UN HAIKU PAR BAIN
Méthode : être
bien crevé. Prendre un bain bien chaud. Ne penser à rien. Composer le Haïku.
Sortir du bain. Se sécher. Noter le haïku
Ï
Mon ventre est une île
Dans ma baignoire s’écoule
La fuite des jours
Ï
Un livre à la main,
L’autre ne pas la mouiller
Pour tourner la page !
Ï
A la fin du jour
Le seul clapotis de l’eau
Un instant m’endort
Ï
Miroir embué
Flic floc, le robinet goutte,
Le temps fait des bulles
Ï
Je n’ai rien trouvé.
Un flacon vide dérive,
Salut Archimède !
Ï
Angoisse soudaine !
Ce que devient la baignoire :
Liquide cercueil
Ï
Rêvassant espoir :
Par une longue immersion
Se dissoudre enfin
Ï
Mes pensées flottent
Comme des petits canards
Sur l'eau savonneuse...
Ï
Né de mon genou,
Que j’immerge lentement :
Un bel anneau d’ondes
Ï
Un seul geste crée
D’anodins raz de marées.
Typhons minuscules !
Ï
Comme la sardine
Dans de l’huile je mijote.
Deux orteils émergent
Ï
Au mur un reflet
L’eau miroitante y frétille
Soleil de printemps !
Ï
La chaleur de l’eau
Enveloppe ma peau froide
Et je suis vivant
Ï
Un rai de lumière
Réfléchi par le miroir
Irise mes poils
Ï
Paresseux dimanche,
Je me sens comme un poisson
Dans l’eau (savonneuse).
Ï
L’eau s’y précipite :
Le gouffre de mon nombril
N’est pas si profond
Seul un courant d’air
Rafraîchit mon corps humide :
Touffeur de l’été
Ï
Flemme et tête vide :
J’ai bien failli l’oublier,
Le haïku du jour
Ï
L’été resplendit
Pourtant, du dimanche gris
Noyer la tristesse
J’enlève mes mains
De la banquise mousseuse :
Jolies moufles blanches !
Ï
La mousse qui flotte
Dessine des continents.
Un geste, ils dérivent...
Ï
Au soleil couchant
Un miroir liquide et chaud
Recouvre mon corps
Ï
Un vacillement
Fait chavirer le soleil
Dans des vagues frêles
Ï
Ce joli tercet
Je l’ai composé au sec.
Ah, c’est de la triche !
Ï
Un seul bain vous manque
Et la douche est dépeuplée.
Retour au Bercail.
Oasis inverse
Dans le tumulte du temps
Une île liquide
Ï
Comme un miroir
lourd
L’eau paralyse mon corps
Quel est ce silence ?
Ï
Aux derniers rayons
Du fragile soleil d’automne
La fatigue infuse
Ï
Un instant, fracas :
Newton attaque Archimède
Et puis rien, je flotte
Ï
C’est un soir d’hiver
Dore ma peau à l’or fin
Ombre délicate !
Ï
Mille larmes nées
De la faïence embrumées
S’écoulent pressées
Ï
Ce harassement
Et comment le faire fondre ?
Dans l’eau savonneuse.
Ï
Ah, laisser tremper
Ce vieux sac d’organes
Multicellulaires
Ï
O bain bien aimé
En manque d’inspiration
Je choisis la douche
Ï
Grisaille et pénombre
Je trempe dans l’ennui lent
D’une journée vide
Ï
Mon cerveau, liquide
Dedans se baigne un enfant
Tandis que je trempe
Ï
Et l’eau savonneuse
Laisse comme à marée basse
Un fin limon sale
Ï
C’est jour de tempête
Ma baignoire est sous les combles
Je trempe à l’abri !
Ï
L’orage crépite
Sur le Velux impassible
Et moi je barbotte
Ï
Et mon corps humide
Gisant dans le demi jour
Eclaboussé d’or
Ï
Malgré ses efforts
Le tourbillon de la bonde
Ne peut m’engloutir
Ï
Je ne pense à rien
Une main sous le menton
L’autre sur mes couilles
Ï
Tant que le corps trempe
Pas même une idée ne flotte
Au fond du cerveau
Ï
Le coin-coin muet
Des petits canards à pois
Fige le silence
Ï
Halas!
Plus d'eau chaude
Momie dans son sarcophage
Tout nu, je grelotte
Week-end de printemps
On trempe au soleil, pépère
Entre deux averses.
Ï
Dans ce jus brûlant
Ma vieille peau de lézard
On peut l'amollir
Ï
Samedi matin,
Tremper en diagonale :
Luxe et volupté
Ï
Visite du chat :
De la queue qu'il tient en l'air
Seul le bout dépasse.