny en a fait un musée. N* s'y balada parmi les
"beaux Maillol", qui son tous des reproductions du corps de cette
seule femme, Dina Verny, mais c'est son corps nu à elle, N*, qui désormais
occupe toutes mes pensées. Il n'y avait aucun autre visiteur, et pendant que
la sensualité de la maison - c'était un tout petit musée dont on pouvait
faire le tour en trois pas - s'emparait d'eux, ils échafaudèrent un plan pour
faire l'amour sur-le-champ, parmi les statues, mais ils ne le mirent pas à
exécution. Ils avaient traîné dans les petites rues désertes de C*, où
Matisse et Derain ne peignent plus depuis longtemps, ils avaient acheté un
bocal d'anchois et l'avaient mangé, assis sur la plage, face au clocher de
l'église du village, construite sur la mer elle-même et dont la forme
vraiment érotique laissait N* rêveuse, avec les doigts et l'huile qui leur
dégoulinait des lèvres, en regardant les commandos d'hommes grenouilles
revenir du large dans de belles annexes oranges. Port V* est un vrai port de vraie pêche, avec de vrais pêcheurs en
salopettes bleues et cirés jaunes, exactement comme à Loctudy ou Fécamp.
C'était fin mars. Malgré les restaurants qui avaient tout juste ressorti
leurs tables, il y régnait ce trafic calme et laborieux qui surprend toujours
les voyageurs habitués aux foules du mois d'août. Ils s'étaient
installés à une terrasse d'un café de
la Marine quelconque pour prendre les derniers rayons du soleil. Il avait lu
l'"Equipe" pendant qu'elle ne faisait rien, le regard perdu dans la
contemplation des travaux portuaires. S'il avait pu voir ses yeux, à ce
moment là, il y aurait lu le désespoir
qui les habitait peut-être déjà. Ils ne poussèrent pas jusqu'en Espagne, Port
B*, où, le paysage perd subitement une grande part de sa beauté et où Walter
Benjamin se suicida en 1940, comme le raconte Jacques Henric
dans "l'habitation des femmes". Ils regagnèrent P* en longeant la
côte pendant que le soleil se couchait derrière les montagnes. Le sud, encore. Shakespeare dit que l'amour est une vapeur formée des
fumées des soupirs. Elle l'emmena à M*, où elle rêvait de retourner habiter ;
elle y avait vécu certains des jours les plus heureux de sa vie. Ils étaient
descendus Rue S*, dans le sixième, pas de plus joli nom pour une rue, au
Béarn Hôtel, à quelques dizaines de mètres du petit appartement qu'elle avait
occupé, dix ans auparavant, quatre étages au-dessus du bout de trottoir où se
postait tous les jours une accorte prostituée au décolleté mirobolant vu de
si haut. Elles faisaient, en criant, un brin de causette tous les matins et
tous les soirs, aux heures où on aère les draps et où on arrose les
balconnières. Il y avait un colloque à l'hôpital de la T*. Ils avaient écouté H*C*, le premier jour, qui malgré
ses quatre-vingts ans passés avait improvisé une intervention tout en malice,
puis ils avaient séché le reste toute une journée, passée au lit, à l'hôtel,
peut-être là même où la putain gynécomaste emmenait
jadis ses clients. Plus tard, elle lui avait fiévreusement montré la ville,
qu'il ne connaissait pas, sauf le vieux port, la Bonne Mère, et le mur peint
de Zidane,
rue par rue. Elle l'avait entraîné dans des marches à pied dont il ne
l'aurait pas cru capable. Ils regardaient le prix des appartements aux
devantures des agences. Il lui acheta des robes rue S*F*. Elle fut joyeuse
comme une enfant. Il fut ravi de sa joie. Le quartier du P*, en pleine
réhabilitation, lui plût, il l'avait imaginé beaucoup plus touristique, à
cause du film "Borsalino" et de son côté italien ; il y avait
beaucoup moins d'escaliers qu'à Montmartre. Ils descendirent la montée des
A* et flânèrent le long des galeries
blondes de la vieille C* déserte, à l'ombre de la coupole ovale. Mais elle
préférait le sixième, la rue P*, la rue, B*, le cours P* et l'avenue du P*
qui ressemblaient plus à Lyon ou à Paris. Le début de la C* lui parut sale et moche, avec des centres
commerciaux ultramodernes déjà fatigués menaçant d'engloutir les récents
restes de Phocée mis à jour. Là encore, elle l'emmena longuement dans de
petits squares déserts où gisait parfois une Vénus oubliée parmi des colonnes
en rondelles ou des mosaïques effacées. Les habitants de M* ne lui parurent
pas particulièrement méridionaux, d'ailleurs, ils parlaient français, étaient
blancs, blacks ou beurs comme à Paris et toutes les autres grandes villes. A
part un ou deux garçons de café, personne ne forçait sur l'accent. Le métro
ressemblait au métro parisien et les autobus à des autobus de banlieue. Il
s'attendait à croiser des Marius et des Jeannettes à tous les coin de rue :
il ne savait pas encore que c'était Marie Jo qui me tenait par la main. Apostolos Doxiadis dit qu'il y
a trois choses que l'on ne peut cacher : le rhume, la richesse, l'amour. Il y eut aussi B*, qui est la capitale de cœur de l'Europe. Ils y
furent à un début de printemps. Il croyait bien n'y être pas revenu depuis le
temps de l'agonie de Franco, il ne se souvenait que de la longueur infinie de
l'Avenida D*, d'un enchevêtrement de ruelles
tristes et noires avec des gosses en guenilles et des cheminées de Gaudi en forme de
sentinelles sur le toit de la casa M*, mais il n'était plus très sûr de ne
les avoir pas seulement vues dans le film "Profession reporter"
d'Antonioni. Près de trente ans plus tard, la ville "des prodiges"
le surprit une nouvelle fois par sa vitalité.
Dès leur arrivée ils allèrent tout droit prendre une Agua limon à la terrasse d'un café de la plazza R*, au
soir tombant. Ils logèrent à l'hôtel Rembrandt (il y avait dans l'incongruité
de ce patronyme nordique, ici à B*, quelque chose qui me stimulait), dans une
petite rue animée jusqu'à pas d'heure du B*A*, à mi-chemin des R* et de la
cathédrale. Elle l'emmena au Corte Inglès de la
place de C* où elle avait, elle aussi, des souvenirs. Ils flânèrent parmi les
immeubles en démolition des vieux quartiers où Pépé Carvalho et le
commissaire Mendés ne traînaient plus
leurs guêtres depuis longtemps. La bodega "Xampañet",
non loin du musée Picasso, avec ses tapas du tonnerre et son petit blanc
pétillant, leur servit, pour ces quelques jours, de quartier général. Ils
dégottèrent aussi de vielles chocolateries où des garçons compassés en vestes
blanches leur servaient de délicieux chocolats viennois avec la
condescendance qui convenait à la vénérabilité des lieux. Il s'emplirent les
yeux d'Art Nouveau et s'assirent aux terrasses, juste pour regarder palpiter
la ville. Ils grimpèrent jusqu'au parc G*. La brise avait dégagé le ciel et,
vue du belvédère aux mosaïques multicolores, la mer par dessus les toits leur
appartint comme Paris apparut à Rastignac. Ils gravirent aussi la colline de
M* pour acheter des santons au "Village E*" qu'on leur enveloppa
dans du papier journal (on trouve les mêmes dans les boutiques du P*, à la
frontière, N* avait la foi du charbonnier : elle croyait dur comme fer que
c'était le petit vieux au moins deux fois centenaire du "Village
E*", et seulement lui, qui les fabriquait à la main.) Malgré les
échafaudages vertigineux, le fracas des machines-outils et les
talkies-walkies des ouvriers casqués de jaune, la S*F* se construisait avec
l'exacte lenteur des cathédrales du moyen âge. Ils purent compter le nombre
de tours qui manquaient encore (une bonne douzaine, dont la plus haute) et
firent le serment de venir inspecter l'avancée des travaux au moins tous les
trois ans. L'idée qu'ils ne vivraient probablement pas assez longtemps pour
voir la fin des travaux ne les chagrina pas plus que ça. Ils regardaient, à
la tombée de la nuit, les cartomanciennes s'installer sur les R*, derrière de
minuscules tables pliantes. Elles allumaient de petits photophores dont les
flammes dansaient à la file indienne dans le vent qui venait de la mer.
Sérieuses comme des papes, elles disaient les tarots à voix basse à des
clients, souvent des hommes, soucieux, attentifs et contrits. Une heure plus
tard, au plus, le salaire quotidien gagné, toutes avaient déjà plié bagages.
La promenade était rendue jusqu'au petit matin aux bateleurs, aux hommes-automates, aux supporters de foot, aux chorales de
tous les pays, aux dealers, aux putes et aux joueurs de bonneteau. Une nuit,
dans leur petite chambre, elle fut prise de frissons irrépressibles. Rien ne put la réchauffer. Elle n'avait pas de fièvre. Cela passa
comme c'était venu. J.D. Nasio
dit qu'il n'est de douleur que sur fond d'amour. Ils furent aussi, un jour, là où la plaine butte sur les premiers
contreforts des Pyrénées, sur la tombe de sa grand-mère, à V*, parmi les
cyprès qui se découpaient sur les collines toutes proches où l'on apercevait
le tout petit village de Saint B* de
C*. avec son immense cathédrale. La beauté parfaite de la petite église
romane à l'ombre de laquelle s'éparpillaient les sépultures, ajoutait encore
à la douceur et au sentiment de sérénité qui émanait du paysage : il aimait
ces petits cimetières de campagne, qui, à l'inverse des grandes nécropoles,
rendaient la mort presque familière. Elle voulut lui montrer le village, L*B*,
et la maison où ses parents, qu'elle n'avait pas revus depuis vingt ans,
vivaient toujours, mais je compris que c'était eux, bien sûr, et non la
maison, qu'elle voulait revoir, malgré toute la douleur qui risquait d'en
advenir. Il l'attendit dans la voiture en écoutant des cassettes. Une heure
plus tard, elle le rejoignit, défaite, comme ils s'y étaient attendus. Ce qui se fait par amour se fait toujours
par delà le bien et le mal, dit Nietzsche. Une nuit d'août, ils furent sur la
route de C* à R*, en revenant d'un dîner chez V*. Dans un virage, à la
lumière des phares, apparut un verger au fond duquel se dressait une grande
villa au toit de tuiles rondes et aux volets fermés, inhabitée, qu'ils
avaient plusieurs fois admirée de jour. Depuis un moment, ils cherchaient un
endroit pour garer la voiture. Ils
longèrent à petite allure un muret de pierres sèches qui séparait le
verger de la chaussée ; ils finirent par y trouver une simple ouverture, sans
portail. Les roues crissèrent sur une allée de gravier qui menait, parmi les
arbres fruitiers, à l'entrée de la villa. Personne. La nuit noire, l'allée
blanche, les grillons, les sons dont est fait le silence des ténèbres au
moment où, coupant le contact, il (ou elle, je ne sais plus) arrêta le
ronronnement du moteur et éteignit la lumière des phares. L'immobilité. Le
rythme asynchrone de leurs souffles. Elle portait (très bien) une robe d'été
longue et étroite, à fines bretelles, en tissus éponge. N* leva les bras
au-dessus de sa tête et bascula son siège. Tu m'as dit : enlève la il suffisait
que je la remonte comme un gant tu ne peux pas te souvenir toi puisque je
m'en souviens des trois cercles blanc au centre brun que faisaient tes deux
seins avec leurs pointes et ton ventre avec le nombril et cette robe
tirebouchonnée comme une chaussette, arrêtée par ton visage et tes bras il
aurait fallu que tu bouges que tu te dégages mais tu ne faisais pas un geste
la femme cent têtes tu ne voulais pas voir aveuglée être vue mais je voyais
ton cou et tes artères qui battaient les trois cercles de ton ventre et de
tes seins si ronds si parfaits ce n'est pas Adam que Dieu a d'abord modelé
dans la glaise informe c'est toi et moi je pose mes mains sur Pascal Quignard dit encore : Quand deux
amants se séparent, tous deux désirent à jamais. Le désir persiste en eux
après qu'ils se soient séparés. Cette ouverture est à jamais inassouvie. Nous
nous mentons toujours sur ce point : c'est nous qui
repoussons le désir (le vivant) quand nous l'accusons de nous déserter. |
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